« Lois antiterroristes » : Une menace réelle pour notre société

Les événements ayant frappé le Parlement d’Ottawa en octobre dernier et les attaques terroristes qui ont secoué Paris au début du mois de janvier ont servi sur un plateau d’argent le prétexte au gouvernement canadien et français de présenter chacun leur projet de loi dit « antiterroriste ».

Les outils qui se mettront en place grâce à ces lois ainsi que les dérives inéluctables auxquelles leur utilisation conduira sont à dénoncer fermement. Ces lois représentent un danger majeur pour bon nombre de nos droits et libertés fondamentales. Cette obsession sécuritaire sans limites, qui ne cesse de croître depuis 2001, s’inscrit dans une continuité initiée par le Patriot Act étasunien.

Elle justifie pour les gouvernements toutes les restrictions et les violations de l’essence même de nos droits. En France, le projet de loi relatif au renseignement, pourtant si décrié par une large partie de la population et de nombreuses ONG, a été adopté le 5 mai 2015 en première lecture à l’Assemblée nationale, à une large majorité de gauche comme de droite. De son côté, le projet de loi canadien C-51 a été adopté le lendemain à la Chambre des communes. Et cela, malgré les nombreuses dénonciations d’anciens premiers ministres du Canada ou de juges à la Cour suprême, voyant d’un mauvais œil cette nouvelle dérive sécuritaire et liberticide.

Les principaux reproches adressés à ces textes s’articulent autour de deux axes majeurs : la violation du droit à la vie privée, notamment dans les communications internet et cellulaires d’une part et la pénalisation de nombreux actes militants qui seraient désormais qualifiés de « terroriste » car à même de pouvoir déstabiliser l’ordre établi par ces gouvernements, d’autre part.

La vie privée : un droit fondamental mis à mal

Notre droit à une vie privée et la garantie de son respect sont des éléments fondamentaux de l’État de droit constitutif de notre société. L’attaquer, c’est porter atteinte à celle-ci. Tout le monde pourrait s’accorder sur ce point. Pourtant, c’est bien une immixtion dans notre vie la plus intime qui est permise avec l’adoption de ces lois.

Ainsi, la loi française permet de mettre en place des « boites noires » auprès des fournisseurs d’accès à internet afin de leur permettre de contrôler le trafic et de vérifier la conformité à l’ordre public de notre navigation. Le prétexte utilisé est celui de prévenir la « radicalisation » des jeunes sur internet qui seraient en phase de partir rejoindre l’État islamique en Syrie ou en Irak, ou qui projettent de commettre des attentats sur le territoire.

De ce fait et en application de cette loi, tout comportement « déviant » serait immédiatement qualifié de suspect et justifierait une investigation plus poussée. Une simple recherche ou la consultation d’un article sur l’État islamique à titre d’information rendrait passible de soupçon de terrorisme, de crime contre l’État et d’autres fantaisies. Il s’agit là d’une atteinte grave au respect de la vie privée et à la neutralité du net, dénoncée notamment par l’ONG française la Quadrature du Net, fer de lance dans la lutte contre ce projet de loi.

C51_01Des outils portant une atteinte excessive à la vie privée

Au Canada, C-51 permettra à 17 ministères et agences fédérales d’échanger entre eux les informations concernant une personne, là encore jugée « suspecte ». Ces informations peuvent être de toute nature et pour l’essentiel sans intérêt aucun pour la sécurité de l’État. À ce propos, le Commissaire à la vie privée, Daniel Therrien, dénonce que « l’ampleur de la communication d’information proposée est sans précédent, la portée des nouveaux pouvoirs conférés par la loi est excessive, d’autant plus que ces pouvoirs touchent les Canadiens ordinaires, et les garanties juridiques propres à assurer le respect de la vie privée laissent grandement à désirer ».

En France, « patrie des droits de l’Homme », les individus soupçonnés pourront, sans aucun contrôle judiciaire et à la discrétion pleine et entière du premier ministre, voir leur téléphone, leurs courriels, leur domicile placé sous écoute et leurs déplacements suivis à la trace par les services secrets. Ces pratiques sont dignes d’une véritable police politique. Elles auraient fait la joie de certaines dictatures il y a quelques décennies, mais pourtant non, elles seront bien appliquées en 2015, dans un pays soi-disant « démocratique ».

Pire encore, il sera possible de mettre en place une surveillance généralisée d’une zone au moyen de « valises espionnes ». Ces valises permettront, à la manière du filet d’un pêcheur, de capter et d’enregistrer toutes les communications émises ou reçues dans le périmètre d’action de l’appareil. Sans être suspecté, sans rien projeter, un individu pourra être espionné et voir ses conversations privées être lues et écoutées par des agents du renseignement sans aucun égard, là encore, au respect de sa vie privée.

Un champ d’application très large

La question du champ d’application est le second reproche majeur adressé aux « lois antiterroristes ». Elles ont aussi en commun une redéfinition de l’étendue des comportements susceptibles de constituer un acte déclenchant l’application de la loi. Naturellement, sa définition a été immensément élargie. La surveillance de masse décrite dans le roman de George Orwell 1984 ne saurait mieux illustrer ce à quoi nous préparent ces textes.

Ainsi, la loi canadienne élargit la notion de « menace à la sécurité du Canada », qui impliquerait, après son adoption, des faits allant bien moins loin que le terrorisme au sens strict. Ainsi, « l’entrave au fonctionnement d’infrastructures essentielles » (sic) justifierait la mise en œuvre de cette surveillance. Mais, qu’est-ce que « l’entrave au fonctionnement d’infrastructures essentielles » ? Cette notion est beaucoup trop floue pour être insérée décemment dans le vocabulaire juridique, surtout dans une matière aussi sensible.

Menace pour les militant-es politiques

Alors quoi ? Des écologistes et des autochtones bloquant la construction de pipelines ou des exploitations de sables bitumineux seraient assimilés à des barbares terroristes ? Oui, et la Gendarmerie royale du Canada les a déjà à l’œil comme le montre un rapport secret ayant futé l’an dernier. Des groupes socialistes comme le nôtre seraient-ils aussi visés ? L’avenir nous le dira bien assez vite. Il n’y a maintenant qu’un pas pour assimiler à l’abjecte vermine de l’État islamique, qui pille, viole et massacre des populations et anéanti des merveilles du patrimoine de l’Humanité, les opposant-es à la casse en règle des services publics de leur propre État.

Avec cette loi, quiconque se livre à de la désobéissance civile, même non violente, pourrait être la cible des services de renseignement, le SCRS. Au-delà de la lutte contre le terrorisme islamique, que nous souhaitons tous et toutes voir disparaître, cette loi nous vise aussi camarades ! Militant-es de gauche et écologistes, nous sommes menacé-es.Nos idées et nos actions pour tendre à notre idéal seront criminalisées si nous restons apathiques face à cela !

Une efficacité contestable

Du reste, comme il a déjà été dit, la loi française ne met pas en place un système plus glorieux : Absence de contrôle, surveillance généralisée sans aucun fondement juste parce que « l’on a été au mauvais endroit, au mauvais moment », mise sous écoute sur la base de liens pouvant être plus que ténus… À n’en pas douter, l’ensemble de cet arsenal pourra être efficace, dans une certaine mesure, mais à quel prix pour la liberté des citoyen-nes. Encore que la fiabilité des algorithmes de traçage sur internet risque de rapidement être mise à l’épreuve de nombreux pirates. Plusieurs moyens permettant de contourner cette surveillance existent et sont accessibles à n’importe qui.

Une résistance citoyenne

Une certaine opposition se met en marche pour se prémunir de cette surveillance. D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, à travers de nombreuses manifestations, des conseils dénoncent l’inefficacité prévisible des lois au regard de l’attente qu’elles constituent. Une pétition exigeant le retrait de ce projet de loi français a recueilli près de 119 000 signatures. Elle a été déposée au Bureau du premier ministre français Manuel Valls le 28 avril 2015.

Un opportunisme des gouvernements à peine masqué

Ces textes s’insèrent sans vergogne dans la vague de peur alimentée au sein des populations par les médias et les gouvernements. La réalité travestie de la « menace terroriste » est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Non pas que l’État islamique ou Al-Qaeda n’existent pas ou ne sont pas une menace (la genèse de ces mouvements est cependant à voir ailleurs que dans le simple Moyen-Orient). Les gouvernements profitent de quelques événements tragiques, mais isolés, pour généraliser et faire croire à une menace constante, invisible, sournoise et surtout intérieure.

Cette manipulation vise à rendre tout le monde suspect aux yeux des autres et de mettre en place, petit à petit, une société où nous serions tous et toutes observé-es continuellement, par nos proches et par l’État, afin de contrôler et de prévenir tout risque de déstabilisation des pouvoirs en place.

Cette stratégie de peur qualifiée dans le passé de « menace terroriste » (littéralement : basée sur la terreur) n’est pas récente. Danton déjà, durant la Révolution française de 1789, a affirmé « Faites peur au plus grand nombre, et vous lui imposerez une volonté ». À Mirabeau de lui répondre « La peur est un moyen mais pour qu’elle produise ses effets, il faut qu’elle soit redoutable ». À ceci près qu’à cette époque, la menace était directe, réelle et bien plus dangereuse que des militant-es exerçant leur droit d’expression, de réunion ou de manifestation…

CETA: Un traité dangereux pour la démocratie

Le samedi 11 octobre 2014, à travers de nombreuses villes d’Europe centrale et occidentale, des dizaines de milliers de personnes se sont réunies afin de dénoncer les projets d’accords commerciaux CETA et TAFTA, successeurs des fameux ACTA rejeté par le Parlement Européen en 2012 et autres accords commerciaux globaux dissimulés sous des acronymes parfaitement incompréhensibles pour le profane.

Le CETA pour « Canada-UE Comprehensive Economic and Trade Agreement » est, comme son nom l’indique, celui qui touchera directement le Canada. Il s’agit d’un accord économique commercial global de très grande ampleur conclu le 18 octobre 2013 entre le Canada de Stephen Harper et l’Union européenne du José-Manuel Barosso, qui consiste en fait en une « répétition générale », un terrain d’expérimentation avant l’entrée en vigueur prochaine du TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) dont la substance est identique, mais qui impliquera l’Union européenne et les États-Unis. Ces deux conventions auxquelles il faut ajouter le traité TISA (Trade in Services Agreement), encore en négociation secrète, visent à instaurer un Grand Marché Transatlantique libéralisant les échanges dans tous les domaines du monde économique et commercial, et cela en sacrifiant encore un peu plus la souveraineté des peuples et des états et surtout, les acquis sociaux obtenus après des siècles de lutte d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique.

Négocié en secret depuis 2009 entre le Gouvernement du Canada et la Commission Européenne mandatée par les chefs d’États et de gouvernements de l’Union et cela, sans même consultation des élus du peuple, cet accord commercial, alors qu’il était encore secret a d’abord fuité dans une version quasi définitive par le biais d’une communication interne de la Commission au début du mois d’août. Il a finalement été officialisé en grande pompe à Ottawa le 25 septembre en présence de « l’élite » politico-économique des deux continents. Début novembre, le Président de la République française François Hollande est venu en personne au Canada, faisant même escale à Montréal, pour rencontrer des chefs d’entreprises canadiennes et signer des contrats avec eux dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord, quand bien même il n’aurait pas encore été ratifié.

Soumettre les États aux marchés financiers

Bien que dépeint comme une avancée majeure dans les relations entre les deux puissances des deux côtés de l’Atlantique par la sphère médiatique, particulièrement en Europe, le CETA et le TAFTA constituent une étape supplémentaire dans la libéralisation toujours de plus en plus poussée de l’économie et des échanges transatlantiques et conduits encore à une plus forte soumission aux marchés financiers des États.

Il s’attaquent violemment à la Constitution, aux législations et aux réglementations des états chaque fois qu’elles constituent des « obstacles » à la libre concurrence, ces obstacles n’étant plus seulement les droits de douane et les réglementations douanières, ils conduisent à une véritable spoliation de la souveraineté des populations du Canada comme des états de l’Union européenne et cela notamment avec l’une des mesures principales et la plus décrier : le mécanisme de résolution des différends. Ce mécanisme donne aux multinationales la faculté de faire arbitrer des conflits les opposant aux états par des tribunaux arbitraux quand ces derniers adoptent des mesures entravant la libre entreprise ou le libre-échange. Ainsi, un élément fondamental de la souveraineté d’un état, son pouvoir de rendre la justice se retrouve conféré à une entité tierce qui ne fait l’objet d’aucun contrôle et d’aucun appel.

Pire encore, ces arbitres se voyant investis d’un pouvoir considérable d’infliger des amendes aux gouvernements, qui sera évidemment payé par les citoyens de ces États, et cela dans l’unique but de satisfaire l’expansion tentaculaire de l’économie de marché sur nos relations commerciales.

Nécessairement, afin de se protéger d’éventuelles sanctions, si illégitimes soient-elles, ces traités vont pousser les états à niveler vers le bas nos normes de protection sociale, le droit du travail sera remis en cause, car il ne permettra pas le productivisme effréné exigé par le monde de la finance, quitte à multiplier les inégalités et précariser encore, de plus en plus, les classes moyennes.

Nos normes sanitaires et environnementales elles aussi seront sacrifier pour ne pas aller contre la sacro-sainte libre entreprise et libre concurrence, quitte à ravager encore un peu plus la planète, premier exemple constitue celui du gaz de schiste, dont l’exploitation, encore interdite dans certains pays d’Europe devra être autorisé pour éviter les sanctions. Qu’importe les dégâts que cela représentera pour l’environnement, l’avenir de notre plus grand bien commun, le seul écosystème compatible avec la vie humaine est compromis pour le seul profit et les intérêts privés d’une tranche infime de la population.

L’exemple des OGM

Autre exemple fort et énormément critiqué en Europe est la question des OGM et plus généralement des modes de production agroalimentaires. Si aux États-Unis les hormones de croissance sont monnaies courantes dans l’élevage intensif, les OGM autorisés pour la consommation directement humaine, ou encore les poulets lavés au chlore, l’Union européenne n’a, soit pas encore tranché la question, soit interdit ces pratiques. Mais avec ces traités elle ne pourra pas empêcher les importations en Europe des produits contenants des OGM ou des produits contenants des antibiotiques dont les effets sur l’organisme ne sont pas encore objectivement établis, ni même encore leur apposer un étiquetage spécial afin de les distinguer : réglementer ce genre de pratique contreviendrait encore à ce but de libre-échange généralisé et total de l’économie, moyen de satisfaire l’appât du gain des élites économiques qui ne se soucient pas de l’avenir des classes moins aisées. À l’inverse, les produits alimentaires actuellement bannis aux États-Unis, notamment certains fromages, qui sont sous le coup d’une interdiction d’importation devront nécessairement être autorisés, et cela sans aucune réserve pour ne pas aller à l’encontre de ces règles libérales.

Pour les mêmes raisons, de nombreuses particularités culturelles risquent d’être noyées dans ce grand marché transatlantique, un produit dont l’appellation est aujourd’hui réglementée en fonction de son lieu de production, de mode artisanal de sa fabrication, des produits qui le composent vont pouvoir être délocalisés n’importe où et produit n’importe comment tout en se prévalant du nom possiblement prestigieux qui l’accompagne. C’est ainsi que nous nous retrouverons avec des vins californiens produits au Québec, du « véritable » sirop d’érable de Pologne, un vin de Toscane qui n’a jamais vu le sol de l’Italie, un emmental français fabriqué dans l’Ontario, etc. Les règlementations en vigueur devront nécessairement être abrogées puisqu’elles freineraient l’expansion économique d’une entreprise, quitte à se retrouver au final avec toutes ces saveurs uniformisées, aseptisées, dépouillées de leur caractère et leur charme originel.

La surveillance sur Internet

Une autre problématique levée par ces traités concerne un des nouveaux enjeux de notre temps qui n’était pas avant pris en compte par le droit commercial international puisque purement est simplement inexistant. Tout comme les acts étasuniens SOPA, PIPA, un large volet du CETA a trait à internet, notamment sa neutralité et son indépendance. Particulièrement au regard du contexte actuel : post-Snowden et scandale des écoutes de la NSA, mesures ultras liberticides pour réprimer la liberté d’expression sur internet après les menaces et les évènements récents, tout conduit les autorités à recourir à cette occasion pour remettre en question nos libertés fondamentales au nom de leur obsession sécuritaire qui ne semble plus avoir de limites. De plus, le CETA « ressuscite » le mécanisme de l’ACTA enterré en 2012 en permettant aux maisons de disques et autres grands industriels du cinéma d’exercer des pressions financières et parfaitement légales sur les fournisseurs d’accès internet afin que ceux-ci leur fournissent des données, normalement et évidemment privées sur les utilisateurs afin qu’ils sanctionnent ceux qui contreviendrait aux désidératas des grandes majors et studios de cinéma. Ces mesures n’étant évidemment pas contrôlées par un quelconque juge, elles sont parfaitement antidémocratiques, liberticides et violent la vie privée des utilisateurs. Jamais nous n’avons connu, du moins dans le « monde libre », une telle invasion dans notre vie privée, une telle atteinte à la liberté sur internet et à sa neutralité. Ces mesures ont aussi évidemment pour but de brider la liberté d’expression sur le net pour museler les activistes politiques de la toile, jugés beaucoup trop dangereux pour les États.

Aucun de ces traités n’a été négocié par une autorité jouissant d’une légitimité démocratique, ce sont des technocrates totalement déconnectés des réalités qui ont rédigé ces articles, le plus souvent sous la pression de lobbyistes n’ayant qu’en vue d’assoir la suprématie et la domination des multinationales sur la planète. Pourtant, ils auront, s’ils sont finalement adoptés, un impact considérable sur nos vies, sur notre consommation et nos modes de vie, les emplois créés que nous promettent les défenseurs de ces projets (cent mille selon eux) ne sont en réalité que de folles et démesurées estimations qui de toute manière, ne vaudront jamais le cout écologique et social du sacrifice qu’ils exigeraient pour des générations à venir.

Ratification

Il faut encore au CETA passer l’épreuve de la ratification par le Parlement du Canada et celui de l’Union européenne. Malheureusement, même si de nombreux eurodéputés ont montré leur sérieuse opposition à ce traité, ce n’est pas la coalition récemment élue aux élections européennes de mai 2014. Celle-ci est composée de conservateurs, de libéraux et de « sociaux-démocrates » ayant investi le luxembourgeois Jean-Claude Juncker (conservateur et ancien Premier ministre d’un paradis fiscal dont qu’il a largement contribué à bâtir) qui prend la suite directe de Jose-Manuel Barroso sur le plan de sa politique économique libérale et austéritaire. De ce côté de l’Atlantique, le gouvernement de Harper au Parlement d’Ottawa ne risque pas de s’y opposer plus, bien au contraire, ils en rêvent depuis des décennies et cette aspiration semble enfin pouvoir se concrétiser.

Forte heureusement, notre délivrance semble pouvoir provenir de la mobilisation populaire résultant de l’information des citoyens des enjeux et impacts de ces traités qui semblent porter ces fruits. Si les Parlements canadiens et européens adopteront sans rechigner les traités, il en sera à coup sûr différemment des assemblées nationales de chaque pays ou province. Ces accords auront à passer le test final des ratifications par chaque état membre de l’Union européenne et ceux-ci sont en grande partie réticents, même les plus importants, l’Allemagne et la France ont déjà émis de sérieuses réserves quant à l’adoption du volet sur les clauses d’arbitrages principalement. Mais c’est tout le traité qui risque de tomber s’il ne passe pas cette épreuve, quoi qu’en dise la Commission Juncker ou le gouvernement Harper.

Mais ne doutons pas qu’ils sauront manipuler le jeu politique pour faire passer finalement leur traité, quitte à l’édulcorer un minimum sur les points comme cela a déjà été fait pour le Traité de Constitution Européenne de2005, rejeté par le peuple, notamment en France par referendum, revenu « par la petite porte », via le Traité de Lisbonne de 2009, adopté et ratifié sans aucune consultation populaire.

De la nécessité d’une alternative écosocialiste

« La Terre peut vivre sans nous, mais nous ne pouvons vivre sans elle », cette citation du Président de la République de Bolivie Evo Morales n’a jamais été aussi vraie qu’à notre siècle. Dans une époque où l’air, l’eau et les sols sont pollués de plus en plus, où les ressources énergétiques fossiles commencent cruellement à manquer et dont la carence conduira inéluctablement à de plus en plus de guerres pour leur contrôle, où les modes de production n’ont jamais autant détruit l’environnement et l’écosystème dans lequel nous vivons, il est désormais impératif pour nous de revoir notre mode de vie, de consommation, de production afin de permettre, de promouvoir un développement durable et mettre en place des politiques écologistes à tous les échelons de la société.

« Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

L’auteur du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry, nous rappelait déjà au milieu du XXe siècle que nous avons d’ores et déjà une dette envers toutes les générations futures et que nous avons le devoir de préserver le bien commun à toute l’humanité qu’est notre planète, notre écosystème, seul capable d’accueillir et de permettre le développement de la vie.

Les gouvernements du monde entier semblent se soucier de plus en plus de la question de l’écologie politique, en témoigne les nombreux protocoles ratifiés par les principales puissances mondiales, bien que peu respecter dans les faits, ou encore les conférences et autres sommets organisés régulièrement, dont le prochain devrait se tenir à Paris au cours de l’année 2015. Mais face aux nouveaux défis qui s’imposent à eux, deux principales options sont à leurs dispositions, reprenant le sempiternel antagonisme de philosophie politique opposant libéralisme et socialisme.

On attribue habituellement le nom de « capitalisme vert » pour l’écologie libéral alors qu’on préfère le terme d’écosocialisme pour son pendant de gauche. Vous vous douterez qu’ici, nous préférerons la philosophie écosocialiste, considérant le capitalisme vert purement et simplement hypocrite. Effectivement, le capitalisme classique se base sur une recherche continuelle de profit, ce trait de caractère n’échappant pas à l’écologie. À travers cette idéologie, on relègue la planète et l’environnement au rang de marchandise comme une autre, qui se doit d’être gérée par le pouvoir du marché, lui conférant une valeur d’échange, se matérialisant par exemple, par des droits à polluer. Ces droits se négocient sur un marché dédié où les grandes compagnies des industries polluantes achètent le droit de rejeter des tonnes et des tonnes de dioxyde de carbone dans notre atmosphère. Outre la disparité habituelle qu’en tel marché créé entre les plus fortunés et les moins aisés, cette conception de l’écologie ne règle en rien le problème, à aucun moment elle ne se penche sur les questions de l’après, du moment où nos modes de production actuels basés sur les énergies fossiles ne permettront plus de poursuivre et ce n’est là qu’un exemple de l’impossible conciliation entre écologie et libéralisme. Malheureusement, c’est pourtant cette idéologie qui s’impose dans le monde et qui est ratifiée par les sommets et autres conventions.

C’est pourquoi, nous citoyens, devons pousser vers la solution alternative que constitue l’écosocialisme. Celle-ci se base non pas sur le profit, mais sur l’intérêt général, mettant en avant le pouvoir du citoyen qui en rejetant le productivisme et le mode de vie consumériste dans lequel nous baignons depuis des décennies peut changer les choses. Toutes les décisions politiques doivent poursuivre un but d’intérêt général et l’écologie ne peut y échapper, les logiques marchandes ne peuvent avoir leur place dans l’avenir de nos enfants. Pour se faire, il est indispensable de rompre immédiatement avec les schémas de pensée et de production « traditionnels », capitaliste et au service d’intérêts particuliers et privés.

Revoir les modes de production

Les modes de production doivent être revus pour favoriser le « consommer local », l’agriculture biologique notamment, vecteur d’emploi et permettant une consommation et une production saine bénéfique pour l’économie, pour les sols et pour l’humain. Permettre de développer, par un financement public, des projets de productions d’énergies vertes, nécessaires à poursuivre la transition énergétique qui elle aussi aura un impact non négligeable sur la création d’emploi et la réindustrialisation de certaines zones aujourd’hui abandonnées. Là où le modèle libéral à tout détruit, au nom du sacro-saint profit, l’écosocialisme sera être une réponse magnifique aux problèmes économiques, sociaux et environnementaux auxquels nous avons tous à répondre.

Tout cela aura un coût immédiat non négligeable, c’est évident, c’est ce qui freine actuellement sa réalisation. Mais la classe politique doit avoir le courage politique de mener ses projets dont nous pourrons récolter les fruits que dans quelques dizaines d’années. Mais si nous continuons d’attendre, que nous permettons le laisser-faire libéral, il sera trop tard pour faire marche arrière et le prix à payer sera beaucoup plus cher. L’idée de règle verte répond à cette exigence de respect de l’environnement, elle consiste en des exigences de réduction des émissions de pollutions par les états ou de la consommation énergétique afin de résorber la dette écologique et ne pas « vivre à crédit » en atteignant le « jour du dépassement global » dès le mois d’août comme ce fut le cas pour l’année 2014. Le but étant de neutraliser l’empreinte écologique de l’humanité en développant les alternatives au nucléaire, au pétrole, au charbon, etc.

Le rôle des États

Cela passe encore par la mise en place de planification écologique par les États. Ceux-ci doivent mener des politiques sur le long, voir le très long terme, en concertation et sous contrôle des citoyen-nes visant à permettre une transition écologique, un développement des énergies renouvelables, un changement des politiques pour faire évoluer les consciences, dès l’école ; revoir les impératifs de production, en poussant vers des modes de production plus raisonnés, en fonction des besoins réels.

Un réveil des consciences et une modification de l’idéologie actuelle seront nécessaires, une bataille culturelle pour annihiler la doxa libérale imprimée dans toutes les consciences et martelée à longueur d’antennes par les télévisions et à longueur de lignes par les journaux devra aussi être menée pour faire accepter l’urgence d’une telle politique. Toutes les couches de la société doivent se sentir concernées par l’urgence et doivent mettre, à leur niveau, les moyens dont ils disposent au service de ce changement de société.

L’écosocialisme n’est pas qu’un projet écologique, c’est aussi et surtout un projet de société qui met l’humain, les citoyen-nes au cœur du processus décisionnel, qui lui offre la possibilité de changer les choses à son échelle par l’empilement de petits gestes qui ensemble peuvent réellement faire changer les choses. C’est un renouveau du projet socialiste, un nouveau souffle pour les forces de gauche. Ce projet ne peut quitter son état d’utopie qu’en étant porté par une multitude de pays, tous. Cela doit être une initiative internationale et universelle, devant être impulsée par les peuples de tous les pays et toutes les classes. C’est une manifestation nouvelle et réelle de la convergence de toutes les luttes qui doivent se joindre à la cause de l’écologie, car toutes nos réalisations, tous nos combats, toutes nos avancées sociales n’auront plus aucun effet si notre monde venait à disparaitre par notre faute.

«À l’est, du nouveau!»: De belles perspectives pour la gauche radicale de l’Union européenne

L’Union européenne telle que dirigée d’une main de fer par la Chancelière allemande Angela Merkel et la Commission Européenne de Monsieur Juncker, est peut-être sur le point de vivre ses derniers mois, voire semaines, une remise en cause de sa politique par le Sud de l’Union européenne pourrait changer la donne et pousser à une révision de la politique menée par les institutions.

Les cures d’austérités drastiques imposées par la Troïka (entité de l’Union composée de la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International), ayant mis à genoux, économiquement parlant, le peuple grec, mais aussi espagnol et, dans une moindre mesure, italien, français, irlandais ainsi que de nombreux autres auront eu raison dans la confiance des citoyens grecs dans la politique conduite par l’Union. Cette défiance a pris une tournure concrète à la fin de l’année 2014, en se muant en une crise politique et institutionnelle menant à une incapacité pour le Parlement grec à réunir une majorité en vue d’élire un Président de la République au pays, après trois tours de scrutin. La Constitution grecque retient comme mode de désignation du Président de la République grecque un suffrage indirect. Il confie cette tâche au Parlement qui peut voter jusqu’à trois reprises pour élire un candidat, faute de quoi, il sera de jure, dissout et de nouvelles élections législatives seront convoqués au plus vite.

C’est ce scénario qui s’est réalisé le 29 décembre dernier, après trois scrutins, le Parlement a échoué à élire un Président pour le pays, signant par la même occasion la mort de cette législature. Mais si la Grèce avait, il y a quelques années, faite parlée d’elle pour la montée de la xénophobie, allant jusqu’à faire entrer le parti politique ouvertement néonazi « Aube Dorée » dans son institution législative, cette fois-ci, le vent semble avoir tourné et de jours plus heureux paraissent se dessiner. En effet, la gauche radicale incarnée par le Parti « SYRIZA », portée par l’ancien candidat du Parti de la Gauche Européenne, Alexis Tsipras s’est placé en tête des sondages à quelques semaines des élections et pourraient demain être amené à diriger le pays.

Le paysage politique a été grandement bouleversé depuis la crise de la zone euro ayant fait suite à la crise de la dette grecque, elle-même issue de la crise économique et financière mondiale et cela s’est matérialisée à travers le vote de peuple grec qui a énormément souffert de ces bouleversements économiques. La situation sociale du pays est catastrophique, le déficit croissant de service public de santé et d’éducation notamment, pourtant fondamentaux, précarise de plus en plus de citoyens grecs qui, paupérisés, mis au ban de leur société et de l’Europe, se sont d’abord tournés vers les partis xénophobes et antisémites d’extrême droite. Mais cela n’ayant (évidemment) qu’alourdi leurs crises, ils ont désormais choisi d’accorder leur confiance aux forces de gauche, remettant farouchement en cause les injonctions austéritaires de la Troïka. Ce revirement politique du peuple grec s’est déjà traduit au cours de l’élection des députés au Parlement Européen de mai 2014, où le parti de gauche s’est vu crédité de 26,58 % des suffrages, le plaçant ainsi en tête, loin devant ses adversaires et surtout, loin devant l’extrême droite qui gangrenait le pays encore quelques mois auparavant.

À présent, tout est possible, il sera, après les élections législatives anticipées du mois de janvier, désormais envisageable qu’une force de la gauche radicale, réellement socialiste puisse être amenée à diriger un État de l’Union européenne. Par là même, elle lui sera possible d’être un moteur, un initiateur des changements nécessaires à la réalisation d’un projet de société alternatif, axé réellement sur le peuple, sur l’humain, loin de la doxa libérale imposée par Bruxelles et voulue par Madame Merkel.

Des exemples similaires en Espagne, au Portugal ou en Irlande
Si l’expérience grecque est importante, c’est car elle ouvre la porte à des changements radicaux en Europe. En effet, le sud de l’Europe, cible de drastiques coupes budgétaires semblent s’être massivement soulevé, outre SYRIZA qui est en passe de remporté les élections du 25 janvier 2015, l’Espagne, connait aussi ce souffle nouveau à travers Podemos, ce parti issu du mouvement Occupy. Ce parti est lui aussi extrêmement populaire dans son pays et le peuple espagnol semble prêt à lui accorder sa confiance si des élections avaient lieu dans l’immédiat. Ceci ne présage que de belles perspectives pour les élections générales prévues pour cette année 2015.

Ces deux mouvements, auxquels on peut encore adjoindre ceux présents au Portugal, à Chypre ou encore en Irlande, ont pour projet commun un rejet de l’austérité, un refus des coupes budgétaires et de la rigueur, ces méthodes appliquées depuis plusieurs années n’ayant absolument pas amélioré la situation, au contraire. Il argue encore d’un refus de rembourser une dette considérée comme illégitime et une certaine forme de rejet de la monnaie unique et commune qu’est l’euro, tout du moins dans sa forme et sa gestion actuelle, à savoir forte, surévaluée par rapport au dollar : caractéristique ne servant que les intérêts allemands et ceux de quelques spéculateurs, bien loin des préoccupations et besoins des classes les plus modestes.

Ainsi, si d’aventures les victoires électorales étaient au rendez-vous, la politique européenne pourrait s’en voir bouleversée et la résistance de ces gouvernements, s’ils tiennent leurs promesses, face aux exigences de la Commission pourraient permettre de pousser à une politique plus sociale, plus solidaire, mettant l’action non pas sur des politiques libérales et déshumanisées, mais sur la défense des services publics et sur l’amélioration des perspectives économiques pour les citoyens, notamment par une dévaluation de l’euro, apte à permettre une relance de l’économie et de la consommation et donc de permettre d’atteindre les objectifs recherchés de croissance, de consommation, d’emploi, etc.

Un succès à relativiser : la nécessité d’une coalition et ses conséquences
Cependant, si les élections donnaient vainqueurs le Parti SYRIZA, rien ne serait encore joué, le Parlement grec étant élu au suffrage proportionnel, il faudra, sauf écrasante majorité absolue, à Alexis Tsipras composer avec une coalition avec d’autres formations de gauche afin de lui permettre de mener sa politique sereinement.

Mais la formation d’une telle coalition risque d’emporter deux conséquences : d’une part un blocage d’une partie des réformes projetées par le nouveau gouvernement par ses « alliés », plus modérés qui pourraient ralentir voir stopper les initiatives dans le but de conserver le statu quo et éviter de s’attirer les foudres de Berlin et de Bruxelles, d’autres parts, une édulcoration par le parti SYRIZA lui-même de son programme, afin justement d’assurer une stabilité et un consensus à sa coalition.

Bien sûr, ce ne sont encore que des spéculations, rien ne sera joué avant le lendemain du 25 janvier 2015 et la formation du gouvernement par le vainqueur, mais si c’est effectivement SYRIZA qui sort gagnant, il sera difficile de soutenir un projet aussi ambitieux et radical seul et il lui faudra composer avec ses alliés, au risque de se recentrer sur un discours plus modéré, comme elle a déjà commencé à le faire, en tentant de réduire l’influence de ces groupuscules de la gauche de sa gauche.

Par ailleurs, « l’intelligentsia » européenne, politique, économique et médiatique, consciente du risque pour l’ordre établi actuellement dans l’Union ne reste pas passive face à la « menace » que peut constituer le succès de tels partis et mène une large campagne en vue d’attaquer SYRIZA.

Les « menaces » sur la stabilité politique et économique de l’Union
Naturellement, la perspective de voir son ordre économique et politique mis à mal n’enchante guère les dirigeants actuels de l’Union et le risque que fait planer l’éventuelle victoire de SYRIZA ne laisse pas indifférents ni les Gouvernements des États membres, ni les institutions de l’Union, ni les marchés financiers. De nombreuses réactions se sont fait entendre appelant le Peuple grec et le parti de Monsieur Tsipras à la modération. Des campagnes de dénigrement dans les médias libéraux ont mis en avant leurs arguments en défaveur de SYRIZA. D’autres ont imaginé le futur de l’Union après une telle victoire, où l’on verrait l’Espagne à son tour dirigée par un parti de gauche radicale, où la France et son Parti « Socialiste » abandonneraient sa politique de rigueur digne des plus grands tenant de la droite libérale pour se réaxer sur une réelle politique de gauche, contre celle imposée par l’Allemagne.

L’annonce de la dissolution de Parlement Grec le 29 décembre dernier et la perspective de voir un parti de la gauche radicale au pouvoir a été vu comme un retour de l’instabilité, d’une crise de la dette grecque, d’une nouvelle crise de la Zone Euro, annonciatrice d’encore plus de rigueur, d’une récession accrue et de tension de plus en plus forte dans la société. Selon l’hebdomadaire allemand Die Spiegel qui relate des informations obtenues auprès de sources proches de Berlin, Madame Merkel et son gouvernement n’ont pas attendu longtemps pour assurer que l’arrivée au pouvoir de SYRIZA rendrait « quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro, si le chef de l’opposition Alexis Tsipras dirige le gouvernement après les élections (législatives), abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays. »

On peut y voir une manœuvre pour dissuader SYRIZA de mener sa politique comme elle l’entend, une tentative pour limiter les effets de leur victoire. On peut imaginer les dégâts sur l’économie grecque déjà chancelante, d’un départ de la Zone Euro, mais on peut aussi imaginer le risque pour toute l’Union si la Grèce décidait effectivement de s’en retirer, ouvrant ainsi la voie à de nombreux autres États, bien qu’imprévu par les traités, qui pourrait de facto, reprendre leur monnaie nationale.

Malgré tous ces points sombres, ces incertitudes, ces risques, la perspective de voir un vent nouveau, socialiste, écologiste, plus humaniste, souffler sur le sud de l’Europe et l’idée de le voir conquérir le Nord ne peut qu’être encouragé et l’on ne peut qu’espérer que tout cela se concrétise et vienne à rebattre les cartes de l’ordre européen pour ensuite influer sur la politique mondiale.