Union de la Gauche radicale : Pour les principes communs

 

Les sociétés à travers le monde sont affligées de grands maux causés par le système capitaliste; un régime social et international présent sous divers degrés selon les pays. Les oppressions économiques, politiques, sociales, écologiques, etc. provenant de ce système injuste sont importantes. Les forces réactionnaires de chaque pays œuvrent généralement de manière unie et radicale contre les forces progressistes et l’action de celles-ci. Les forces progressistes sont les premières victimes, mais aussi le premier rempart contre la régression sociale organisée. C’est pourquoi les forces progressistes à travers le monde se doivent de reconnaître leur antagonisme à ce système et se constituer solidement avant de pouvoir devenir une puissance transformatrice efficace.

La Gauche radicale possède deux caractéristiques fondamentales qui ne peuvent être attribuées à son antagoniste. La première vient du nombre d’opprimés, de ceux qui bénéficieraient le plus de l’action de progressiste : il y a un bassin de militants plus grand puisque la classe sociale défendue est majoritaire (les travailleur-euses). La deuxième provient de l’agenda politique de celle-ci qui se base sur les intérêts de classe de la majorité. Les forces progressistes peuvent donc prétendre défendre la majorité de la population (les trois premiers quarts de la pyramide sociale) face à une minorité parasite oppressive (la pointe de la pyramide sociale). Ces deux caractéristiques confèrent un avantage unique dont la Gauche devrait normalement tirer avantage.

Or, la Gauche radicale est affligée d’un mal de naissance : la division. Ce mal est né de l’idéalisme de certains de ses acteurs puisque la recherche exacerbée du corpus théorique le plus parfait (une quête infinie, car rien n’est parfait) a aussi donné son corolaire, qui est une pluralité d’idéaux et de pensées différentes intrinsèquement perçue comme étant la plus valide. Cette maladie génétique dont est affligée la Gauche radicale, qui se veut l’expression politique des intérêts de classe, l’empêche le plus souvent d’user optimalement de ses qualités fondamentales : son importance numérique et la cohérence de la défense de ses intérêts. Dotée de multiples personnalités, la Gauche est plus souvent en conflit avec elle-même que contre son oppresseur direct et réel : celui qui maintient des conditions matérielles inégales et injustes.

Les effets conséquents de cette division interne empêchent la Gauche d’avoir une cohérence et une vision claire. Ainsi, on voit les effets de cette division autant à l’intérieur du mouvement qu’à l’extérieur quand elle tente d’agir sur le reste de la société : le manque de cohérence dans le discours amène un manque de crédibilité.

Empêtrée dans ses propres divisions internes et face à une Régression tranquille, qui correspond à l’avancée de l’agenda néolibéral, la Gauche radicale aujourd’hui n’a jamais été aussi désorganisée et faible. On ne peut influencer la politique de la droite actuelle (néolibérale), car elle émane de classes ayant à cœur ses intérêts en contradictions avec l’action de la Gauche. Donc la seule manière d’éviter cette politique néfaste pour nous est de s’opposer fermement à celle-ci. Par contre, on peut agir de notre côté en s’attaquant à nos défauts. En effet, puisqu’ils émanent de notre propre mouvement, il est possible de les influencer et d’en réduire les conséquences. On peut donc s’attaquer aux causes de notre désorganisation et de notre faiblesse qui sont intrinsèques. Ces causes, comme on l’a dit, sont les divisions internes.

Nos divisions nous affaiblissent

En quoi les divisions de la Gauche radicale jouent-elles sur sa désorganisation et sa faiblesse? Elle est désorganisée parce qu’il semble impossible d’organiser et de coordonner les forces progressistes en raison de ses divisions idéologiques internes. Elle est faible parce que ses ressources sont éparpillées dans différents groupes et aussi parce qu’ils gaspillent beaucoup leur énergie en attaques entre les groupes divergents au lieu de diriger celles-ci contre les oppresseurs. Cette situation semble contradictoire puisqu’elle nous affaiblit et qu’elle engendre des guerres fratricides. Il y a déjà beaucoup à faire pour s’opposer au capitaine qui nous envoie dans les récifs et il serait stupide de se chamailler entre matelots, alors que le destin de chacun dépend de l’action commune de tous les matelots.

L’efficacité des forces progressistes vient de la convergence, voire de l’union de celles-ci. Pour ce faire il faudra poser nos petites valises idéologiques et entamer un dialogue. Il faudra dialoguer en évitant les postures idéologiques et plutôt discuter avec un angle rationnel. Il existe des points de convergences fondamentaux qui devraient nous permettre de nous rassembler sur des enjeux concrets en laissant les points théoriques polémiques aux groupes de débat. Les points de convergences fondamentaux seront la base d’un accord visant la fin des divisions. D’ailleurs, la convergence est la prérogative à la construction d’un rapport de force solide basé sur les intérêts de la majorité de la population.

La Gauche radicale parle la même langue dans une multitude d’accents. Il convient de ce fait de reconnaître cette langue commune afin de recréer un climat de coexistence et de convergence. Ce climat sera propice au débat nécessaire et à la mise à l’épreuve des idées, ce qui fait avancer la critique et la solidité du discours. C’est pourquoi j’ai décidé de mettre sur papier les principesste et les principes communs

Tout d’abord, il faut définir ce qu’est la Grande famille socialiste puisque ces principes communs reposent sur ce concept. La Grande famille socialiste correspond à la Gauche radicale rejetant le capitalisme autant sous sa forme économique que politique et mettant de l’avant une société axée sur les intérêts concrets de la majorité de la population. Par conséquent, les grands courants que sont l’anarchisme, le trotskysme, le léninisme, le marxisme-léninisme et la social-démocratie (la social-démocratie dans le sens de l’abolition du capitalisme par réformes et à ne pas confondre avec le social-libéralisme qui accepte le capitalisme tout en lui donnant un visage soi-disant « humain »), etc.

Cette famille a comme base théorique commune des principes communs. Il y a la démocratie sur le plan politique. Ensuite, il y a la socialisation des moyens de production sur le plan de l’économie et il convient de mentionner que cette socialisation peut se faire par la nationalisation, le syndicalisme révolutionnaire et le coopérativisme. Sur le plan socio-économique, il y a la réduction des inégalités et l’abolition de celles-ci, ce qui mènerait à l’abolition éventuelle des classes sociales. Sur le plan des valeurs, il y aurait la solidarité et le collectivisme en opposition à la concurrence et l’individualisme. Finalement, j’ajouterais audacieusement l’écologie puisque l’on est devant la nécessité de renverser la tendance destructrice de l’économie et puisque l’on est devant le constat que ce sont les classes laborieuses qui écopent le plus souvent de la détérioration de l’environnement au profit des intérêts marchands.

Ces principes communs sont les principes de base les plus communément admis chez la Grande famille socialiste et ayant chacun leurs interprétations particulières divergentes ou non.

Les conflits idéologiques : un obstacle au travail commun

Malgré ces principes la convergence n’est toujours pas assurée, car les conflits idéologiques font et feront toujours rage au sein de la Gauche. Ce qu’il faut c’est que les conflits idéologiques n’empêchent pas la collaboration entre les tendances. Or, l’unification de la Gauche sur une base programmatique ne peut que difficilement avoir lieu dans les conditions actuelles, c’est-à-dire en adoptant un même projet politique avec les mêmes revendications, politiques ou actions.

Cet état de fait nous tourne donc vers la pratique. Si la convergence ne peut se faire sur une base programmatique, alors ce qu’il reste ce sont des revendications concrètes sur des enjeux concrets. Considérant les principes communs qui sont partagés par toutes les tendances de la famille socialiste, la plupart de celle-ci devraient avoir une réponse relativement semblable aux enjeux sociaux concrets : meilleures conditions de travail, hausse des salaires, opposition à la répression politique de la droite et de l’appareil d’État, renforcement du syndicalisme, émancipation des groupes sociaux opprimés, etc. L’existence d’enjeux concrets va provoquer la convergence inconsciente des différentes tendances sur des points précis (chaque enjeu) et c’est de là que pourront émerger des revendications concrètes communes. La convergence de la famille socialiste peut se faire actuellement par la corrélation des revendications sur des enjeux concrets.

L’articulation de ces revendications

C’est bien beau d’avoir des revendications, mais il reste encore la manière de les mettre de l’avant ou plutôt d’orienter l’action politique en vue d’obtenir ce qui est réclamé. Or, nous savons tous que chacune des tendances aura sa préférence pour l’une ou pour l’autre et on verra le plus souvent les débats idéologiques tourner autour de la manière d’avancer.

Considérant que la convergence programmatique est loin et donc que les groupes issus des tendances différentes ont peu de chance de s’unir (minimalement dans une coalition et optimalement au sein d’une seule organisation large), il est nécessaire d’empêcher que tous se marchent sur les pieds et il est surtout nécessaire d’éviter qu’un conflit ouvert fasse rage, ce qui serait fratricide et condamnerait la Gauche radicale à demeurer une galaxie de groupuscules inefficaces. On peut empêcher cette situation et œuvrer à la convergence en adoptant un concept d’action : la pluralité des approches.

La pluralité des approches dépasse le simple concept de diversité des tactiques. Elle sous-tend que tous les moyens peuvent être utilisés afin de faire avancer le projet socialiste, qui est de combattre le capitalisme et de faire valoir le progrès social. Par conséquent, ce concept comporte deux volets principaux dont vont découler plusieurs pratiques : l’activité extra-parlementaire et intra-parlementaire. La coexistence de ces deux volets est litigieuse et c’est que qui nous amène à ce que ce concept cherche à mettre de l’avant : la possibilité d’entreprendre plusieurs actions et de la possibilité de coopérer entre les acteurs ayant opté pour des stratégies distinctes, mais ayant le même but progressiste.

Le désavantage est que l’activité politique peut devenir contradictoire si chacun s’accepte, mais reste de son côté. C’est pourquoi il faudra continuellement des débats constructifs et des combats communs contre le capitalisme et pour le socialisme, ce qui nécessite une coordination minimale entre les différentes approches. Cette coordination pourra éventuellement donner lieu à une stratégie englobante et commune aux groupes de différentes tendances.
Face à l’avancée de l’agenda néolibéral, qui n’est que l’une des nombreuses attaques de la droite au cours de l’histoire du capitalisme, il est nécessaire de trouver une convergence. C’est pourquoi la construction d’un rapport de force passera par la reconnaissance de points convergents basés sur les principes communs, par des revendications unies sur des enjeux concrets et par l’admission du principe de la pluralité des approches en ce qui concerne l’action politique de chaque groupe, visant à terme une stratégie large.

Mythes capitalistes et figure de l’antihéros

Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese, est sorti en 2013, soit cinq ans après la crise économique de 2008. Le film a accumulé les nominations et les récompenses. L’article veut montrer comment ce que le spectateur peut concevoir comme une critique et une satire du capitalisme véhicule et justifie une mythologie ultralibérale, et comment la figure du héros, Jordan Belfort, incarnée par Léonardo Di Caprio, prend la valeur d’une figure humaine.

Le film véhicule quatre mythes capitalistes, que nous allons exposer point par point.

Mythe de la renaissance du marché

Le premier mythe est celui de la renaissance du marché libéral. Comme l’oiseau Phoenix de la mythologie antique qui renait de ses cendres, Jordan Belfort, alias Leonardo Di Caprio, perdra son emploi lors du crash de 1987, mais en retrouve un autre dans une agence de courtage, dont il finit grâce à son talent par tirer des bénéfices énormes. Le monde libéral s’affiche ainsi comme un univers d’opportunités, où un échec n’est jamais que partiel, puisqu’il peut se transformer en victoire pour celui qui le veut. Le système capitaliste prend pour l’individu la valeur de l’infini: il ne prend le visage de la défaite que de façon provisoire.

Mythe de l’ascension sociale

Le deuxième mythe est celui de l’ascension sociale, la plus grande justification du capitalisme depuis son essor au 19e siècle. À une société figée aristocratique où la naissance perpétue les inégalités, le capitalisme s’est affiché comme un système où le travail et le talent pouvaient permettre à chacun de gravir tous les échelons de la société. L’ascension sociale fulgurante, cas rare, sinon exceptionnel, est devenue dans le monde du cinéma un lieu commun, un cliché tellement reproduit qu’on le rencontre dans de nombreux films sans y faire attention. Le Loup de Wall Street n’échappe pas à ce stéréotype, partant de l’embauche de Jordan Belfort et retraçant en quelques dizaines de minutes le parcours qui l’a rendu millionnaire. Le trajet se fait sans heurt ni difficulté, le héros passant de chômeur à chef d’entreprise richissime avec la simplicité et la magie des choses qui vont d’elles-mêmes, sa carrière se faisant de manière exponentielle, à la manière d’un jeu de construction pour les enfants où il suffit de placer une brique sur une brique.

Mythe du système équilibré

Le troisième mythe est celui, cosmologique, d’un système qui trouve de l’ordre au sein du désordre même. L’anthropologie capitaliste se fonde sur l’idée que c’est dans le risque que l’individu se dépasse, et que l’économie ne saurait fonctionner qu’en se réglant sur le désordre et en le faisant sien. Cette idée est symbolisée (ou allégorisée, pour les familiers de l’analyse littéraire) par la scène où Jordan Belfort, sous l’emprise de la drogue, arrive presque par miracle à faire atterrir son hélicoptère. La force du système est affirmée: trouver une organisation dans la désorganisation; il se place au-dessus des ensembles fermés de la logique puisqu’il est à la fois ordre et désordre.

Mythe de l’accomplissement total

Le dernier mythe capitaliste est celui de la satisfaction plénière du désir: le système libéral se montre ici comme celui qui seul peut conduire à la richesse, qui est l’unique façon de satisfaire les désirs de l’individu. Jordan Belfort est l’homme dont tous les désirs sont réalisés, même son besoin moral, puisqu’il donne à des oeuvres de charité, plus encore, il fait bénéficier sa secrétaire qui relève le défi de se raser la tête de sa prodigalité; elle gagnera ainsi 10000 dollars pour réaliser une de ses lubies. L’idéologie libérale s’affirme ainsi comme celle qui permet la pleine satisfaction des désirs de l’individu, jusque dans leur démesure, et trouve une nouvelle justification anthropologique: celle de permettre à l’individu de s’accomplir parfaitement.

Jordan Belfort apparait ainsi, dans le premier temps du film, comme une réussite de l’économie libérale. Il est plus qu’un exemple, il est exemplaire, en ceci qu’il représente à merveille les lois de l’ascension sociale et qu’il est montré comme un cas à imiter, un destin à désirer. Plus encore, nous allons voir qu’autour de son visage s’associent des caractères à signification anthropologique.

Figure de l’antihéros

Tout d’abord, l’individu se drogue tout au long du film: le métier de businessman est montré comme un métier où l’être de l’individu est sollicité. Des qualités proprement humaines comme la création et l’initiative sont demandées, et la consommation de drogue place l’homme d’affaires au rang de l’artiste, du créateur. L’entrepreneur relève ainsi du mythe prométhéen (le géant grec qui a volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes).

La libido de Jordan Belfort, sa relation avec Naomie Laplagia (incarnée par Margot Robbie) est une conciliation des pôles : Jordan Belfort représente à la fois la sexualité sous son aspect le plus respectable: la conjugalité et la paternité (il est père et mari), comme sous son aspect le plus cru et déviant: il a des partenaires multiples et des pratiques perverses. Plus encore, Jordan Belfort et Naomi Laplagia, mari et femme, ont une sexualité débridée, et le désir financier et le désir sexuel forment une médiation, médiation du désir à sa possibilité de réalisation exemplifiée par la scène où Naomi Laplagia fait une fellation à Jordan Belfort, pendant qu’il conduit sa voiture de sport. Les deux mariés s’aiment à travers l’argent, et leur satisfaction libidinale les place bien au-delà d’une sexualité frustrée, multipliant le triomphe du pouvoir monétaire.

Nous terminerons l’analyse par la mise au jour de la position dans laquelle le film place Jordan Belfort vis-à-vis de la justice: il se trouve au-dessous de la justice divine, du ciel, puisqu’il verra dans un avion qui s’écrase un signe divin lui annonçant qu’il doit mettre un frein à sa carrière, ce qu’il fera; il se trouve accessible à la justice des hommes, puisqu’une figure presque anonyme, un policier, arrivera à le faire condamner, exemplifiant un capitalisme immoral (il est en dehors de la moralité, mais la moralité a une emprise sur lui) et non amoral (la puissance financière placerait le riche au-dessus des lois humaines); la peine de Jordan Belfort est diminuée parce qu’il accepte de collaborer et de dénoncer ses collègues, la logique de l’individualisme se trouvant reproduite et ratifiée par la justice, et enfin encore celui-ci montrera son humanité en tentant de sauver ses proches.

Au-dessous du jugement divin, au niveau de la logique judiciaire, et dans l’immanence de la solidarité humaine, l’individualisme se trouve humanisé, montrant un avatar du capitalisme triomphant dans ses succès et pardonnable dans ses échecs. Par mythe nous entendons une idéologie qui peut se trouver vérifiée dans la vraie vie, mais qui fonctionne en silence, sans se dire, et dont nous avons mis au jour les significations implicites et les mécanismes rhétoriques. Nous avons voulu montrer comment la figure de Jordan Belfort, suscitant tantôt la sympathie, tantôt l’aversion, est un stéréotype et donc un excellent véhicule des idéologies libérales, mais un cliché qui garde sa valeur de figure humaine, faisant perdre à la satire sa charge critique.

Taxons les riches ou nationalisations les entreprises?

Lorsqu’on discute avec notre ami néolibéral, il est possible qu’on vous martèle le slogan : « l’impôt, c’est le vol». La droite prétend faussement que les socialistes sont des amoureux de l’impôt. En effet, certains vont nous rappeler que le philosophe allemand Karl Marx aurait dit: «Il n’y a qu’une seule façon de tuer le capitalisme: des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts».

Cette citation de Marx qui circule sur Internet est fausse. Il n’a jamais tenu de tels propos. Plusieurs citations d’auteur sont inventées et celles de Marx ne sont pas immunisées. La conception socialiste de l’impôt est souvent déformée par les médias du patronat. Force est de constater que le mouvement socialiste est plus divisé sur la question que l’on croit. Il est pertinent de se demander si on devrait exiger plus de progressivité dans l’impôt.

Ces socialistes qui sont contre l’impôt des socialistes

Que pensait Marx de l’impôt? Vous seriez surpris d’apprendre qu’il n’en était pas un grand fervent si vous lisez cet article publié le 17 novembre 1848 dans le quotidien Neue Rheinische Zeitung (La Nouvelle Gazette rhénane en français). Il y a déclaré : « Donc, à partir d’aujourd’hui les impôts sont supprimés !!! Verser des impôts, c’est de la haute trahison, refuser les impôts c’est le premier devoir du citoyen ! »[1] Le philosophe allemand avait même été arrêté et acquitté pour son texte.

Il est logique dans une optique anticapitaliste que, si les revenus de l’impôt sont distribués à la classe dominante, il doive être combattu. À l’époque de Marx, l’État providence existait à peine et les impôts étaient surtout utilisés à des fins de protection des biens des riches (par l’armée et la police). Ils finançaient aussi les activités commerciales des entreprises comme le transport ou les contrats gouvernementaux. Sans compter le protectionnisme qui sévissait à l’époque. Bref, on était en plein âge d’or (quoique nous sommes toujours dans cet âge d’or) du capitalisme de connivence ou ce qu’appellent les anglophones le crony capitalism. Combattre l’impôt était donc naturel pour Marx et ses contemporains qui ne voyaient pas les bienfaits de l’impôt pour les moins fortuné-es.

De nos jours, certains socialistes critiquent les progressistes qui exigent une taxation plus élevée du 1%. Chris Kinder, contributeur de la revue Socialist Viewpoint, soutient que taxer les riches signifie que les riches doivent continuer d’exister. Kinder cite Léon Trotsky dans son célèbre ouvrage intitulé L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale – Programme de transition. Trotsky critique ainsi les réformistes faisant la promotion de l’impôt en déclarant que «Au mot d’ordre des réformistes : impôt sur les bénéfices de guerre, nous opposons les mots d’ordre : CONFISCATION DES BÉNÉFICES DE GUERRE et EXPROPRIATION DES ENTREPRISES TRAVAILLANT POUR LA GUERRE.» Dans ce contexte des années 30, la solution priorisée ne serait pas la hausse des impôts, mais la nationalisation d’un secteur de l’économie. Trotsky ajoute dans La Révolution permanente que les groupes ouvriers ne devraient pas pactiser avec la bourgeoisie pour faire quelques victoires partielles. Bref, l’État providence dont se nourrit l’impôt progressif est un frein au mouvement socialiste, puisque son but est de maintenir les pays dans une logique capitaliste. Les gens ne se révoltent pas puisqu’en ayant une sécurité sociale, ils ne croient pas qu’ils sont exploités.

Impôts et nationalisations capitalistes

Les impôts et les nationalisations d’un État capitaliste libéral seront toujours utilisés à des fins capitalistes libérales. La plupart des pays libéraux ont nationalisé certains secteurs de leur économie. Au Québec, l’hydroélectricité (Hydro-Québec), la vente d’alcool fort (Société des alcools du Québec) et le secteur des jeux de hasard (Loto-Québec) sont nationalisés. De nombreux pays ont nationalisé la poste, le secteur de l’énergie (pétrole, gaz, nucléaire…), les transports, les télécommunications, etc. Ces entreprises étatiques sont utilisées à des fins capitalistes. Par exemple, Hydro-Québec est un cas éloquent qui offre des tarifs préférentiels à des entreprises. On subventionne ainsi indirectement les entreprises privées par le biais de ce stratagème.

Chris Kinder et Léon Troksky ont raison de critiquer ces réformistes. Il ne faut cependant pas oublier que la confiscation des biens des capitalistes doivent ne doit pas terminer dans les mains d’un État capitaliste dirigé par la classe dominante, mais des travailleur-euses et de la communauté. Rappelons-nous que malgré son opposition à l’impôt dans un contexte particulier, Marx et son collaborateur Friedrich Engel proposent dans le Manifeste du Parti communiste une taxe progressive, mais aussi une réappropriation des biens des patrons.

Allier les classes en lutte contre le capitalisme

Le fondateur du Socialist Worker Party anglais, Tony Cliff, a écrit en 1963 La révolution permanente déviée, où il critique Trotsky en expliquant que la révolution n’est pas toujours ouvrière. Cliff donne les exemples de la révolution cubaine et chinoise au court desquelles la classe ouvrière a joué un rôle mineur par rapport à celle des paysan-nes. Tony Cliff résume bien ma pensée selon laquelle la lutte contre l’oppression de la classe dominante peut se faire avec d’autres groupes qui ne sont pas exclusivement ouvriers. Rallier les sociaux-démocrates à la cause du socialisme et réunir d’autres classes sociales autour de la classe des travailleur-euses doit être envisagé.

Passer son temps à désapprouver certaines tactiques utilisées par des groupes socialistes est très souvent une perte de temps. Il y a plusieurs organisations à gauche qui au lieu de combattre le capitalisme passent leur temps à attaquer d’autres groupes socialistes qu’ils jugent non conformes à leur idéologie. Avouons que ces groupes font rarement des gestes concrets qui font avancer la cause des plus démuni-es. Ils présentent plutôt une attitude sectaire stérile dans la lutte des classes. La vérité est que certain-es sociaux-démocrates et keynésien-nes combattent aussi la bourgeoisie néoclassique. Se passer d’une telle alliance s’avère une erreur.

L’économiste français Thomas Piketty propose une taxe mondiale de 80% sur le revenu de plus de 500 000$ et un impôt sur la fortune allant jusqu’à 10%[2]. D’autres proposent de taxer les transactions financières comme en Norvège. Il faudrait aussi combattre les paradis fiscaux et exiger la diminution ou les disparitions des tarifs et taxes assumés par la classe moyenne et pauvre. Elle ne réglerait pas le problème des inégalités dans le monde, mais les réduirait. C’est comme le combat pour les 8 heures de travail ou le salaire minimum de 15$ de l’heure. Ces luttes pour l’amélioration des conditions sociales se sont effectuées avec l’aide d’une petite-bourgeoisie de gauche.

Enfin, il ne faut pas oublier que les riches vivent à nos dépens

Lorsque vous entendez le slogan : « L’impôt, c’est du vol », indiquez qu’il manque quelque chose. C’est du vol, mais en faveur du 99%! Il faut articuler notre discours en ce sens. L’Institut de recherche en économie contemporaine a démontré en 2012 que le 1% du Québec s’est accaparé 12% des revenus en 2012 alors que le ratio était de 7% en 1985. L’étude soutient que « la baisse du taux marginal d’imposition, qui est passé de 68,4 % en 1980 à 48,2 % aujourd’hui, pourrait être en partie responsable de cette hausse de la concentration des hauts revenus».

D’autre part, une énorme partie des dépenses gouvernementales dans les services publics terminent dans les mains des entreprises. Par exemple, les employé-es de Walmart aux États-Unis reçoivent 6,2 milliards de dollars en assistance publique. Ces gens sur l’aide sociale dépensent leur argent chez Walmart. La même logique opère à travers le système de santé publique où l’argent des plus démuni-es profitent aux médecins millionnaires et aux pharmaceutiques milliardaires. Au Québec, les entreprises étaient subventionnées à hauteur de 7,7 milliards de dollars en 2009 selon Statistique Canada. Cela n’inclut pas les subventions indirectes comme les tarifs préférentiels d’électricité, les contrats gouvernementaux et les réductions d’impôt.

Il est cohérent pour les socialistes d’exiger de taxer davantage les riches ET d’exiger que les entreprises d’État soient sur contrôle citoyen. Les deux vont ensemble. Cela permet de montrer que les élites ne contribuent pas socialement à la hauteur de leurs moyens en plus d’accumuler l’argent des travailleurs et des travailleuses. Ce sont les riches qui vivent à nos dépens, pas le contraire.


1 Marx, Karl (1848). Plus d’impôts!!!, La Nouvelle Gazette rhénane, n° 145, 17 novembre 1848, édition spéciale

2 Piketty, Thomas (2013). Le Capital au XXIe siècle