La lutte est le seul chemin !

Appel du Syndicat des Étudiants et Étudiantes catalan

Grève générale étudiante en Catalogne le 26 avril ! 
En défense de la démocratie et la liberté de la jeunesse et du peuple de Catalogne

Assez de répression franquiste! À bas la loi 155 !

La Catalogne vit aujourd’hui un authentique état d’exception franquiste dans lequel la souveraineté populaire a été supprimée par la décision du Parti Populaire (PP), du Parti Citoyens (Ciudadanos) et la direction du Parti socialiste ouvrier d’Espagne (PSOE) et par un appareil d’État directement héritier de la dictature.

Les emprisonnements des deux Jordis, des conseillers et conseillères du gouvernement, l’exil d’Anna Gabriel et de Marta Rovira, l’arrestation en Allemagne de Carles Puigdemont, les jugements contre les professeurs et les jeunes pours leurs idées et la campagne brutale de criminalisation contre les CDR (Comités de Défense de la République) et contre les mouvements sociaux représentent un tournant autoritaire sans précédents. Cette vague répressive des tribunaux au service du PP a mis en évidence que le bloque du 155 n’accepte pas les résultats du 21 décembre et le droit légitime du peuple catalan à décider son futur.

Aujourd’hui plus que jamais c’est nécessaire que nous élevons notre voix pour éviter que nous revenions au temps de la dictature.

Ils l’appellent démocratie et c’en est pas

Le monsieur Rajoy, assailli par les protestations massives des retraité-es et par la grève générale féministe du 8 mars dernier, a d’énormes difficultés pour faire face au mécontentement croissant qui menace de se transformer en une nouvelle explosion sociale. C’est évident que le gouvernement du PP et l’appareil d’État ont décidé une fuite en avant pour museler tout un peuple.

Ils l’appellent démocratie, mais c’en est pas. C’est un scandale que les dirigeants du PP qui chantent avec fierté devant un défilé de légionnaires « je suis le fiancé de la mort », comme le porte-voix du gouvernement et ministre de l’Éducation Iñigo Méndez de Vigo, prétendent nous donner des leçons de démocratie. Eux, qui ne se cachent pas pour exalter les himnes et les symboles du franquisme, qui prétendent nous espagnoliser à coup sûr, qui ont conçu une nouvelle matière pour glorifier l’armée et la monarchie, ce sont eux qui supposément veillent à ce qu’on appelle « L’État de droit ». Non, ce n’est pas un « État de droit » sinon de droites, qui protège la corruption et qui est nostalgique de la dictature.

Le montage judiciaire conçu pour écraser la volonté démocratique exprimée dans le référendum du 1er octobre (qui a recueilli 2, 100 000 votes pour la république catalane, plus que ceux obtenus pour le Statut de la Catalogne dans le référendum de 2006), a été dénoncé par des dizaines de juristes et par la Commission des droits humains de l’ONU et Amnistie Internationale. Mais cette mascarade, alimentée par le même parti qui est sorti avec seulement 4 députés des élections du 21 décembre, forme une partie d’une attaque de bien plus grande ampleur, qui va bien plus loin que le mouvement indépendantiste. C’est une attaque contre les travailleurs, les travailleuses et la jeunesse, indépendantiste et non-indépendantiste, à l’intérieur et à l’extérieur de la Catalogne !

Les attaques à la liberté d’expression ont atteint un tel point qu’on emprisonne des jeunes et des syndicalistes comme Alfón o Andrés Bódalo, des rappeurs qui dénoncent la monarchie dans leurs chansons, comme le cas de Valtonyc ou Pablo Hasel, s’ont saisis des libres et des revues et sont censurées des œuvres d’art. Bien sûr, les agressions sauvages des fascistes restent impunies, de même que les abus des cadres corrompus du PP qui s’enrichissent les mains pleines, ou les membres de la famille royale comme Iñaki Urdangarín.

Ils ne vont pas nous tromper. Nous savons très bien qu’avec les mêmes arguments qu’aujourd’hui ils emprisonnent les dirigeants et dirigeantes indépendantistes on peut envoyer en prison ceux et celles qui organisent les grèves étudiantes, ceux et celles qui mobilisent les retraité-es, les organisatrices de la grève féministe, les activistes de la plate-forme des victimes du crédit hypothécaire et toute personne qui monte le ton pour dénoncer leurs coupures, leur corruption et leur autoritarisme. Nous ne pouvons pas le permettre !

Dans les rues pour la grève générale et étudiante le 26 avril !

La réponse immédiate de centaines de milliers de personnes citoyennes, travailleuses et jeunes après les derniers emprisonnements et la nouvelle vague répressive a été exemplaire. Malgré les brutales charges des policiers Mossos- qui s’additionnent à celles du 1er octobre de la police et de la Garde Civile qui a fait plus de 1200 blessé-es- toutes les mobilisations ont démontré une ferme décision pour défendre nos libertés et de ne pas céder un pas devant ceux qui veulent les supprimer.

Il demeure clair que nous n’allons pas obtenir la liberté et la démocratie dans aucun Parlement sous tutelle d’un État centralisateur qui continue à être dominé par des franquistes. Nous pouvons seulement les obtenir qu’avec la lutte, comme l’ont fait nos parents et grands-parents dans les années 1970 !

Depuis le Syndicat des Étudiants et Étudiantes nous le savons très bien. Nous ne voulons pas vivre baîllonné-es par ceux là qui nous coupent, nous volent et nous condamnent à la précarité et au chômage ! Nous voulons être libres ! Pour cela nous convoquons tous les étudiants et toutes les étudiantes de Catalogne à la grève générale étudiante le 26 avril prochain, à vider les salles de classe et à remplir massivement les rues en défense de la démocratie et de la liberté pour la jeunesse et pour le peuple catalan, pour la dérogation de l’article 155, pour la liberté de tous les gens emprisonnés politiquement et la fin des procès, pour la république du peuple et contre la criminalisation des idées et des mouvements sociaux. Nous appelons toutes les organisations enseignantes, de parents d’élèves et les compagnons et compagnes du SPEC à convoquer unitairement cette grève, parce que l’unité dans la lutte c’est la meilleure manière de défendre nos droits.

Le 26 avril, tous et toutes en grève et dans les manifestations !
Ils ne vont pas nous faire taire !

Traduction par Alternative socialiste de ¡La lucha es el unico camino! par Sindacato de Estudiantes

Débrayage étudiant #enough

Près d’un million d’étudiants ont quitté leurs écoles pour exiger la fin de la violence par les armes. Ces débrayages viennent après le massacre horrible à l’école secondaire de Marjory Stoneman Douglas le mois dernier et font partie du mouvement d’étudiant croissant visant la violence et la NRA.

San Francisco:

Des milliers d’étudiants des lycées de San Francisco ont protesté contre la NRA, les fabricants d’armes et la violence systémique du racisme et de l’exploitation dans laquelle ils ont grandi. Les étudiants ont commencé à encombrer les marches de Hôtel de ville, malgré une forte pluie. Toutes les dix minutes pendant une heure, un nouveau contingent d’étudiants arrivait, grossissant leur nombre à environ un millier et forçant la fermeture de la rue. Alors que quelques politiciens sont venus manifester leur soutien aux manifestants, le rassemblement d’une heure a eu une majorité d’étudiants. Presque tout le monde a souligné le rôle criminel que la NRA a joué en profitant de la mort des étudiants. Plusieurs étudiants ont lié leur appel au contrôle des armes à feu avec la nécessité de mettre fin au racisme et au sexisme, et de placer la violence armée dans la violence systémique plus large causée par le capitalisme.

Après la fin du rassemblement, les étudiants ont commencé leur marche vers la place Ghiradelli de San Francisco, l’une des destinations touristiques les plus populaires de la ville. En tombant sur Market Street, les étudiants se sont relayés pour chanter des slogans de «Hey, Hey, NRA, How Many Kids Did You Kill Today?». Les élèves qui marchaient ont été accueillis avec enthousiasme par les passants adultes, et plusieurs chauffeurs de bus et autres travailleurs de la ville ont agité le soutien. Plusieurs fois ils ont marché au-delà de la police qui arrêtait la circulation devant eux.

À la fin du mois de mars, les leaders étudiants ont clairement indiqué que ce n’était que le début et ont souligné la Marche pour la vie du 24 mars comme une nouvelle étape vers la création d’un mouvement de contrôle des armes à feu dirigé par des jeunes. Un intervenant a été fortement applaudi lorsqu’il a parlé de la nécessité de garder son mouvement indépendant des politiciens. Bien que le vote en 2018 ait été mentionné comme une étape nécessaire pour obtenir des mesures de contrôle des armes à feu, il semblait clair qu’ils ne considéraient pas les politiciens démocrates comme leur sauveur. Comme l’a fait remarquer un étudiant: «Nous avons montré aux adultes que nous n’attendrons pas qu’ils fassent ce qu’il faut. Nous continuerons à protester et à organiser jusqu’à ce que nous puissions nous sentir en sécurité dans nos écoles.»

Columbus:

Des milliers d’étudiants à travers Columbus, Ohio ont pris part à la Journée nationale des débrayages contre la violence armée. Le conseil des écoles de Columbus City (CCS) a déclaré être une journée «Safer Together» à l’échelle du district pour soutenir les débrayages, mais ce sont les leaders étudiants dans les lycées du district qui ont agi en planifiant les débrayages et rassemblé leurs camarades de classe pour dénoncer la violence armée et la NRA. Dans de nombreuses écoles de la CCS, les élèves et les enseignants marchaient côte à côte. Les organisateurs du groupe local Youth EMPOWER, une organisation de jeunes de la Marche des femmes, ont joué un rôle important en aidant à coordonner, promouvoir et soutenir les efforts d’organisation des étudiants. À South High School, un lycée à prédominance noire du côté sud de Columbus, environ 200 élèves ont quitté les classes à des températures glaciales et se sont rassemblés sur le terrain pendant 17 minutes en l’honneur des victimes de la fusillade Parkland.

Socialist Alternative Columbus a parlé avec certains des organisateurs de débrayages de South High, qui ont été inspirés pour organiser la grève après avoir été témoins de la croissance de l’action des étudiants contre la violence armée en réponse à la tuerie de Parkland. Les organisateurs étudiants ont exprimé le besoin d’une action continue, sous la forme de débrayages et de rassemblements, pour pousser les législateurs à adopter une réforme significative des armes à feu afin de lutter contre l’épidémie de fusillades dans les écoles de masse. Il était entendu que les jeunes devront continuer à faire pression sur eux et à organiser des débrayages, des manifestations et des occupations pour forcer les politiciens à accepter les demandes de contrôle des armes à feu.

Environ 300 étudiants sont descendus dans le bâtiment de la capitale de l’Etat pour parler avec des représentants et organiser un rassemblement sur les marches du Statehouse. Pendant le rassemblement, les étudiants ont inclus des appels à la démilitarisation des écoles et au financement des travailleurs sociaux et des conseillers. Fait intéressant, le Sénat de l’Ohio dirigé par les républicains a décidé d’annuler abruptement une session prévue du Sénat après avoir entendu parler de l’action étudiante anticipée.

Seattle:

300 étudiants et sympathisants se sont tenu silencieusement dans l’escalier menant à l’école secondaire Garfield. les élèves ont lu les noms, un par minute, des victimes de la fusillade à l’école Parkland, FL. L’appel devait être pour une promenade de 17 minutes, mais les étudiants de l’autre côté de la ville sont restés et ont convergé vers l’Université de Washington pour une manifestation plus soutenue et une marche. Même sans une coordination formelle ou un organisme organisateur qui a assumé le leadership de cette action, 2500 élèves du primaire et du secondaire de tous les coins de Seattle se sont joints à l’université, d’où ils sont descendus dans la rue.

De nombreux lycéens Socialist Alternative ont parlé de socialisme. Certains étaient même conscients que le capitalisme était la cause première de l’aliénation et de la violence armée, ainsi que de la nécessité d’un changement fondamental du système. Peut-être encore plus révélateur est qu’en dépit d’un manque de coordination entre les écoles – beaucoup n’avaient pas de contingents à l’université, seulement de petits groupes de personnes dévouées – l’action était néanmoins assez forte pour obtenir une couverture médiatique significative, et même le soutien de certains les administrateurs scolaires, qui ont accepté publiquement de ne prendre aucune mesure contre les étudiants qui sont sortis.

Les étudiants ont regardé aussi loin que la grève prévue pour le 20 avril, certains discutant même de la possibilité d’organiser des conférences et de tenir des rassemblements publics, et reconnaissant le besoin d’organisation pour que le mouvement réussisse. Dans l’ensemble, malgré les inquiétudes des élèves quant à la possibilité de prendre d’autres mesures que celles initialement prévues, ces événements témoignent de la volonté générale des jeunes de prendre l’initiative de se battre pour leur vie et leur avenir.

Chicago:

Plus d’un millier d’étudiants ont quitté Lane Tech dans le cadre d’un événement organisé par des étudiants. Au début, il semblait que les policiers et les parents seraient en mesure de garder les militants et les spectateurs loin du corps étudiant, limitant la grève à un rassemblement sur la pelouse massive à l’extérieur de l’école, et de maintenir un périmètre sur le trottoir au moins cent pieds plus loin. Cela a duré jusqu’à ce que le rassemblement devienne une marche autour du périmètre de l’école. Mais quand la marche a commencé, les marshals ne pouvaient plus contenir les étudiants et ils se sont répandus sur le trottoir.

La réponse à notre circulaire et à nos slogans «Mettre fin à la violence armée», «Soutenir le mouvement étudiant» et «Se battre contre le capitalisme» ont été accueillie avec enthousiasme. Il était clair que l’ambiance était d’organiser un mouvement ici et maintenant, pas avec des élections à mi-parcours. Dans l’ensemble, l’enthousiasme était palpable chez une majorité d’étudiants et il était clair qu’une humeur de combat se développait parmi une grande partie des étudiants de Lane Tech.

Source : On the ground at the #ENOUGH student walkouts, Keely Mullen, socialistalternative.org, 17 mars 2018.
Traduction : Carlo Mosti

8 mars 2018 : Le capitalisme oppresse les femmes – luttons pour une société socialiste!

Au début de ce 21e siècle, aux Etats-Unis comme en Europe, il a été dit aux femmes que l’égalité était à portée de mains. Il leur a été dit qu’elles n’avaient plus besoin du féminisme puisque que le capitalisme leur offrait un futur étincelant, reposant sur la prospérité grandissante et l’égalité des genres.

Cette illusion est aujourd’hui détruite. Partout dans le monde, le mythe du progrès capitaliste – qui verrait la jeunesse disposer de meilleures opportunités que leurs parents – a été réduit à néant par la crise économique de 2008 et ses conséquences. Les jeunes de la classe ouvrière et de la classe moyenne font face à un monde qui ne répond pas à leurs attentes, un monde dominé par le chômage de masse, les emplois instables et sous-payés, les coupes budgétaires dans les services publics et les logements hors de prix. Les guerres et les conflits sont en augmentation, forçant des millions de personnes à risquer leur vie en fuyant leur pays. Pour les femmes, tout cela se combine aux discriminations de genre, qui restent ancrées dans la société. Dans un monde marqué par le travail sous-payé, les femmes gagnent en moyenne entre 10 et 30% de moins que les hommes.

Dans le monde néocolonial, où la plupart des salaires sont anormalement bas, les femmes sont surexploitées. Elles travaillent parfois 12 heures ou plus par jour dans les champs, les marchés et les usines textiles. En de nombreux endroits, les femmes et leurs enfants travaillent comme des esclaves des temps modernes.

Loin de mettre une fin automatique et progressive à la discrimination sexuelle, les gouvernements agissent pour l’exacerber dans un certain nombre de pays. En Russie, par exemple, où une femme meurt de violence domestique toutes les 40 minutes en moyenne, la violence domestique a été partiellement décriminalisée. L’austérité a directement impacté l’importance de la violence et des harcèlements auxquels les femmes font face, tout comme leur capacité à se défendre. En Angleterre, plus de 30 refuges pour femmes battues ont été fermé en raison du manque de moyens tandis que beaucoup d’autres encore risquent de subir le même sort ou, dans le meilleur des cas, de sévères réductions de leurs budgets. De plus, la pénurie de logements abordables laisse les femmes sans endroits où se rendre lorsqu’elles décident de fuir une situation violente. En Angleterre toujours, 9 femmes sur 10 travaillant dans les bars, les restaurants ou les hôtels ont reporté avoir été victimes d’abus sexuels de la part d’employés, de membres de la direction ou de clients. Ces femmes s’entendent répondre que ‘‘ça fait partie du job’’ et qu’elles devraient s’estimer heureuses d’avoir du travail. Aujourd’hui tout comme hier, et pas moins, l’émancipation des femmes ne tombera pas du ciel, elle sera uniquement le fruit des luttes collectives.

La Journée internationale de lutte pour les droits des femmes est plus importante que jamais

Plus d’un siècle après avoir été initiée aux États-Unis, la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes est plus importante que jamais. Les tentatives de la réduire à une simple opportunité de profits pour les grandes entreprises (où il n’est question que d’offrir un cadeau à la femme de votre vie pour le 8 mars) commencent à être repoussées : le 8 mars devient un événement important dans la lutte naissante contre l’oppression des femmes à travers le monde.

Cette année, les jeunes femmes de l’État espagnol montreront la voie ce 8 mars. Des millions de jeunes femmes et hommes prendront part aux actions de grève appelées par le Sindicato de Estudiantes (syndicat des étudiants), dans lequel Izquierda Revolucionaria (section du Comité pour une Internationale Ouvrière dans l’État espagnol) joue un rôle de premier plan.

Le dernier coup de pied dans le conte de fée du progrès vers l’égalité a été l’élection du misogyne Donald Trump comme président des Etats-Unis. Cependant, dès son élection, sa présence à la Maison Blanche a eu un effet de rassemblement contre le racisme et toutes les formes d’oppression, tout particulièrement pour l’émancipation des femmes. A la suite de la Women’s March de l’année dernière (la plus grosse journée de mobilisation de l’histoire des Etats-Unis et la plus grosse internationalement depuis 2003 et la guerre en Irak), les marches de 2018 ont réuni 2,5 millions de personnes dans plusieurs Etats et villes des Etats-Unis.

L’Etat espagnol et les Etats-Unis ne sont pas isolés. Dans beaucoup de pays à travers le monde, de nouveaux mouvements féministes se sont développés ou sont en développement.

Certains de ces mouvements répondent à une oppression longtemps subie par les femmes, à l’image du mouvement qui se poursuit contre les viols en Inde et du mouvement ‘Ni une de menos’ (pas une de moins) qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes en Argentine et dans d’autres pays contre la violence de genre. D’autres mouvements ont émergé pour riposter contre de nouvelles attaques contre les droits des femmes, comme le mouvement partiellement victorieux qui s’est développé en Pologne en 2016 contre une tentative du gouvernement de complètement bannir l’avortement. Certains tentent d’aller plus loin que la défense des conquêtes sociales et en exigent d’autres. Cela fut notamment le cas de la Pologne, où des manifestations ont eu lieu au début de cette année pour que l’avortement soit possible jusqu’à 12 semaines de grossesse.

En République irlandaise, l’Etat – intrinsèquement lié à l’Eglise catholique – a adopté une attitude extrêmement réactionnaire à l’égard du droit des femmes de disposer de leur propre corps, l’avortement y est par exemple totalement interdit. Après l’épouvantable mort de Savita Halappanavar en 2012 (décès qui aurait pu être évité par un avortement), une lame de fond s’est développée en faveur du changement. Le Socialist Party irlandais (section irlandaise du CIO) a joué un rôle central dans la mobilisation et l’organisation de ce mouvement, aux côtés de la campagne féministe socialiste initiée par les membres du Socialist Party : ROSA. Aujourd’hui, les politiciens capitalistes irlandais ont été partiellement forcés à changer de ton suite à l’impact du mouvement. Une commission parlementaire a recommandé un accès illimité à l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse tandis qu’un référendum sur l’abrogation de l’interdiction existante aura lieu le 25 mai prochain.

#metoo

2017 a été l’année de #metoo. Ce qui a commencé à Hollywood – avec des actrices dénonçant les agressions sexuelles et les harcèlements dont elles ont été victimes de la part du magnat du cinéma Harvey Weinstein et d’autres – s’est répandu comme une traînée de poudra dans le reste du monde. Pratiquement toutes les institutions capitalistes – qu’il s’agisse des médias, des grandes entreprises, des parlements ou encore des organisations caritatives – ont été atteintes par une avalanche d’accusations. Cet afflux, en grande partie par le biais des réseaux sociaux, est une indication à la fois du caractère persistant et omniprésent du harcèlement sexuel ainsi que des agressions sexuelles et d’une confiance accrue dans la lutte contre ce fléau.

Nous ne donnons aucun crédit à ceux qui tentent de dire que ce phénomène a ‘‘exagéré’’ l’ampleur du harcèlement et des abus sexuels. Il n’a au contraire révélé qu’une petite partie du quotidien d’innombrables femmes, surtout parmi les couches les plus opprimées, y compris les moins bien payées, celles qui n’ont pas d’emploi stable et les travailleuses des minorités ethniques. Cela ne signifie bien évidemment pas que toutes les accusations portées par #metoo peuvent être considérées comme prouvées; tous les individus doivent avoir droit à un procès équitable avant d’être jugés coupables. Peu importe la culpabilité ou l’innocence de certains individus, cependant, #metoo a clairement révélé la culpabilité du système capitaliste qui permet à des millions de personnes de souffrir d’abus sexistes.

Il n’est pas surprenant que tant d’accusations soient portées contre des hommes en position de pouvoir sur leurs victimes. Le capitalisme repose sur une petite minorité de la société – la classe capitaliste, les milliardaires propriétaires des grandes entreprises et des banques – qui dispose d’un pouvoir énorme pour exploiter la majorité de la population. Nous vivons dans un monde où les huit personnes les plus riches possèdent plus que la moitié de la population mondiale. Inévitablement, dans une telle société, parmi ceux qui détiennent le pouvoir, il y aura des gens qui tenteront d’utiliser leur statut pour abuser ou harceler sexuellement des femmes et des hommes qui ont moins de pouvoir, dont leurs employés. Cela ne signifie pas toutefois pas, bien entendu, que les hommes issus de la classe des travailleurs soient exemptés de tels comportements. Le sexisme est intimement imbriqué dans le tissu du capitalisme. Il touche toutes les couches de la société.

Il ne fait aucun doute que l’année 2018 verra le développement de nouveaux mouvements pour défendre et étendre les droits des femmes. C’est le résultat inévitable des attentes des femmes et de la propagande pour l’égalité d’une partie de la classe capitaliste, qui s’oppose à la réalité sexiste du capitalisme. C’est l’inévitable résultat produit par la confrontation entre la réalité sexiste du capitalisme d’une part et les aspirations des femmes ainsi que la propagande pour l’égalité d’une partie de la classe capitaliste d’autre part.

La domination masculine liée à la société de classe

L’oppression sexuelle est profondément enracinée, mais elle n’est pas innée ou immuable. Au cours de la majorité de l’histoire humaine, elle n’existait pas. La domination masculine (le patriarcat), tant dans son origine que dans sa forme actuelle, est intrinsèquement liée aux structures et aux inégalités de la société divisée en classes sociales qui a vu le jour il y a environ 10.000 ans. L’essor de la domination masculine est lié au développement de la famille en tant qu’institution visant à maintenir les divisions de classes et de propriété de même que la discipline.

Aujourd’hui comme par le passé, les familles sont souvent composées de personnes qui se sentent les plus proches et en sécurité les unes avec les autres, il n’en demeure pas moins que l’institution de la famille, sous différentes formes, est un important agent de contrôle social pour toutes les sociétés de classes. La nature hiérarchique de la société s’est répercutée dans la structure même de la famille traditionnelle avec l’homme comme chef de famille et les femmes et les enfants obéissant à lui.

Bien que maintenant plus que jamais, l’institution capitaliste de la famille ait une emprise de plus plus faible sur la classe ouvrière, des millions de femmes à travers le monde restent encore “les esclaves des esclaves” et l’idée est encore profondément ancrée que les femmes sont la propriété d’hommes qui doivent être loyales et obéissantes à leurs partenaires. Toute la société est imprégnée de propagande qui ne cesse de revaloriser le ‘’rôle premier” des femmes, en tant que ménagères, mères, objets sexuels, etc.

Le fardeau de la famille

Pour le capitalisme, l’un des rôles importants de la famille est de porter le fardeau central d’élever la prochaine génération et de prendre soin des malades et des personnes âgées. Dans la seconde moitié du XXe siècle, du moins dans certains pays européens, cette situation a en partie été atténuée par les conquêtes obtenues par la classe des travailleurs (soins de santé gratuits ou bon marché, crèches, soins aux personnes âgées, etc.).

Aujourd’hui, dans tous les pays, ces conquêtes sont menacées, laissant les familles – et les femmes tout particulièrement – avec une charge horrible, souvent en même temps qu’elles travaillent à plein temps ou plus, dans des emplois mal rémunérés et précaires, et peinent désespérément à joindre les deux bouts. Le féminisme socialiste lutte pour l’égalité entre les sexes. Notre rôle, cependant, n’est pas d’accepter les fardeaux impossibles que le capitalisme impose aux familles – se contentant de débattre de la question de savoir qui porte la plus grande part du fardeau – mais plutôt de mener une lutte acharnée pour des services publics universels correctement financés et des emplois bien rémunérés avec une semaine de travail courte, afin de retirer le fardeau des tâches qui pèsent sur les familles de la classe des travailleurs et donner aux gens l’opportunité de profiter de la vie, y compris de passer du temps avec leurs proches.

Cette lutte est liée au combat en faveur des droits reproductifs, car ce n’est que sur cette base que les femmes peuvent obtenir le véritable droit de choisir quand et si elles veulent avoir des enfants. Les marxistes luttent pour que les femmes disposent du contrôle de leur propre corps – pour qu’elles puissent décider si et quand elles veulent avoir des enfants – mais aussi pour que les femmes aient des logements abordables de bonne qualité, des crèches gratuites, un revenu décent et tout ce qui est nécessaire pour pouvoir librement choisir d’avoir des enfants.

La lutte pour l’émancipation des femmes fait partie intégrante de la lutte de classe. Dans celle-ci, le combat des femmes contre l’oppression qui leur est propre s’harmonise avec les combats de la classe des travailleurs en général avec l’objectif d’une restructuration fondamentale de la société afin de mettre fin à toute inégalité et à toute oppression.

Le féminisme capitaliste n’est pas une solution

Nous sommes en désaccord avec le féminisme capitaliste parce qu’il n’adopte pas une approche de classe dans la lutte pour la libération des femmes. En termes simples, les femmes de la classe des travailleurs ont plus en commun avec les hommes de leur classe qu’avec Margaret Thatcher, Theresa May en Angleterre, Hillary Clinton aux États-Unis ou Sheikh Hasina Wazed au Bangladesh. Cela ne signifie évidemment pas que seules les femmes de la classe ouvrière sont opprimées. Les femmes de toutes les couches de la société souffrent d’oppression en raison de leur genre, dont la violence domestique et le harcèlement sexuel.

Cependant, pour obtenir une véritable égalité des sexes pour les femmes – y compris pour celles de l’élite de la société – il est nécessaire de complètement renverser l’ordre existant dans tous les domaines : économique, social, familial et domestique. Le point de départ d’un tel renversement est de mettre fin au système que Thatcher, May, Clinton et autres défendent – le capitalisme – et de placer les grandes entreprises sous propriété publique afin de permettre le développement d’un plan de production socialiste et démocratique. La classe des travailleurs, majoritaire dans de nombreux pays, est la force sociale de la société capable d’effectuer un tel renversement. Cela n’empêche bien entendu pas les femmes de l’élite de la société – même les filles de la classe capitaliste – de décider que la seule façon de mettre fin au sexisme dont elles souffrent est de rompre avec leur classe sociale et de se joindre à la lutte pour le socialisme.

Le rôle du mouvement des travailleurs

Les marxistes ne suggèrent aucunement que la lutte contre le sexisme doive être reportée sous le prétexte que ce ne serait qu’après le renversement du capitalisme qu’il faudrait s’en occuper. Au contraire, il est vital que tous les aspects de l’oppression des femmes soient combattus dès maintenant, y compris le harcèlement et les abus sexuels.

Le moyen le plus efficace d’y parvenir est au travers de la lutte unifiée du mouvement des travailleurs. Récemment, à Londres, des ouvriers de ferry ont mené une grève contre leur direction et ses méthodes d’intimidations, y compris de harcèlement sexuel systématique d’une secrétaire. La main d’œuvre – majoritairement masculine – a remporté une victoire. La seule chose qui donnerait moyens de riposter aux innombrables personnes victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail dans le monde entier serait de faire partie d’une organisation collective impliquant une majorité de leurs collègues de travail – un syndicat combattif – prêt à les soutenir concrètement. A une plus grande échelle, la classe des travailleurs a besoin de partis de masse, politiquement armés d’un programme socialiste, qui placent la lutte pour l’égalité de genre au centre de leur action.

Bien sûr, le mouvement des travailleurs n’est pas à l’abri des comportements sexistes et il est vital que les marxistes luttent pour que tous ces cas soient traités, dans le cadre d’une campagne de lutte de la classe des travailleurs pour l’égalité des femmes. La classe des travailleurs a le pouvoir potentiel de mettre fin à ce système capitaliste corrompu et sexiste, mais cela ne sera possible que sur base d’une lutte unitaire des femmes et des hommes de la classe des travailleurs. On ne peut y parvenir en ignorant ou en minimisant le sexisme, mais seulement en le combattant consciemment.

Il y a cent et un ans, en Russie, à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une grève et une manifestation de travailleuses ont déclenché des événements révolutionnaires qui ont conduit la classe ouvrière à prendre en main le pouvoir en octobre, sous la direction des bolcheviks, pour la première fois de l’Histoire. La dégénérescence stalinienne ultérieure de l’Union soviétique a écrasé la démocratie ouvrière mais aussi de nombreux gains obtenus par les femmes après la révolution. Néanmoins, ce qui a commencé en 1917 dans un pays pauvre isolé, donne un aperçu de ce que le socialisme pourrait signifier pour les femmes d’aujourd’hui si les énormes richesses, la science et la technique créées par le capitalisme seraient exploitées pour le bien de l’Humanité. L’égalité juridique pour les femmes – y compris le droit de vote ou encore le droit de se marier et de divorcer librement – a été introduite en Russie soviétique bien avant que cela ne soit le cas dans le monde capitaliste. Il en a été de même avec l’abolition de toutes les lois discriminantes à l’égard de l’homosexualité. Le droit à l’avortement a été introduit en Russie après la révolution de 1917. Des crèches, des blanchisseries et des restaurants gratuits ont commencé à être créés.

Un siècle plus tard, le mouvement grandissant pour l’émancipation des femmes sera à nouveau mêlé à la lutte pour un monde socialiste.

Ce pour quoi nous luttons :

• Non à toute discrimination raciste, sexiste, sur base de handicap, d’orientation sexuelle, d’âge et à toutes les autres formes de préjugés.

• Pour une campagne de masse, menée par le mouvement des travailleurs contre le harcèlement sexuel, la violence et toutes les formes de discrimination sexuelle.

• Pour des syndicats combatifs démocratiquement contrôlés par leurs membres.

• Pour des partis de masse de la classe des travailleurs basés sur des programmes socialistes comprenant la lutte pour l’égalité de genre.

• Pour une lutte de masse en faveur de l’égalité salariale, dans le cadre du combat pour un salaire décent pour tous, liée à une semaine de travail plus courte, sans perte de salaire.

• Non à TOUTES les coupes budgétaires. Des emplois, des salaires et un logement décents pour tous. Pour une expansion massive des services publics.

• Pour des allocations familiale qui reflètent le coût réel de l’éducation d’un enfant

• Pour le droit au congé parental payé.

• Pour la mise à disposition de structures publiques de garde d’enfants gratuites et flexibles de haute qualité, accessibles à tous les enfants.

• Pour le droit des femmes de faire un réel choix. Pour la contraception et le traitement de fertilité gratuits et de haute qualité pour tous ceux qui le souhaitent. Pour le droit à l’avortement sur demande.

• Pour la propriété publique de l’industrie pharmaceutique.

• Pour que les grandes entreprises et les grandes banques soient expropriées et placées sous propriété publique, sous contrôle et gestion démocratiques des travailleurs, avec compensation uniquement sur base de besoins avérés.

• Pour un plan de production socialiste démocratique reposant sur les intérêts de la majorité écrasante de la population, mis en œuvre d’une manière qui préserve l’environnement et pose les bases d’une véritable égalité pour tous dans un monde sans division des classes et sans guerre.

Déclaration du Comité pour une Internationale Ouvrière

Éthique et emplois : Propagande pour la plèbe

Je me sentais interpellé par les récentes nouvelles, surtout celles qui circulent dans les médias concernant les interventions politiques au niveau économique. Prenons tout d’abord le cas de Bombardier. On annonce la perte de 7000 emplois à travers le monde, dont 2400 au Québec, soit dit en passant un peu plus de 34% de tous les emplois, alors que le gouvernement du Québec a négocié un investissement de plus d’un milliard de dollars pour la CSeries. Une belle grosse claque juteuse dans la face de milliers de travailleur(se)s au Québec et de tous les citoyen(ne)s qui se font détrousser de force pour réinvestir dans une compagnie qui les méprise allègrement, avec le sourire étampé dans la face, alors que pendant des mois, les Québécois(es) se font lessiver avec les politiques d’austérité libérales pour des économies de bouts de chandelles. Oui, je dis bien avec le sourire dans la face, parce qu’il apparaît pour le PDG de Bombardier que ça vaut la peine de scraper la vie de 7000 travailleur(se)s pour faire monter la valeur de l’action. Air Canada achète enfin des CSeries, en voilà une bonne nouvelle avec laquelle les médias peuvent faire passer la pilule. C’est bien à ça que se résume notre valeur face aux actionnaires dans notre monde capitaliste. Nous sommes de la chair à canon, un point c’est tout.

Face aux pertes d’emplois, l’élite politique a cette fâcheuse tendance à la révolte à géométrie variable, selon les enjeux économiques qui font leur affaire. La géopolitique prend le bord assez vite dans ce temps-là! Pensons notamment à la vente d’armes à l’Arabie Saoudite que Harper a défendue au nom des 3000 emplois en Ontario, et que l’ineffable Stéphane Dion a reprise exactement là où l’autre avait laissée. « Vote for REAL change » qu’il disait le bouffon à Ti-PET. Lorsqu’on est prêt à perdre à peu près le même nombre d’emplois pour Bombardier sans sourciller, ça démontre bien que la question n’est pas la perte d’emplois, mais plutôt le 15 milliards de dollars qui pend au bout du compte et qui fait tant saliver d’envie le gouvernement canadien. Les emplois : c’est un prétexte. Les Syriens qui se font bombarder par des terroristes financés et armés notamment par l’Arabie Saoudite, elle-même fournie en armes par le Canada, pas de problème. On prendra 25 000 migrants pour se faire pardonner.

Parlant de l’Arabie Saoudite, n’est-ce pas le même pays qu’on brandit comme étant le méchant lorsque vient le temps de défendre le pétrole « éthique » des sables bitumineux de l’Alberta versus le pétrole conventionnel du Moyen-Orient? Si je comprends bien, vendre à l’Arabie Saoudite c’est éthique, mais acheter non. Vous voyez bien que la politique canadienne est basée strictement sur l’argument économique, l’éthique n’a rien à faire là-dedans, un autre prétexte bidon, comme les emplois finalement. Si le pétrole conventionnel n’est pas éthique parce qu’il finance des pays du Moyen-Orient qui n’ont pas de conscience pour les droits humains, où est l’éthique du pétrole de l’Alberta qui fait des victimes directes dans les populations autochtones qui vivent proches des cours d’eau contaminés par les extractions pétrolières, sans parler de la destruction de la faune et de la végétation? Et qui défend encore ce projet de TransCanada? Eh oui, le « plus ou moins » écologiste Stéphane Dion, père de la Loi de la Clarté à part de ça. Autant dire que sa conscience environnementale est à peu près aussi claire que sa lecture de la démocratie canadian!