«À l’est, du nouveau!»: De belles perspectives pour la gauche radicale de l’Union européenne

L’Union européenne telle que dirigée d’une main de fer par la Chancelière allemande Angela Merkel et la Commission Européenne de Monsieur Juncker, est peut-être sur le point de vivre ses derniers mois, voire semaines, une remise en cause de sa politique par le Sud de l’Union européenne pourrait changer la donne et pousser à une révision de la politique menée par les institutions.

Les cures d’austérités drastiques imposées par la Troïka (entité de l’Union composée de la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International), ayant mis à genoux, économiquement parlant, le peuple grec, mais aussi espagnol et, dans une moindre mesure, italien, français, irlandais ainsi que de nombreux autres auront eu raison dans la confiance des citoyens grecs dans la politique conduite par l’Union. Cette défiance a pris une tournure concrète à la fin de l’année 2014, en se muant en une crise politique et institutionnelle menant à une incapacité pour le Parlement grec à réunir une majorité en vue d’élire un Président de la République au pays, après trois tours de scrutin. La Constitution grecque retient comme mode de désignation du Président de la République grecque un suffrage indirect. Il confie cette tâche au Parlement qui peut voter jusqu’à trois reprises pour élire un candidat, faute de quoi, il sera de jure, dissout et de nouvelles élections législatives seront convoqués au plus vite.

C’est ce scénario qui s’est réalisé le 29 décembre dernier, après trois scrutins, le Parlement a échoué à élire un Président pour le pays, signant par la même occasion la mort de cette législature. Mais si la Grèce avait, il y a quelques années, faite parlée d’elle pour la montée de la xénophobie, allant jusqu’à faire entrer le parti politique ouvertement néonazi « Aube Dorée » dans son institution législative, cette fois-ci, le vent semble avoir tourné et de jours plus heureux paraissent se dessiner. En effet, la gauche radicale incarnée par le Parti « SYRIZA », portée par l’ancien candidat du Parti de la Gauche Européenne, Alexis Tsipras s’est placé en tête des sondages à quelques semaines des élections et pourraient demain être amené à diriger le pays.

Le paysage politique a été grandement bouleversé depuis la crise de la zone euro ayant fait suite à la crise de la dette grecque, elle-même issue de la crise économique et financière mondiale et cela s’est matérialisée à travers le vote de peuple grec qui a énormément souffert de ces bouleversements économiques. La situation sociale du pays est catastrophique, le déficit croissant de service public de santé et d’éducation notamment, pourtant fondamentaux, précarise de plus en plus de citoyens grecs qui, paupérisés, mis au ban de leur société et de l’Europe, se sont d’abord tournés vers les partis xénophobes et antisémites d’extrême droite. Mais cela n’ayant (évidemment) qu’alourdi leurs crises, ils ont désormais choisi d’accorder leur confiance aux forces de gauche, remettant farouchement en cause les injonctions austéritaires de la Troïka. Ce revirement politique du peuple grec s’est déjà traduit au cours de l’élection des députés au Parlement Européen de mai 2014, où le parti de gauche s’est vu crédité de 26,58 % des suffrages, le plaçant ainsi en tête, loin devant ses adversaires et surtout, loin devant l’extrême droite qui gangrenait le pays encore quelques mois auparavant.

À présent, tout est possible, il sera, après les élections législatives anticipées du mois de janvier, désormais envisageable qu’une force de la gauche radicale, réellement socialiste puisse être amenée à diriger un État de l’Union européenne. Par là même, elle lui sera possible d’être un moteur, un initiateur des changements nécessaires à la réalisation d’un projet de société alternatif, axé réellement sur le peuple, sur l’humain, loin de la doxa libérale imposée par Bruxelles et voulue par Madame Merkel.

Des exemples similaires en Espagne, au Portugal ou en Irlande
Si l’expérience grecque est importante, c’est car elle ouvre la porte à des changements radicaux en Europe. En effet, le sud de l’Europe, cible de drastiques coupes budgétaires semblent s’être massivement soulevé, outre SYRIZA qui est en passe de remporté les élections du 25 janvier 2015, l’Espagne, connait aussi ce souffle nouveau à travers Podemos, ce parti issu du mouvement Occupy. Ce parti est lui aussi extrêmement populaire dans son pays et le peuple espagnol semble prêt à lui accorder sa confiance si des élections avaient lieu dans l’immédiat. Ceci ne présage que de belles perspectives pour les élections générales prévues pour cette année 2015.

Ces deux mouvements, auxquels on peut encore adjoindre ceux présents au Portugal, à Chypre ou encore en Irlande, ont pour projet commun un rejet de l’austérité, un refus des coupes budgétaires et de la rigueur, ces méthodes appliquées depuis plusieurs années n’ayant absolument pas amélioré la situation, au contraire. Il argue encore d’un refus de rembourser une dette considérée comme illégitime et une certaine forme de rejet de la monnaie unique et commune qu’est l’euro, tout du moins dans sa forme et sa gestion actuelle, à savoir forte, surévaluée par rapport au dollar : caractéristique ne servant que les intérêts allemands et ceux de quelques spéculateurs, bien loin des préoccupations et besoins des classes les plus modestes.

Ainsi, si d’aventures les victoires électorales étaient au rendez-vous, la politique européenne pourrait s’en voir bouleversée et la résistance de ces gouvernements, s’ils tiennent leurs promesses, face aux exigences de la Commission pourraient permettre de pousser à une politique plus sociale, plus solidaire, mettant l’action non pas sur des politiques libérales et déshumanisées, mais sur la défense des services publics et sur l’amélioration des perspectives économiques pour les citoyens, notamment par une dévaluation de l’euro, apte à permettre une relance de l’économie et de la consommation et donc de permettre d’atteindre les objectifs recherchés de croissance, de consommation, d’emploi, etc.

Un succès à relativiser : la nécessité d’une coalition et ses conséquences
Cependant, si les élections donnaient vainqueurs le Parti SYRIZA, rien ne serait encore joué, le Parlement grec étant élu au suffrage proportionnel, il faudra, sauf écrasante majorité absolue, à Alexis Tsipras composer avec une coalition avec d’autres formations de gauche afin de lui permettre de mener sa politique sereinement.

Mais la formation d’une telle coalition risque d’emporter deux conséquences : d’une part un blocage d’une partie des réformes projetées par le nouveau gouvernement par ses « alliés », plus modérés qui pourraient ralentir voir stopper les initiatives dans le but de conserver le statu quo et éviter de s’attirer les foudres de Berlin et de Bruxelles, d’autres parts, une édulcoration par le parti SYRIZA lui-même de son programme, afin justement d’assurer une stabilité et un consensus à sa coalition.

Bien sûr, ce ne sont encore que des spéculations, rien ne sera joué avant le lendemain du 25 janvier 2015 et la formation du gouvernement par le vainqueur, mais si c’est effectivement SYRIZA qui sort gagnant, il sera difficile de soutenir un projet aussi ambitieux et radical seul et il lui faudra composer avec ses alliés, au risque de se recentrer sur un discours plus modéré, comme elle a déjà commencé à le faire, en tentant de réduire l’influence de ces groupuscules de la gauche de sa gauche.

Par ailleurs, « l’intelligentsia » européenne, politique, économique et médiatique, consciente du risque pour l’ordre établi actuellement dans l’Union ne reste pas passive face à la « menace » que peut constituer le succès de tels partis et mène une large campagne en vue d’attaquer SYRIZA.

Les « menaces » sur la stabilité politique et économique de l’Union
Naturellement, la perspective de voir son ordre économique et politique mis à mal n’enchante guère les dirigeants actuels de l’Union et le risque que fait planer l’éventuelle victoire de SYRIZA ne laisse pas indifférents ni les Gouvernements des États membres, ni les institutions de l’Union, ni les marchés financiers. De nombreuses réactions se sont fait entendre appelant le Peuple grec et le parti de Monsieur Tsipras à la modération. Des campagnes de dénigrement dans les médias libéraux ont mis en avant leurs arguments en défaveur de SYRIZA. D’autres ont imaginé le futur de l’Union après une telle victoire, où l’on verrait l’Espagne à son tour dirigée par un parti de gauche radicale, où la France et son Parti « Socialiste » abandonneraient sa politique de rigueur digne des plus grands tenant de la droite libérale pour se réaxer sur une réelle politique de gauche, contre celle imposée par l’Allemagne.

L’annonce de la dissolution de Parlement Grec le 29 décembre dernier et la perspective de voir un parti de la gauche radicale au pouvoir a été vu comme un retour de l’instabilité, d’une crise de la dette grecque, d’une nouvelle crise de la Zone Euro, annonciatrice d’encore plus de rigueur, d’une récession accrue et de tension de plus en plus forte dans la société. Selon l’hebdomadaire allemand Die Spiegel qui relate des informations obtenues auprès de sources proches de Berlin, Madame Merkel et son gouvernement n’ont pas attendu longtemps pour assurer que l’arrivée au pouvoir de SYRIZA rendrait « quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro, si le chef de l’opposition Alexis Tsipras dirige le gouvernement après les élections (législatives), abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays. »

On peut y voir une manœuvre pour dissuader SYRIZA de mener sa politique comme elle l’entend, une tentative pour limiter les effets de leur victoire. On peut imaginer les dégâts sur l’économie grecque déjà chancelante, d’un départ de la Zone Euro, mais on peut aussi imaginer le risque pour toute l’Union si la Grèce décidait effectivement de s’en retirer, ouvrant ainsi la voie à de nombreux autres États, bien qu’imprévu par les traités, qui pourrait de facto, reprendre leur monnaie nationale.

Malgré tous ces points sombres, ces incertitudes, ces risques, la perspective de voir un vent nouveau, socialiste, écologiste, plus humaniste, souffler sur le sud de l’Europe et l’idée de le voir conquérir le Nord ne peut qu’être encouragé et l’on ne peut qu’espérer que tout cela se concrétise et vienne à rebattre les cartes de l’ordre européen pour ensuite influer sur la politique mondiale.

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membre et rédacteur pour Réflexions socialistes
correspondant en France
étudiant en droit

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