Pour en finir avec le corporatisme étudiant

Le 25 novembre 2017 marquait une important défaite pour l’Union étudiante du Québec (UEQ). En effet, la CADEUL, association regroupant les 31 000 étudiant·e·s de premier cycle de l’Université Laval, refusait de se joindre à la fédération nationale, les arguments des étudiant·e·s quant à son manque de transparence ayant atteint leur cible. L’UEQ est en effet assez reconnue dans le milieu étudiant pour avoir réussi à se constituer sans n’avoir jamais eu aucun soucis de démocratie: les procès-verbaux de sa création sont introuvables (à moins que vous ayez de bon contacts[1]), des associations s’y sont affiliées sans consulter leurs membres (c’est le cas de la FAÉCUM, association de l’Université de Montréal), et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

L’UEQ est en fait le symptôme d’une maladie qui affecte le mouvement étudiant depuis plusieurs décennies, maladie qu’on nomme souvent «concertationisme». Des étudiant·e·s carriéristes, ami·e·s des grands partis bourgeois (traditionnellement le PQ[2], mais parfois le PLQ), forment une organisation étudiante nationale sur trois bases:

  • Premièrement, la limitation des enjeux à l’univers étudiant uniquement. Pas de solidarité avec les organisations syndicales, avec les travailleurs et travailleuses. L’UEQ va par exemple s’impliquer dans la lutte contre les violences sexuelles, mais seulement sur les campus universitaires. Pas besoin de faire un long paragraphe pour expliquer que de compartimenter chaque lutte à son seul milieu est la meilleure manière de ne jamais arriver à vaincre le gouvernement.
  • Deuxièmement, le refus de se baser sur le pouvoir du nombre et sur la mobilisation de masse pour négocier avec le gouvernement. L’UEQ, comme la FECQ ou comme la FEUQ avant elle, vise plutôt à se faire amie du gouvernement, pour quelques fois essayer de le convaincre de suivre ses recommandations. Ceci explique que l’UEQ était bien représentée au congrès du parti libéral, et qu’elle a chaudement applaudi Jean Charest après son discours. Se mettre en opposition du pouvoir en place, pas question, il faut être un interlocuteur respectable vis-à-vis des puissant·e·s.
  • Finalement, s’embourber dans des dynamiques néo-libérales dans ses revendications. L’UEQ s’est ainsi impliquée dans la lutte pour la rémunération des stages en enseignement et a crié victoire à s’en époumoner lorsque le parti libéral a affirmé qu’il y aurait des bourses pour compenser le travail volé aux stagiaires en enseignement par l’État (dans le cas d’un seul des quatre stages obligatoires). Cependant, osons trouver douteux de crier victoire à cet octroi de bourses, qui seront soumises à l’arbitraire du gouvernement de droite en place, et pour lesquelles une lutte syndicale (pour leur éventuelle augmentation) sera impossible. Ce sont des salaires qui doivent rémunérer le travail, pas des bourses !

Heureusement, il existe quelques groupes étudiants qui ne stagnent pas dans ce morose concertationisme. Par exemple, les CUTE (Comités unitaires sur le travail étudiant), actuellement seulement actifs dans la région de Montréal, tentent de faire revivre une certaine mobilisation étudiante en concentrant la lutte sur une revendication claire et concrète, évitant les erreurs de l’ASSÉ aujourd’hui moribonde qui avait tiré de tous côtés sans jamais atteindre sa cible depuis 2012. Aussi, l’organisation Étudiant·e·s socialistes, proche d’Alternative socialiste, agit à Québec et à Montréal, tentant de rallier les étudiant·e·s anticapitalistes. Regroupant les étudiant-e-s par affinité plutôt que par secteur (sans pour autant contester l’importance des associations étudiantes traditionnelles), ÉS s’implique par exemple dans la lutte au racisme et la campagne 15plus.

La mort imminente de l’UEQ, incapable d’aller chercher un bassin important d’étudiant·e·s en dehors des murs de l’Université de Montréal, permettra nous l’espérons de laisser plus de place à ces organisations réellement progressistes, qui pourront réanimer le mouvement étudiant, dernièrement dans un état comateux. Ce sont des luttes concrètes et réellement combatives qui vont raviver la flamme étudiante qui a disparu après 2012!

J.-P. Vallières

 


1 Ils ont en effet été publiés en 2015 suite à une fuite d’informations, mais ont depuis été retirés du site de l’UEQ.
2 Que ce soit avec Léo Bureau-Blouin, ancien de la FECQ, ou Bernard Landry, qui était passé de l’UGEQ au PQ dans les années 60.

Le féminisme est-il encore nécessaire?

Je suis programmeur. C’est quand même merveilleux qu’en 2017, une femme puisse être programmeur et, en tant qu’employée syndiquée, avoir le même salaire que ses collègues masculins. Après l’obtention du droit de vote, nous avons pu envahir le marché du travail et ne plus être cantonnées à des métiers de « femmes ». Ma mère n’a pas eu cette chance. Elle a obtenu un diplôme de programmeur sur cartes perforées à la fin des années soixante. Elle n’a jamais obtenu d’emploi. Les postes de junior étaient des postes de soir et les femmes mariées ne pouvaient pas travailler le soir.

« Je ne suis pas féministe », clame la ministre libérale de la condition féminine en février 2016. Elle précise sa vision : « je suis beaucoup plus égalitaire que féministe ». Plusieurs femmes bien connues du public font la même affirmation dans les jours qui suivent. Ont-elles raison? Le féminisme serait-il un combat entre hommes et femmes pour déterminer la supériorité de l’une sur l’autre? Est-ce encore nécessaire en 2017 d’être féministe? Et moi, en ai-je besoin puisque j’ai – du moins en apparence – les mêmes opportunités que mon voisin de bureau? Après tout, un collègue m’a expliqué, sur un ton à peine condescendant, que je ne vivais pas de sexisme au bureau.

Oui. Le féminisme est encore nécessaire.

En 2008, 60% des diplômées universitaires sont des femmes. Pourtant, le salaire des femmes ayant les mêmes diplômes que leurs homologues masculins est significativement inférieur: une variation de 25 à 15% selon l’âge des femmes1.

Mais les métiers dits « masculins » sont encore les mieux payés. Si on compare les métiers considérés masculins (médecins, informaticiens) et les métiers considérés comme féminins (infirmières, éducatrices), les différences salariales sont flagrantes malgré les lois d’équité salariale en vigueur au Québec.

Si nous remontons dans le temps, nous constatons que ce n’est pas d’hier que les femmes sont moins payés, même lorsqu’elles exercent le même métier que des hommes. En 1889, à Montréal, une femme opératrice de machine à coudre gagne de 3.00$ à 5.10$ par semaine alors qu’un homme gagne 7.50$2. On considérait normal de moins payer les femmes puisqu’elles ne font que répéter les mêmes gestes qu’à la maison. Une vraie job de femme, de mère, d’épouse.

Les temps ont bien changé. Mais ce sont les femmes qui occupent le plus d’emplois à temps partiel. Ce sont les femmes qui renoncent le plus souvent à leurs carrières pour s’occuper des enfants ou de leurs proches. Les services publics s’étiolent peu à peu, le soutien de l’État se réduit comme peau de chagrin et les femmes sont les premières à en souffrir. Elles sont majoritaires parmi les fonctionnaires et vont souvent sacrifier une carrière ou choisir un emploi à temps partiel pour s’occuper de la famille.

Susan Faludi l’expose dans Backlash : on fait croire aux femmes que leur rôle est entre le biberon et la casserole. Qu’il n’est pas possible d’avoir des enfants et une carrière! Que les femmes qui choisissent une carrière sont plus dépressives que les femmes qui restent à la maison. Ce choix repose sur les femmes – jamais sur les hommes. Pourtant, une étude du début des années 1980 suggère que les femmes qui travaillent souffrent moins d’anxiété et de dépression que celles qui restent à la maison3.

Or, les milieux de travail ne sont pas toujours agréables pour les femmes. Parfois, il s’agit de simples tournures de phrase: « ça va les gars?» Parfois, ce sont les commentaires déplacés et méprisants: « les seules filles qui ont réussi en génie, c’est parce qu’elles ont couché avec leurs profs » ou « elle est menstruée, c’est pour ça qu’elle se fâche ». Sans oublier le patron qui profite de l’anniversaire d’une employée pour lui faire la bise un peu trop longtemps ou qui se déguise en père Noël pour inciter les employées à s’installer sur ses genoux le temps d’une photo. Ou pire.

Les femmes subissent ce sexisme souvent paternaliste qu’on qualifie « d’ordinaire » tous les jours. Il n’y a qu’à allumer la télévision, sortir, travailler… vivre, c’est y être exposée. Les femmes sont sous-représentées dans le monde des affaires, en politique, dans les médias malgré leurs hauts taux de diplomation. La solution est pourtant simple: encourager les femmes en leur donnant la parole, en créant des quotas pour les conseils d’administration et les partis politiques, en cessant de couper dans les services publics, en montant le salaire minimum à 15$, en utilisant le langage épicène et inclusif.

En tant que société, nous profitons tou·te·s de l’inclusion de chaque citoyen·ne dans nos débats publics. En 2017, c’est encore nécessaire d’être féministe et de réclamer haut et fort l’égalité pour tou·te·s. Soyons solidaires, soyons dans la lutte et nous y arriverons.

Je suis programmeuse et je suis féministe.

La commission femmes d’Alternative socialiste existe pour promouvoir les droits des femmes et pour favoriser l’inclusion des femmes de toutes origines. Joignez-vous à nous!

Chantal I.

 


À lire :

Backlash, Susan Faludi
Les libéraux n’aiment pas les femmes, Aurélie Lanctôt

Notes :

1 Tiré du livre Backlash, Faludi, Susan
2 Tiré du livre FTQ, des milliers d’histoires qui façonnent l’histoire, Boudreau, Émile, Dumas, Evelyn et Roback, Léo
3 Tiré du livre Backlash, Faludi, Susan25

L’Aide Financière aux Études : Une justice sur le dos de la classe moyenne

Le concept d’État-Providence a pour but principal d’augmenter l’égalité des chances dans une société, et ainsi faire respecter le principe de différence que Rawls estime nécessaire dans toute démocratie libérale. Le programme d’Aide Financière aux Études, ou l’AFE, est une de ses institutions qui contribuent à cet idéal de justice, et grâce à elle, nous avons pu affaiblir les ponts qui nous liait aux époques précédentes : l’éducation n’est plus le privilège exclusif des riches. Mais même s’il est bien de souligner le progrès d’un État en termes de justice sociale, il ne suffit pas d’en rester là et se dire qu’au moins c’est beaucoup mieux qu’avant, et que c’est mieux que dans la plupart des autres pays, et qu’ainsi on devrait s’en contenter et ne pas chialer. Une telle mentalité paralyse les réflexions sur comment il serait possible d’améliorer davantage notre société et l’approcher encore plus de notre idéal de justice. En effet, tout changement politique, même pour le mieux, apporte son lot de nouveaux problèmes, de nouvelles dysfonctions, en plus d’apporter de nouveaux écarts entre la théorie idéale et son application dans la réalité concrète des citoyens. Un des nouveaux problèmes, entre autres, crées par l’État-Providence, c’est le poids que la classe moyenne doit supporter pour garder les riches au pouvoir et les pauvres dans une situation « décente ». Un programme d’aide au plus démuni requiert des fonds, et ces fonds, ce sont la classe moyenne et la classe riche qui les subviennent avec l’impôt. Pour les riches, cela n’est que quelques miettes de pain à jeter de plus aux canards. Mais pour la classe moyenne, la vie coûte déjà assez cher comme ça, et n’étant pas « pauvres », ils ne sont donc pas admissibles à certains services sociaux, dont l’AFE, et pourtant cela n’empêche pas qu’ils doivent payer des impôts comme tout le monde. Les familles et individus issus de la classe moyenne se trouvent alors coincés dans une situation où ils frôlent régulièrement la barrière qui les sépare des pauvres, et plusieurs peuvent même être considérés comme se retrouvant dans une situation que l’on pourrait nommer « presque pauvre ». Certains sont même encouragés à devenir délibérément pauvres, car au moins, de cette façon, ils auront de l’aide du gouvernement. On voit alors que dans ce « progrès », la condition des pauvres a certes amélioré, mais au détriment de la condition de la classe moyenne.

La tripartition entre les riches, les pauvres, et ceux qui « s’en sortent » est centrale à la problématique de l’AFE, car un tel système encourage, évidemment, les riches à rester riches, mais elle encourage aussi les pauvres à rester pauvre, et encore pire, elle encourage la classe moyenne à devenir pauvre, car il est en fait plus facile d’avoir accès aux études universitaires en étant pauvre qu’en étant dans la classe moyenne. L’AFE, plutôt que de résoudre le problème de l’accès à l’éducation supérieure, ne fait que déplacer le problème : maintenant ce n’est plus les pauvres, mais la classe moyenne qui se voit réduire l’accès à l’éducation supérieure. Soulignons ici que quand je parle de la catégorie « pauvre », je la différencie d’une autre catégorie, celle de « très pauvre » ou même avec l’aide sociale la survie est difficile et l’accès à l’éducation demeure impossible.

Les conditions pour avoir accès à une aide financière sont assez strictes et elles forcent le demandant à demeurer dans une situation particulièrement absurde. D’abord, le revenu alloué dépend non seulement du revenu du demandant, mais aussi des parents. Cela semble logique, car si la personne est pauvre, il y a de grandes chances que c’est parce qu’elle vient d’une famille pauvre. De tels parents voudraient alors, idéalement, aider comme ils peuvent l’individu à accéder aux études supérieures, et en prouvant qu’ils n’ont pas les moyens, le gouvernement aidera donc les parents à financer l’individu. Par contre, une telle idée présuppose que les parents veulent aider l’individu, et que les parents et l’enfant ont une bonne relation. Avec le médiocre revenu alloué par l’AFE, il semble clair qu’une telle aide est donnée en supposant que l’individu ne vivra pas uniquement des prêts et bourses, mais qu’il jouira également d’une aide parentale, qui, malgré lacunaire, résultera en un niveau décent de vie chez l’individu quand elle est jointe aux prêts et bourses. Cette supposition est théoriquement normale, car si un individu a un parent à sa charge, ce parent est considéré comme ayant le devoir et la volonté de soutenir l’individu.

Par contre, dans la réalité (et encore plus dans la réalité des individus issus d’un milieu pauvre et défavorisé), il n’est aucunement acquis que le parent et l’individu entretiennent une bonne relation. Cela veut dire que dans certains cas, le parent ne veut pas aider l’individu et considère qu’il devrait se débrouiller seul. Ou encore, l’enfant rejette son parent et ne veut pas de son aide. Dans de tels cas, qui oui, sont quand même fréquents, l’enfant s’avère donc seul avec la très modeste somme allouée par l’AFE, et le revenu des parents n’a rien à voir avec la situation de l’individu, même qu’il ne fait que la désavantager. Sans prendre en compte le revenu des parents, la situation économique de tels individus révèle clairement que 800$ par mois (l’aide moyenne de l’AFE) est ridiculement bas. De plus, si le parent obtient une augmentation de salaire, cela affecte directement le revenu alloué à l’individu par l’AFE, même dans des situations, comme on l’a vu, ou le parent et l’enfant n’ont aucune relation économique. Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie qu’une condition pour pouvoir survivre aux études avec l’AFE, c’est d’avoir une bonne relation avec ses parents, et pire encore, c’est une condition qui exige de l’individu de rester ou de redevenir dépendant de ses parents.

Encore en lien avec les relations parentales, une autre condition de l’AFE exige que l’individu habite soit à l’extérieur de la ville de ses parents, soit dans la même maison que ses parents. L’AFE n’allouera aucune aide additionnelle pour des paiements de loyer chez un individu qui habite dans la même ville que ses parents, car le système suppose que si l’individu veut vraiment s’aider, il habiterait chez ses parents plutôt que dans un loyer. Mais cela présuppose encore une bonne relation entre l’individu et ses parents. Que faisons-nous des cas où le parent refuse que l’individu retourne habiter chez lui, ou des cas dans lesquels l’individu lui-même désire être autonome et avoir son propre chez soi? Que faire des ces relations très conflictuelles entre un individu et son/ses parent(s), dans lequel un individu est incapable de vivre avec l’autre sans une atteinte considérable sur son bien-être et sa santé mentale? On ne choisit pas nos parents et ce n’est pas le privilège de tous d’être né dans une famille harmonieuse. Et surtout chez les familles issues de milieux désavantagés, ces familles dont justement l’AFE souhaite aider, elles ont encore plus de chances d’être dysfonctionnelles. Pour plusieurs individus qui ont des relations mauvaises avec leurs parents, ceux-ci ne prennent pas la peine de continuer leurs études quand ils apprennent ces exigences de l’AFE, car ils se disent : « À quoi bon aller aux études si pour y avoir accès, je dois vivre avec des individus tellement intolérables que ça m’empêcherait d’étudier, de me concentrer, et d’avoir une vie digne et autonome? ». De tels individus, qui veulent ou doivent vivre dans un loyer dans la même ville que son/ses parent(s), sont alors dans des conditions précaires sous l’AFE. L’aide financière est en moyenne 800$ par mois, ce qui signifie que l’individu se trouve à devoir vivre avec 400$ par mois. Je ne dis pas que c’est impossible, mais je ne dis pas non plus que c’est une condition que plusieurs considéreraient comme « acceptable » ou « décente ». Plusieurs vont plutôt être tentés de devenir un travailleur salarié autonome plutôt qu’un étudiant.

Certains diront : « d’accord, l’AFE à elle seule n’est pas suffisante, et certains n’ont pas le privilège d’avoir de l’aide parentale qui s’y ajoute, mais pourquoi ne font-ils pas juste travailler à temps partiel en même temps d’aller aux études, et travailler temps plein durant l’été, accumulant ainsi des richesses pour survivre la prochaine session scolaire? ». La réponse est que l’AFE refuse d’aider de telles personnes qui veulent s’aider elles-mêmes. La logique de l’AFE, semble-t-il, ses résume à : « Soit tu es totalement dépendant de nous, soit tu te débrouilles tout seul ». Je m’explique. Tout étudiant qui fait face à une aide insuffisante de l’AFE envisagera 3 options :

1) Travailler à temps partiel durant sa session scolaire
2) Travailler le plus d’heures possibles l’été pour investir dans sa prochaine session
3) Abandonner l’AFE et juste travailler en même temps d’étudier

Il semble être une solution évidente de travailler durant les fins de semaines pour compenser l’insuffisance de l’AFE, mais non! Au contraire, une telle stratégie vous fait gagner encore moins d’argent que si vous ne travaillez pas. L’AFE calcule l’argent alloué en fonction d’une déclaration de revenu de l’individu. Moins que l’individu a de revenu, plus il se fait allouer d’aide par l’AFE. Mais si l’individu travaille pendant qu’il étudie, le revenu supplémentaire qu’il se fait doit aussi être inclus dans sa déclaration, ce qui implique que l’individu aura moins d’aide financière. Mais alors, même si l’AFE diminue son aide, le salaire de l’emploi à temps partiel, ajouté à cette aide financière diminuée est quand même plus que l’aide financière tout seul, non? Non. En fait, il est plus payant de ne pas travailler. Le montant d’aide financière allouée à un étudiant qui ne travaille pas est plus haut que le revenu qu’un étudiant se ferait à travailler en plus d’avoir de l’aide financière. Donc, en plus d’enlever du temps libre et du temps d’étude, le travail nous fait vivre plus pauvrement que si nous nous soumettons à la dépendance totale de l’État-providence. La raison est simple : plus que tu te fais d’argent, moins tu es pauvre, donc tu as moins besoin d’aide. Mais le raisonnement est fallacieux parce que l’aide de départ était déjà insuffisante, et la raison qu’on décide de travailler c’est pour accéder à un niveau de vie décent que l’État-providence ne peut nous assurer. Mais si on tente d’ajouter à notre aide financière lacunaire de l’argent qui vient de notre propre effort, nous sommes punis pour cet effort d’autonomie, et nous réalisons que nous sommes mieux payés à rien faire. L’AFE réduit son aide d’un montant tellement considérable quand on travaille à temps partiel, que l’individu se voit logiquement obligé de ne pas travailler. En effet, pourquoi travailler et étudier simultanément si je peux faire autant d’argent sinon plus à seulement étudier?

Si nous ne pouvons pas travailler et étudier en même temps sous l’AFE, on peut tout de moins travailler durant l’été. En effet, cela est nécessaire, car durant les vacances scolaires, l’AFE cesse d’envoyer de l’argent, et nous sommes pris pour payer notre loyer, notre nourriture, etc. par nos propres moyens. La première intuition de l’étudiant qui a vécu une session avec seulement l’AFE comme source d’argent sera de se dire : « je travaillerai temps plein, sinon plus de 40 heures par semaine, au salaire le plus élevé que je peux trouver, pour me construire une réserve financière pour la prochaine session d’étude, et ainsi je n’aurai pas à souffrir autant que la session dernière ». Mais une telle stratégie est elle aussi très déconseillée. Certes, il faut travailler durant l’été, mais si l’on travaille trop, les prêts et bourses que nous recevrons la session d’après seront tellement ridiculement bas, que nous regretterons d’avoir sacrifié tout notre été à avoir travaillé comme un fou. Encore une fois, tous nos revenus doivent être déclarés quand nous faisons une demande à l’AFE. Si nous avons fait beaucoup d’argent durant l’été, l’AFE considérera que nous n’avons quasiment plus besoin d’aide, car nous nous rapprochons du seuil de revenu de la classe moyenne. Mais ce revenu est temporaire, car durant les études nous ne travaillons pas, et cette accumulation de richesse est censée servir à compenser la trop modeste somme d’aide financière que nous avons chaque mois. Mais à cause de cette accumulation de richesses, l’aide financière que nous recevons est encore plus basse, voire tellement basse, que tout l’argent que nous avons accumulé durant l’été ne permettra pas de remplacer ce manque.

Pour garantir que l’AFE ne coupe pas trop radicalement le montant d’aide qui sera accordée la prochaine session, l’individu doit, pendant l’été, travailler un maximum de 15 heures par semaine, au salaire minimum. De plus, même si les vacances d’été durent 4 mois, l’individu peut seulement travailler pendant 3 mois sinon il verra son montant d’aide financière réduit considérablement. Or, le revenu d’un tel emploi à temps partiel ne permet pas à un individu de subvenir à tous ses besoins durant l’été, et encore moins d’accumuler quoi que ce soit pour l’école. La seule option qui lui reste, c’est de rester chez ses parents, chez un membre de la famille ou chez un ami gratuitement pour ne pas avoir à payer de loyer. L’individu doit retourner dans un état de dépendance pendant tout l’été s’il veut pouvoir avoir assez d’argent pour sa prochaine session. Mais comme mentionné plus haut, ce n’est pas tout le monde qui a un tel individu sur qui il peut se fier pour se loger gratuitement, et un emploi de 15 heures au salaire minimum n’est pas humainement suffisant pour vivre dans un loyer avec électricité et nourriture. Il s’avère donc plus payant de travailler moins, à un salaire moins élevé, que de plus travailler, car quand la session scolaire arrivera, si nous avons trop travaillé, nous nous retrouverons avec un montant misérable d’aide financière. Encore ici, l’aide financière ajoutée à un emploi d’été à temps partiel, salaire minimum, pendant 3 mois engendrera plus d’argent dans la poche de l’individu que l’aide financière ajoutée à un emploi d’été à temps plein, salaire élevé, pendant plus de 3 mois. La conclusion : plus pauvre il sera l’été, plus riche il sera durant sa session scolaire.

Donc, dans les deux options, l’individu se fera le plus d’argent quand il travaillera le moins possible. Moi-même, je me suis trouvé dans une situation embarrassante quand j’ai dû demander à mon employeur de baisser mon salaire, car je faisais « trop » d’argent, et je risquais de me faire réduire mon aide financière. L’employeur voulait me donner une promotion, et je me retrouvais à devoir insister qu’on me paye le moins cher possible pour être sûr d’avoir le plus d’argent possible. On voit ici dans sa pleine concrétude l’impasse absurde engendrée par l’AFE. J’étais obligé d’être pauvre pour avoir assez d’argent pour aller aux études. Cela revient quasiment à dire qu’en matière d’accès aux études supérieures, la classe pauvre est plus avantagée que la classe moyenne. Ou pour formuler la contradiction dans toute sa splendeur et simplicité : Un pauvre est plus riche qu’un moins-pauvre.

La troisième solution s’impose alors : à quoi bon l’AFE? Pourquoi ne pas juste laisser faire l’AFE et travailler autant qu’on veut et qu’on peut durant l’été et les sessions scolaires? C’est une solution déjà plus pertinente que les deux autres, du moins, pour ceux qui sont capables de travailler et étudier en même temps. La consolidation du travail et des études est une réalité pour une grande partie des étudiants universitaires et collégiaux. Certains sont capables de consolider les deux en faisant des études à temps partiel, ce qui leur permet de se faire de l’argent sans avoir une surcharge de travail scolaire. D’autres réussissent à gérer à la fois un travail et des études à temps plein. Je dois lever mon chapeau à ceux qui sont capables de marier travail et études, car j’en suis personnellement incapable. Certains individus, moins talentueux peut-être, moins favorisés par la nature ou la culture en termes de capacités intellectuelles, de gestion du temps ou de santé mentale, se trouvent dans l’incapacité de travailler et d’étudier en même temps. L’étude à elle seule prend la quasi-totalité du temps de certains étudiants. Comme qu’il y a des génies qui réussissent à obtenir des A à leurs examens en étudiant à peine, d’autre doivent dépenser des jours et des nuits à étudier et à seulement être concentré sur leur matière scolaire pour parvenir à obtenir une note décente. De telles personnes, moins favorisées dans leurs capacités biologiques, leur éducation, leurs relations familiales, et leur situation socio-économique, ne seraient pas capables de réussir à l’école s’ils doivent en plus travailler.

En effet, statistiquement parlant, les individus issus de quartiers ou de milieux désavantagés ont plus de chances d’avoir des difficultés d’adaptation, d’apprentissage, de concentration et de socialisation, en plus d’être plus à risque de maladies mentales et physiques. Bien sûr nous avons tous des exemples en tête d’une personne qui, issu d’un milieu pauvre, malgré ses conditions défavorables, a réussi tout de même à devenir riche ou célèbre, que ce soit votre oncle ou une figure historique. Mais il s’agit ici d’exceptions, et nous ce qui nous intéresse, c’est la tendance générale, statistiquement et historiquement appuyée. D’ailleurs, si nous faisons des critiques de la société, c’est bien justement pour rendre de telles exceptions moins exceptionnelles, c’est-à-dire à permettre à plus de gens de s’échapper des faits statistiques et de se libérer des déterminations de la loterie naturelle. Si je mentionne de telles tendances défavorables chez les gens de la classe pauvre, c’est parce que l’État-providence et l’AFE ont justement comme fonction principale d’aider les personnes défavorisées à échapper à ses tendances. Un tel système existe spécifiquement pour de telles personnes. Des personnes qui, dans plusieurs cas, se trouvent incapables de travailler et d’étudier en même temps. Si un tel système, qui vise à aider de telles personnes, se trouve insatisfaisant au point que les gens qui en ont besoin décident de ne pas y adhérer et de plutôt travailler, il y a donc un problème. Certaines personnes peuvent seulement survivre à l’école du fait qu’ils ne sont pas obligés de travailler en même temps, et l’AFE doit pouvoir être capable d’assurer un mode de vie décent pour ces personnes. Soit l’AFE permet une aide financière décente pour ceux qui vont aux études sans travailler, soit elle permet aux étudiants de travailler sans que ça l’affecte autant leur aide financière. Si l’AFE ne peut pas parvenir à satisfaire une de ces deux conditions, elle demeure dysfonctionnelle et ne répond donc pas au problème qu’elle a par son origine même comme fonction de répondre.

Ce que je vois sous l’AFE, c’est un État qui permet aux pauvres d’aller à l’école, mais en échange, ils doivent rester pauvres. Seulement une fois les études terminées et leur dette scolaire payée peuvent-ils finalement sortir de cette impasse et essayer de sortir de la classe pauvre. Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui réussit à tolérer cette situation jusque-là, surtout parce qu’une des principales raisons que les pauvres veulent aller à l’école, c’est pour arrêter d’être pauvre. Quand ils apprennent que pour avoir un diplôme, ils doivent passer plusieurs années encore plus pauvres qu’ils ne l’étaient auparavant, il est comprenable que certains se découragent et considèrent ça comme une barrière qui les empêche d’échapper à leur classe sociale. L’AFE ne réussit pas à détruire le bon vieux cercle du « je suis pauvre, car j’ai pas été à l’école, mais je peux pas aller à l’école, car je suis pauvre ».

En analysant de plus près tous ces problèmes résultant de l’application de l’AFE au vrai monde, on voit qu’un tel système, intentionnellement ou non, encourage les pauvres à demeurer dans la classe pauvre, car s’ils montent à la classe moyenne, ils ne pourront plus aller aux études. Le système encourage ainsi à devenir dépendant et à ne pas monter dans l’échelle sociale. Au lieu d’encourager à être un membre actif de la société, qui contribue au monde et à l’économie, l’individu pauvre apprend à ne rien faire et se laisser nourrir par l’État, situation que l’on retrouve également dans le phénomène du « bien-être social ». Les classes sociales sont donc encore, comme dans le passé, protégées par les institutions pour faire en sorte que si l’on est né dans une classe, on y reste. Pire encore, ceux qui sont dans la classe moyenne sont encouragés à faire moins d’argent et aller dans la classe basse, car il y a en fait plus d’avantages sociaux, et c’est plus facile que monter à la classe riche. La société essaye donc, consciemment ou inconsciemment, à travers l’idéologie bourgeoise (trop facile d’être marxiste ici) de réduire la tripartition sociale à une dualité riche-pauvre, en rendant la situation de la classe moyenne tellement difficile qu’elle est forcée soit à monter ou à descendre. Même si on brandit l’âge de la liberté et de la justice distributive, on voit que la vieille idéologie élitiste nous hante encore, voulant déterminer nos possibilités selon notre position socio-économique de naissance, et faire en sorte qu’on ne s’en sorte pas. Cela contribue à garder la classe des riches en place, pour qu’elle ne puisse pas perdre son pouvoir, et diminuer le plus possible les chances des classes plus basses d’accéder à leur statut pour les rivaliser.

Tony Desjardins

La lutte pour le salaire minimum à 15 dollars au Québec

La lutte pour le salaire minimum à 15 dollars au Québec : les travailleurs du Vieux-Port de Montréal rejettent l’offre de l’employeur et souhaitent poursuivre leur grève

« Après 100 jours de grève, les 300 employés fédéraux du Vieux-Port de Montréal n’ont pas réussi à obtenir une augmentation de salaire et le paiement de jours de congé de maladie » précise Konrad Lamour, président du Syndicat des employé.es du Vieux Port de Montréal – local 10333 – de l’Alliance de la Fonction publique du Canada. Konrad Lamour décrit la mauvaise proposition faite par l’employeur, la Société du Vieux-Port de Montréal à lui-même et à ses collègues :

« Ces deux principales demandes auraient fait de nous des travailleurs de la classe moyenne. Lorsque l’on considère les promesses électorales faites par le gouvernement Trudeau, promesses qui lui ont permis de remporter les dernières élections fédérales, on ne peut être que profondément déçus. »

Le rejet de l’offre par les travailleurs du Vieux-Port, qui a fait suite à plusieurs échanges acrimonieux entre le mouvement et le gouvernement libéral du Québec, représente la plus récente escalade dans la lutte pour le salaire minimum à 15 dollars de l’heure au Québec et au Canada.

Le 13 août, à la suite d’une manifestation organisée à Montréal pour l’obtention du salaire minimum à 15$, manifestation à laquelle ont pris part des centaines de personnes, Carlos Leitão, ministre des Finances du Québec, déclarait publiquement que 10,75 $ de l’heure était un salaire minimum suffisant. La manifestation avait pour objectif de rassembler les participants du Forum social mondial et les travailleurs du Vieux-Port de Montréal, dont 40 % gagnent moins de 15 $ de l’heure. Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, s’est adressée à la foule en ces termes : « le salaire minimum à 15 $ de l’heure s’impose maintenant »

Une semaine plus tard, le syndicat a répondu à la déclaration du ministre Leitão lorsque plus de 50 travailleurs du Vieux-Port ont investi ses bureaux. « Le ministre Leitao a poussé le bouchon un peu loin la semaine dernière en affirmant que le salaire minimum actuel était approprié. Cette déclaration a soulevé l’ire de nos membres en grève », souligne Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale de l’AFPC-Québec.

La même journée, le premier ministre Philippe Couillard, adoptant la position du « gentil flic » pour faire contrepoids au mauvais rôle joué par son ministre, a appelé à un débat sur le salaire minimum à 15 $ de l’heure pour « examiner les expériences qui ont été menées ailleurs », sans aucunement prendre clairement parti sur la question. Parallèlement, des articles au sujet de la campagne pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure sont parus presque quotidiennement dans les principaux journaux québécois lapresse.ca et ledevoir.com.

La grève des travailleurs du Vieux-Port de Montréal, un site historique célèbre et un des lieux parmi les plus touristiques au Canada, a fourni un appui supplémentaire au mouvement pour l’obtention d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure. Les travailleurs du Vieux-Port sont en grève depuis le 27 mai et, s’ils sont parvenus à faire fermer certaines exploitations phares du Vieux-Port comme le Centre des sciences, le Port d’escale et la plage, des dizaines de concessions privées continuent de fonctionner depuis le début du conflit grâce au recours à des briseurs de grève.

La lutte des travailleurs du Vieux-Port incarne désormais la bataille pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure et contre le travail précaire au Québec et au Canada.

Interdits par une injonction d’entrer sur les lieux du Vieux-Port, les travailleurs manifestent depuis le début du conflit de six à sept jours par semaine aux abords de leur lieu de travail en scandant « Un rattrapage urgent, pour un salaire décent!» Depuis le départ, ces travailleurs ont associé leur grève à la lutte plus générale pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure, notamment en organisant des actions de plus grande envergure, le 15 ou aux alentours du 15 de chaque mois parallèlement et en solidarité avec la campagne globale de lutte pour l’obtention du 15 $ minimum en Amérique du Nord.

Bien qu’ils soient employés par le gouvernement fédéral, les travailleurs du Vieux-Port sont considérés comme étant des « employés fédéraux » et non pas des « fonctionnaires », ce qui permet au gouvernement de faire appel à des agences privées pour sous-traiter leurs emplois. Dans ce contexte, l’employeur, la Société du Vieux-Port de Montréal est une filiale de la Société immobilière du Canada, une « société d’État ». Les travailleurs du Vieux-Port sont syndiqués auprès de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, qui compte 180 000 membres au Canada.

Si les travailleurs du Vieux-Port n’ont pas obtenu un contrat satisfaisant, ce n’est pas par manque d’ingéniosité tactique. Jacques Fontaine, un des membres de l’équipe de négociation cite certain des actions entreprises par les grévistes à ce jour:

En tant que petit groupe confronté à d’importants défis, nous avons décidé très vite de nous joindre au mouvement pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure afin d’avoir du soutien. Cette relation a en fait représenté un des points forts dans une lutte qui s’est avérée très difficile. Durant les négociations nous avons mené sans relâche des actions afin de mettre de la pression sur notre employeur : piquetages devant les bureaux de la Société immobilière du Canada à Toronto et à Ottawa, rencontres avec les députés locaux du parti libéral et manifestations lors des événements médiatisés comme la fête du Canada, le triathlon international de Montréal et diverses autres activités organisées au Vieux-Port.

Les employé.es du Vieux-Port ne sont pas seuls travailleurs syndiqués au Québec à être en grève pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure: 3 000 travailleurs du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES), employés par 38 maisons de retraite privées ont entamé une grève à durée indéterminée le 21 juin, après avoir fait trois jours de grève tournante d’une journée. À l’instar des travailleurs du Vieux-Port, le SQEES est membre de la Fédération des Travailleurs du Québec, qui a lancé sa propre campagne, Minimum 15, le 1er mai. Le SQEES a désormais obtenu un contrat de travail. Leur victoire a encouragé ceux qui espèrent obtenir gain de cause, au moins d’ici 2022, comme cela est indiqué dans les demandes faites par la coalition Minimum 15. Toutefois, malgré une mobilisation importante, les travailleurs du SQEES accusent du retard par rapport à leurs homologues du secteur public qui gagnent un peu plus de 20 $ de l’heure après quatre ans de service.

Il est intéressant de comparer les tactiques et les défis inhérents aux deux luttes. Contrairement aux travailleurs du Vieux-Port, les travailleurs des maisons de retraite de la SQEES n’ont pas fait face aux briseurs de grève. Toutefois, étant donné que ces travailleurs fournisseurs des services essentiels, ils sont assujettis à la loi du Québec qui leur interdit de faire plus de 42 minutes de grève par jour. Par ailleurs, les travailleurs du Vieux- Port, qui ne représentent en nombre qu’un dixième des travailleurs du SQEES, ont tenté de remédier à leur infériorité numérique en s’adressant aux forces de gauche indépendantes, ce que n’a pas fait le SQEES. Tous ces travailleurs se sont toutefois soutenus mutuellement en prenant part aux actions organisées par les deux groupes. Québec solidaire, le parti indépendantiste de gauche a appuyé ouvertement les grévistes en participant à leurs actions et, plus récemment, en unifiant les différentes coalitions de gauche – 15plus.org, l’Industrial Workers of the World (IWW) et le centre des travailleurs immigrants – sous l’égide de « 15maintenant ».

S’il reste encore à voir où les choses mèneront, la centralisation des forces de gauche au sein de la coalition 15 maintenant, avec l’appui de Québec solidaire, constitue une avancée majeure pour l’unification des anarchistes, des socialistes et des divers autres militants. Il y a un an, l’arène politique était totalement différente. À ce moment-là, QS soutenait officiellement l’instauration d’un revenu minimum garanti et ne s’était pas prononcée en faveur du salaire minimum à 15$ de l’heure. Les forces indépendantes de gauche ne s’entendaient pas pour décider s’il fallait ou non travailler avec QS et de quelle manière, les anarchistes – les plus nombreux – évitant de s’associer avec tout parti politique, y compris Québec solidaire. Incapables de rallier à leurs vues les militants de l’IWW, les membres d’Alternative socialiste, de la Ligue communiste et de divers autres groupes communautaires ont créé 15plus.org pour lancer une pétition demandant l’instauration du salaire minimum à 15 $ de l’heure maintenant, montant devant être indexé sur le coût de la vie.

15plus.org a également contribué à la campagne et aux élections partielles (en milieu d’année) de la candidate de Québec solidaire à la députation provinciale Marie-Eve Rancourt, qui s’est prononcée en faveur du salaire minimum à 15 $ de l’heure avant même que cette revendication ne soit appuyée officiellement par son parti. Si Marie-Eve Rancourt a perdu l’élection, QS a vu son vote passer de 10 % à 20% par rapport à la dernière élection. Lorsque, au printemps, la Californie, l’Oregon et New York ont adopté des plans relatifs au salaire minimum à 15 $ de l’heure, la pression s’est accentuée sur Québec solidaire pour que le parti prenne position en faveur de cette revendication.

Cette campagne a également été déterminante pour montrer quel parti pour l’indépendance au Québec défend les intérêts du 99 %. Lorsque Karl Philippe Péladeau, magnat de la presse et milliardaire, a quitté la tête du Parti québécois (centre droit), en avril, il a semblé pour un bref instant que le PQ pourrait adopter une orientation politique plus progressiste, notamment en collaborant avec Québec solidaire. Ces espoirs ont bien vite été déçus lorsqu’à la fin du mois d’avril, la députée de QS Manon Massé a déposé à l’Assemblée nationale du Québec une motion en faveur de l’instauration d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure, motion qu’aucun parti politique n’a appuyée.

Ses espoirs d’alliance avec les grands partis politiques anéantis, QS a été contraint de collaborer avec les forces de gauche du mouvement 15+. QS a saisi l’occasion politique et appuyé la pétition 15plus.org, et ses exigences radicales portant sur le « 15 $ maintenant » montant indexé au coût de la vie. Si le mouvement 15+ était déjà parvenu à lui seul à rassembler 1 000 signatures pour la pétition, l’appui de QS a permis d’étendre de façon significative la portée politique de la pétition et les exigences radicales qu’elle contient, comme l’explique Julien Daigneault, porte-parole de 15+ :

En appuyant notre pétition, Québec solidaire contribue à légitimer davantage les demandes liées à la revendication du 15 $ de l’heure maintenant avec une indexation correspondant à l’augmentation du coût de la vie. De plus, en révélant le manque flagrant d’appui à cette revendication de la part des grands partis politiques, QS a mis en évidence le fait que ces derniers n’ont rien à offrir aux travailleurs. La pétition est également un outil politique pratique pour les groupes individuels qui souhaitent la présenter dans leurs institutions scolaires et en milieu de travail tout en contribuant à un projet politique commun.

Lorsque la FTQ a lancé sa propre campagne le 1er mai pour exiger un salaire minimum à 15 $ de l’heure en 2022, avec des minimums plus bas dans les régions rurales, comme l’a fait l’Oregon et New York, elle s’était déjà positionnée comme à la droite du mouvement. Peu après, les 400 000 membres de la Confédération des syndicats nationaux lui ont emboité le pas en évitant de préciser les dates et les échéances applicables au 15 $ de l’heure.

Pour les organisateurs qui favorisaient une approche plus centralisée, la mise sur pied de 15 maintenant a représenté une chance de se pencher sur des questions politiques plus profondes se posant à la gauche à la suite du mouvement Occupons, particulièrement dans le contexte de l’après-mouvement québécois du printemps érable: il est temps de repenser la stratégie de la « diversité des méthodes tactiques ». C’est un moyen pratique de dissimuler nos différences, sans travailler ensemble efficacement, de manière beaucoup moins démocratique », précise Bruno-Pierre Guillette, membre de 15plus.org et délégué syndical de la Fédération de la santé et des services sociaux, dont la fédération tutélaire, la Confédération des Syndicats Nationaux, a lancé sa propre campagne pour l’obtention du 15 $ de l’heure, assortie de l’exigence suivante : obtention « le plus rapidement possible » du salaire minimum à 15 $ de l’heure.

15maintenant a commencé à organiser une action pancanadienne pour l’obtention du salaire minimum à 15$ de l’heure, action qui aura lieu le 15 octobre. Les signatures recueillies alors que la pétition était en ligne du 28 avril au 28 juillet – période de temps permise par la loi, seront présentées à l’Assemblée nationale, l’Assemblée législative provinciale à Québec, le 19 septembre. Entre-temps, la pétition est entrée dans une seconde phase : une campagne éclair est prévue pour la rentrée des classes en vue de recueillir un total de 15 000 signatures sur les campus de McGill, de Guy Concordia et de l’Université du Québec à Montréal jusqu’à la journée d’action du 15 octobre.

L’élargissement de la lutte pour l’obtention du 15$ de l’heure à bon nombre de campus montréalais indique à quel point l’enjeu se propage comme un feu de brousse et sert de véhicule pour faire le lien d’une lutte à l’autre au Québec. Heather Holdsworth, étudiante à McGill et membre du Syndicat des employé(e)s occasionnels de l’université McGill et de McGill for 15 and Fairness, décrit la façon dont la pétition est utilisée pour organiser les travailleurs étudiants: « notre mouvement pour l’obtention d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure à McGill est né à partir d’un réseau de différents syndicats et groupes unifiés au sein des milieux de travail sur les campus. Nous souhaitons avant tout faire bien comprendre à nos collègues travailleurs étudiants ce que cela signifierait pour nous de gagner un salaire minimum de 15 $ de l’heure comparativement au salaire actuel minimum de 10,75 $ et de mettre fin à la précarité dans nos milieux de travail. ».

En recourant de façon flagrante à des briseurs de grève et en refusant d’accorder à ses employés un salaire décent et des journées de maladie, la Société du Vieux-Port de Montréal et le Vieux-Port de Montréal ont révélé jusqu’où était prêt aller le 1 % pour maintenir les salaires au plus bas. Parallèlement, cela prouve le manque total de volonté des principaux partis québécois à lutter contre l’austérité néolibérale qui a été imposée aux personnes qui ont voté pour ces partis et le rôle essentiel que les forces populaires de gauche peuvent jouer pour infléchir le discours, particulièrement en travaillant avec un parti de gauche comme QS.

Hémisphère Gauche

Vendredi 7 octobre 18h30 au bar le Département (A-M640)

Soirée de réseautage et de discussion. Pour l’occasion nous lancerons un cercle de lecture auquel vous pourrez vous joindre et proposer des textes. Pour cette première édition, nous vous invitons à lire un court texte afin d’alimenter la discussion (Hémisphère Gauche, introduction)

Événement Facebook

Hémisphère Gauche : une cartographie des nouvelles pensées critiques, de Razmig Keucheyan Les Nouvelles Théories Critiques apparaissent après une période de glaciation intellectuelle amorcée dans les années 1970 : nouvelles, car elles sont apparues après la chute du mur de Berlin en 1989 ; théories, parce qu’elles dépassent l’analyse ou l’explication et décrivent ce qui est souhaitable ; critiques, car elles remettent en question l’ordre social existant de façon globale. Dans cette cartographie d’où nous avons tiré l’extrait choisi à titre d’introduction, les philosophes de la gauche sont situé-e-s idéologiquement et géographiquement, faisant le portrait de la pensée contestataire du 21e siècle. À partir de cette référence, nous invitons tous ceux-celles intéressé-e-s par les idées critiques de notre époque de se réunir afin d’explorer cette riche littérature et d’en discuter dans le but de s’éduquer, de s’agiter et de s’organiser. Nous proposons une orientation vers les enjeux sociopolitiques et économiques, mais c’est à vous de nous rejoindre et de choisir les sujets abordés par notre groupe, que ce soit l’impérialisme, le nationalisme, le capitalisme, la démocratie, le féminisme, les luttes identitaires ou ceux de classe. Au plaisir de découvrir l’hémisphère gauche ensemble!

Assemblée générale annuelle d’ÉS-UQAM – Ouverte à tous et toutes

Étudiant-e-s Socialistes UQAM vous invite à son Assemblée générale annuelle le 19 novembre prochain.

Il sera question des :
-Rapports des exécutants
-Du Bilan et du Budget
-Des Activités à venir
-Des Élections d’officiers

L’assemblée est ouverte à tous et toutes. C’est une bonne porte d’entrée pour vous impliquer avec Étudiant-e-s Socialistes UQAM. En espérant vous voir nombreux.

Conditions de travail : Le retour de l’héroïque investisseur privé

Il faut favoriser les investisseurs privés pour créer des emplois! N’entendons-nous pas cette formule clamée sur tous les toits par les politiciens? Une formule répétée avec tant d’énergie qu’on a l’impression que des effets suivront inévitablement dans le prochain mandat du tribun. Toutefois, alors que les entrepreneurs jouissent d’un climat leur permettant d’amasser des fortunes, nos conditions de vie et de travail se détériorent. Pourquoi?

Les gouvernements disent préconiser l’aide aux entreprises (surtout aux grandes) afin de stimuler l’économie et créer des emplois. L’élite politique, caractérisée par la pensée néolibérale, suppose que le « créateur de richesses » n’est nul autre que l’entrepreneur; du boss d’la shop au grand investisseur multimillionnaire, voire multimilliardaire.

Il est faux de dire que les entrepreneurs créent de la richesse. Se sont les producteurs, les travailleurs, qui s’activent dans l’usine ou qui tapent à l’ordinateur au bureau, qui créent cette richesse. Si l’entreprise fait de l’argent, qu’elle est rentable, c’est que les travailleurs y fournissent un travail suffisant. Si l’entreprise fait des profits, c’est qu’elle rémunère moins les salariés que la valeur du travail produit. Il serait incohérent pour un capitaliste de vous redonner la totalité de la valeur de votre travail. Il se retrouverait les mains vides avec un budget à zéro. C’est pourquoi votre salaire est toujours plus bas que la valeur du travail que vous procurez.

Mono_05L’argent public dans les poches du privé

Le discours économique (néo)libéral place l’entrepreneur au cœur du processus de « création de richesses ». Les travailleurs y sont considérés comme « impotents et nécessitant un maître ». L’État est quant à lui un monstre « gaspilleur et inefficace ». Le rôle de l’entrepreneur capitaliste devient alors primordial pour investir afin de créer des emplois. Le discours des élites valorise ainsi l’investissement privé, en opposition à l’investissement public direct de l’État. La création d’emplois devient alors une conséquence éventuelle de l’activité capitaliste et non son but premier.

Ainsi, il faut répondre aux caprices des entrepreneurs pour « encourager » l’investissement privé. Les patrons exigent moins de règles concernant les conditions de travail et la polyvalence des salariés (lire ici précarité). Ils tentent par tous les moyens de diminuer les coûts de main-d’oeuvre (dont les salaires). En outre, les mesures fiscales avantageuses dont bénéficient les entreprises (faible imposition, crédits d’impôt, subventions, etc.) sont impensables pour le simple citoyen. À titre d’exemple, un jeune entrepreneur d’une PME m’a déclaré à quel point le nombre de subventions et d’« investissements » dont son entreprise pouvait faire l’objet est ridiculement élevé. Même les agrafes de sa brocheuse de bureau sont subventionnées. Il a fini la conversation en affirmant qu’il est vraiment facile de démarrer sa compagnie au Québec tant les mesures sont avantageuses. Quand même un entrepreneur voit l’aspect outrancier de ces privilèges donnés aux entreprises…

Un retour en arrière

La montée en puissance du rôle des investisseurs privés comme moteur de l’économie et comme décideurs politiques engendre de sévères attaques aux conditions de travail, à l’emploi. Pour aider un capitaliste, il faut des conditions d’exploitation toujours plus accrues afin de retirer plus de profits « pour plus de capital à investir ». Cela passe par un coût que production plus bas : moins de réglementation, plus de précarité et des salaires plus bas. Au XIXe siècle, les capitalistes ont ajusté leur production grâce au « capital variable », c’est-à-dire sur le dos des travailleurs. Licenciements de masse et baisses de salaires drastiques étaient la norme pour l’entreprise, comme le chômage et la misère l’étaient pour les travailleurs. Le néolibéralisme n’est que le retour des politiques libérales du XIXe siècle. Les effets de ces attaques s’accentuent au fur et à mesure que le syndicalisme recule et que la gauche politique de désagrège. Les amis des capitalistes présents aux différents paliers de gouvernement aident grandement les entreprises en votant des lois dans leur intérêt, comme, par exemple, en maintenant le salaire minimum sous le seuil de la pauvreté pendant des décennies.

De l’argent, il y en a…

Au cours des dernières années, le Québec a connu une perte d’emplois à temps plein comblée en partie par une hausse d’emplois à temps partiel. Ces emplois précaires et souvent moins bien payés ont remplacé des emplois dont les conditions étaient beaucoup plus intéressantes. Or, avec l’application de toutes ces politiques avantageuses pour le Capital, pourquoi n’avons-nous pas récupéré un quelconque bénéfice? La manière dont investit les capitalistes est faite dans leurs intérêts, non pas dans ceux des conditions de travail et des salaires des travailleurs. Si l’on facilite la marge de manœuvre des capitalistes, ils prendront toute cette marge. C’est dans leur nature de faire ce qui les avantage comme il est dans l’intérêt des travailleurs d’exiger un emploi stable et bien payé.

Encore pourrait-on rétorquer que l’investissement privé demeure la meilleure manière d’avoir de nouveaux emplois, quoique précaires et mal payés. Toutefois, une récente étude de l’IRIS montre que les entreprises font de la surépargne, c’est-à-dire qu’elles accumulent du capital et ne l’investissent pas en nouveaux emplois ou même en hausse de salaire. Pourtant, avec les taux d’intérêt actuellement bas, une tendance à l’investissement devrait être observée. Pour un capitaliste, épargner ne rapporte pas beaucoup et emprunter coûte moins cher. Sans aboutir à une conclusion claire sur les causes de la surépargne, l’étude nous renseigne sur le phénomène de son accélération dû à des baisses d’impôts sur le capital :

« Tant au Canada qu’au Québec, la tendance à la suraccumulation remonte aux années 1990 et s’est intensifiée dès les années 2000. Nous pouvons en conclure, tant à partir de nos données que de celles de l’étude de Stanford, que si les sources de revenus qui ont nourri cette accumulation proviennent d’un taux de profit avant impôts demeuré stable à environ 9 %, ce sont les baisses d’impôts consenties aux entreprises pendant les années 1990 et surtout à la fin des années 2000 qui ont augmenté significativement le flux de revenus sources d’épargne. Alors qu’elles devaient avoir un impact en stimulant l’investissement, elles ont plutôt stimulé la surépargne. »

C’est d’ailleurs The Economist, comme la note de l’IRIS le rappelle, qui s’inquiète de la surépargne en Asie et de ses conséquences néfastes sur la croissance économique. Les entreprises sont riches, mais ne stimulent pas l’économie en injectant dans celle-ci leurs liquidités. Il est non seulement faux de penser qu’une entreprise qui réussit va donner de meilleurs salaires, mais en plus celle-ci n’investira même pas dans de nouveaux emplois.

On semble oublier, volontairement ou non, que les « investisseurs » ont naturellement tendance à accumuler et que la décision d’investir ce Capital est justement privée. On peut encourager l’investissement privé, mais il ne faudrait surtout pas le forcer! Nous serions alors obligés de faire intervenir davantage l’État dans l’économie, minant ainsi la « concurrence » du « libre marché » censée nous garantir paix et prospérité! Comme le disait Marx dans Le Capital, « du Capital, c’est du travail mort »… et rien d’autre.

Une riposte politique syndicale s’impose

Les ressources capitalisées et l’aide excessive donnée aux entrepreneurs pourraient amplement permettre la création de nombreux emplois bien rémunérés. Une riposte syndicale, accompagnée d’une formation politique défendant les intérêts des travailleurs, permettrait de ramener les produits du travail vers les vrais « créateurs de richesses », les travailleurs. Une riposte syndicale est nécessaire pour contrer la précarité et les baisses de salaires, autant pour les salariés syndiqués que non syndiqués. Mais, seule une formation politique sera en mesure de faire voter des lois pour taxer le Capital, augmenter le salaire minimum à un niveau décent et réglementer le monde du travail à l’avantage des travailleurs.

Cela pourrait notamment prendre la forme d’une interdiction des agences de placement, plaie ouverte du monde du travail. Ces agences agissent comme tiers dans la production. Elles engagent des employés à la place d’un patron qui lui, « loue » leurs services. Les entreprises n’ont ainsi pas de compte à rendre aux travailleurs, seulement à l’agence. Dans l’autre sens, le patron des employés, c’est l’agence. Il est alors plus difficile de créer un rapport de force, car les salariés sont disséminés à travers les réseaux de l’agence. Par exemple, une agence reçoit 22$/h d’un patron pour un employé qui fournit un travail dans son entreprise. Toutefois, l’agence paie ce travailleur 12$/h, réalisant un profit de 10$/h à titre d’intermédiaire.

Changer de système

Tant que l’on vivra dans une économie capitaliste, on subira de nouvelles attaques sur nos conditions d’existence. Nous devons dépasser cette économie de l’exploitation et du privilège. Le constat est clair : l’économie capitaliste marche en fonction des profits, non en fonction des besoins. Les emplois ne seront jamais une priorité sous le capitalisme. Nous avons besoin d’une réelle démocratie politique et économique, d’un pouvoir redevable et révocable ainsi qu’un contrôle démocratique de la production et de la distribution. Rappelons-nous que durant la crise des années 1930, pendant que les travailleurs du Québec brûlaient leur cadre de porte pour se chauffer l’hiver, le chômage était inexistant en URSS. Loin de nous la volonté de répéter une expérience de gestion bureaucratique et totalitaire héritée du stalinisme. Toutefois, il est pertinent d’étudier l’expérience de planification de l’économie dans les pays du « socialisme réel » pour trouver des pistes de solutions à nos problèmes. L’histoire de ces pays montre que le socialisme sera démocratique ou ne sera pas.

P2015 et les Cégeps: Rejoindre la base étudiante

Jean-François Larivière, étudiant au Cégep de Rosemont

L’incapacité des militant-es étudiant-es à rejoindre la base peu ou pas politisée fait partie des défis de mobilisation de tout mouvement étudiant. Le mouvement de grève du printemps 2015 dans les Cégeps en est la meilleure démonstration. Peu d’associations étudiantes collégiales sont entrées en grève générale illimitée ou reconductible, contrairement à la tradition où la mobilisation débute dans les Cégeps pour ensuite s’étendre dans les universités.

Ce problème de taille s’explique principalement par le fait que le mouvement a été organisé par quelques militant-es au sein de cercles et d’assemblées fermés, plutôt que sur le terrain. Un mouvement se construit suite à d’importants efforts de sensibilisation, d’information et de mobilisation. Ce n’est pas par un groupe Facebook fermé ni par un plan d’action radical qu’on peut espérer construire un mouvement de masse.

Développer la conscience politique
Pourtant, les étudiant-es des Cégeps sont sensibles aux coupures sauvages saccageant nos acquis et nos services publics. On ne peut tout de même pas espérer qu’ils en viennent à choisir la grève après seulement quelques semaines de mobilisation. On ne peut pas s’attendre à ce que la majorité des étudiant-es possèdent la même conscience politique que les comités militants. On ne peut prétendre construire un mouvement de grève sans les consulter et sans s’assurer que la population étudiante en comprenne la nécessité. Le fait d’ignorer et même renier les associations étudiantes locales et nationales découle d’un sectarisme inutile et nuisible à la cause. Pour construire un mouvement large, inclusif et légitime, il faut investir les associations étudiantes et les instances démocratiques, et non leur cracher dessus.

Les étudiant-es des Cégeps ont toutefois organisé des manifestations locales et participé-es aux manifestations régionales et nationales, notamment celle du 1er mai. Ils et elles ont pu appuyer et participer au mouvement selon leurs moyens et leur compréhension politique. On ne peut pas parler d’une partie de la population étudiante démobilisée et immobile. Il faut prendre en compte la réalité de leur conscience politique, qui évolue et change par le travail de terrain.

Identifier les effets concrets
On ne peut espérer convaincre une large base de la population, étudiante ou non, en prônant de se battre contre une idéologie qui flotte dans le monde des idées. Il faut plutôt leur montrer les conséquences concrètes et réelles des mesures d’austérité et du néolibéralisme : les coupes dans les services aux étudiant-es, dans les services psychosociaux et d’animation, les suspensions politiques, etc. Il est nécessaire de d’abord exposer comment l’austérité les affecte en tant qu’étudiant-es avant d’expliquer comment elle affecte la société en général.

Bref, un mouvement se construit en allant sensibiliser et convaincre les gens, non pas en s’organisant entre militant-es sur un groupe Facebook.

Réflexions socialistes #3 – été 2015

Reflexions_socialistes_3_couvertureLa 3e revue Réflexions socialistes est sortie! Elle crend cette fois 36 pages et contient notamment une contribution du militant Paul Cliche!

Téléchargez Réflexions socialistes vol.2 #2

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La revue Réflexions socialistes paraît trois fois par année, au début de chaque semestre scolaire. Vos abonnements solidaires de 10$ pour un an (trois numéros) nous permettent d’améliorer notre publication et d’élargir la lutte pour le socialisme.

Il est possible d’obtenir des copies papier des numéros déjà parus (#1 et #2) au local du comité (UQAM, 320, rue Ste-Catherine Est, DS-3217) pour la modique somme de 1$. La revue est aussi distribuées dans plusieurs endroits à Montréal, principalement à l’UQAM.

Contribuez!
Ce journal est la tribune de toutes ceux et celles qui veulent lutter pour l’amélioration de leurs conditions de vie, dénoncer l’injustice et combattre le capitalisme.

Comme le comité Étudiant-e-s socialistes, les pages de son journal sont ouvertes à différents types de contributions (analyse, poésie, art graphique…) peu importe si vous êtes étudiant-e ou non. La rédaction est particulièrement intéressée à recevoir vos témoignages de mauvaises conditions de travail, de corruption ou d’injustices dans l’optique de les dénoncer et d’agir.

Contactez-nous au info@esuqam.com


Sommaire du vol.2 #2

Éditorial
03 Répression politique à l’UQAM: Une excuse pour attaquer la cogestion
Étudiant-es socialistes UQAM

Luttes
05 Leçons du printemps 2015: Éviter les mêmes pièges cet automne
Julien Daigneault
10 Le Printemps 2015 et les CÉGEPs: Rejoindre la base étudiante
Jean-François Larivière
11 1er mai 2015: Bilan et perspectives de la lutte contre l’austérité
Bruno-Pierre Guillette

Économie
14 Conditions de travail: Le retour de l’héroïque investisseur privé
Nataël Bureau
17 Les paradis fiscaux et ses effets pervers: Le cas de la dette publique
Frédéric Rogenmoser

Politique
20 Le scrutin proportionnel: Pour que tous les votes comptent
Paul Cliche
24 «Lois antiterroristes»: Une menace réelle pour notre société
Kevin Messang-Blansché

International
27 Podemos: Le Syriza espagnol?
Danny Byrne
30 Grèce: Se subordonner à la Troïka ou rompre avec l’austérité?
Éditorial du journal de Xekinima, no 410

Culture
33 S.A.S. Section d’assaut: Discours sécurisant et sécuritaire
Denis Poissonnier