Taxons les riches ou nationalisations les entreprises?

Lorsqu’on discute avec notre ami néolibéral, il est possible qu’on vous martèle le slogan : « l’impôt, c’est le vol». La droite prétend faussement que les socialistes sont des amoureux de l’impôt. En effet, certains vont nous rappeler que le philosophe allemand Karl Marx aurait dit: «Il n’y a qu’une seule façon de tuer le capitalisme: des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts».

Cette citation de Marx qui circule sur Internet est fausse. Il n’a jamais tenu de tels propos. Plusieurs citations d’auteur sont inventées et celles de Marx ne sont pas immunisées. La conception socialiste de l’impôt est souvent déformée par les médias du patronat. Force est de constater que le mouvement socialiste est plus divisé sur la question que l’on croit. Il est pertinent de se demander si on devrait exiger plus de progressivité dans l’impôt.

Ces socialistes qui sont contre l’impôt des socialistes

Que pensait Marx de l’impôt? Vous seriez surpris d’apprendre qu’il n’en était pas un grand fervent si vous lisez cet article publié le 17 novembre 1848 dans le quotidien Neue Rheinische Zeitung (La Nouvelle Gazette rhénane en français). Il y a déclaré : « Donc, à partir d’aujourd’hui les impôts sont supprimés !!! Verser des impôts, c’est de la haute trahison, refuser les impôts c’est le premier devoir du citoyen ! »[1] Le philosophe allemand avait même été arrêté et acquitté pour son texte.

Il est logique dans une optique anticapitaliste que, si les revenus de l’impôt sont distribués à la classe dominante, il doive être combattu. À l’époque de Marx, l’État providence existait à peine et les impôts étaient surtout utilisés à des fins de protection des biens des riches (par l’armée et la police). Ils finançaient aussi les activités commerciales des entreprises comme le transport ou les contrats gouvernementaux. Sans compter le protectionnisme qui sévissait à l’époque. Bref, on était en plein âge d’or (quoique nous sommes toujours dans cet âge d’or) du capitalisme de connivence ou ce qu’appellent les anglophones le crony capitalism. Combattre l’impôt était donc naturel pour Marx et ses contemporains qui ne voyaient pas les bienfaits de l’impôt pour les moins fortuné-es.

De nos jours, certains socialistes critiquent les progressistes qui exigent une taxation plus élevée du 1%. Chris Kinder, contributeur de la revue Socialist Viewpoint, soutient que taxer les riches signifie que les riches doivent continuer d’exister. Kinder cite Léon Trotsky dans son célèbre ouvrage intitulé L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale – Programme de transition. Trotsky critique ainsi les réformistes faisant la promotion de l’impôt en déclarant que «Au mot d’ordre des réformistes : impôt sur les bénéfices de guerre, nous opposons les mots d’ordre : CONFISCATION DES BÉNÉFICES DE GUERRE et EXPROPRIATION DES ENTREPRISES TRAVAILLANT POUR LA GUERRE.» Dans ce contexte des années 30, la solution priorisée ne serait pas la hausse des impôts, mais la nationalisation d’un secteur de l’économie. Trotsky ajoute dans La Révolution permanente que les groupes ouvriers ne devraient pas pactiser avec la bourgeoisie pour faire quelques victoires partielles. Bref, l’État providence dont se nourrit l’impôt progressif est un frein au mouvement socialiste, puisque son but est de maintenir les pays dans une logique capitaliste. Les gens ne se révoltent pas puisqu’en ayant une sécurité sociale, ils ne croient pas qu’ils sont exploités.

Impôts et nationalisations capitalistes

Les impôts et les nationalisations d’un État capitaliste libéral seront toujours utilisés à des fins capitalistes libérales. La plupart des pays libéraux ont nationalisé certains secteurs de leur économie. Au Québec, l’hydroélectricité (Hydro-Québec), la vente d’alcool fort (Société des alcools du Québec) et le secteur des jeux de hasard (Loto-Québec) sont nationalisés. De nombreux pays ont nationalisé la poste, le secteur de l’énergie (pétrole, gaz, nucléaire…), les transports, les télécommunications, etc. Ces entreprises étatiques sont utilisées à des fins capitalistes. Par exemple, Hydro-Québec est un cas éloquent qui offre des tarifs préférentiels à des entreprises. On subventionne ainsi indirectement les entreprises privées par le biais de ce stratagème.

Chris Kinder et Léon Troksky ont raison de critiquer ces réformistes. Il ne faut cependant pas oublier que la confiscation des biens des capitalistes doivent ne doit pas terminer dans les mains d’un État capitaliste dirigé par la classe dominante, mais des travailleur-euses et de la communauté. Rappelons-nous que malgré son opposition à l’impôt dans un contexte particulier, Marx et son collaborateur Friedrich Engel proposent dans le Manifeste du Parti communiste une taxe progressive, mais aussi une réappropriation des biens des patrons.

Allier les classes en lutte contre le capitalisme

Le fondateur du Socialist Worker Party anglais, Tony Cliff, a écrit en 1963 La révolution permanente déviée, où il critique Trotsky en expliquant que la révolution n’est pas toujours ouvrière. Cliff donne les exemples de la révolution cubaine et chinoise au court desquelles la classe ouvrière a joué un rôle mineur par rapport à celle des paysan-nes. Tony Cliff résume bien ma pensée selon laquelle la lutte contre l’oppression de la classe dominante peut se faire avec d’autres groupes qui ne sont pas exclusivement ouvriers. Rallier les sociaux-démocrates à la cause du socialisme et réunir d’autres classes sociales autour de la classe des travailleur-euses doit être envisagé.

Passer son temps à désapprouver certaines tactiques utilisées par des groupes socialistes est très souvent une perte de temps. Il y a plusieurs organisations à gauche qui au lieu de combattre le capitalisme passent leur temps à attaquer d’autres groupes socialistes qu’ils jugent non conformes à leur idéologie. Avouons que ces groupes font rarement des gestes concrets qui font avancer la cause des plus démuni-es. Ils présentent plutôt une attitude sectaire stérile dans la lutte des classes. La vérité est que certain-es sociaux-démocrates et keynésien-nes combattent aussi la bourgeoisie néoclassique. Se passer d’une telle alliance s’avère une erreur.

L’économiste français Thomas Piketty propose une taxe mondiale de 80% sur le revenu de plus de 500 000$ et un impôt sur la fortune allant jusqu’à 10%[2]. D’autres proposent de taxer les transactions financières comme en Norvège. Il faudrait aussi combattre les paradis fiscaux et exiger la diminution ou les disparitions des tarifs et taxes assumés par la classe moyenne et pauvre. Elle ne réglerait pas le problème des inégalités dans le monde, mais les réduirait. C’est comme le combat pour les 8 heures de travail ou le salaire minimum de 15$ de l’heure. Ces luttes pour l’amélioration des conditions sociales se sont effectuées avec l’aide d’une petite-bourgeoisie de gauche.

Enfin, il ne faut pas oublier que les riches vivent à nos dépens

Lorsque vous entendez le slogan : « L’impôt, c’est du vol », indiquez qu’il manque quelque chose. C’est du vol, mais en faveur du 99%! Il faut articuler notre discours en ce sens. L’Institut de recherche en économie contemporaine a démontré en 2012 que le 1% du Québec s’est accaparé 12% des revenus en 2012 alors que le ratio était de 7% en 1985. L’étude soutient que « la baisse du taux marginal d’imposition, qui est passé de 68,4 % en 1980 à 48,2 % aujourd’hui, pourrait être en partie responsable de cette hausse de la concentration des hauts revenus».

D’autre part, une énorme partie des dépenses gouvernementales dans les services publics terminent dans les mains des entreprises. Par exemple, les employé-es de Walmart aux États-Unis reçoivent 6,2 milliards de dollars en assistance publique. Ces gens sur l’aide sociale dépensent leur argent chez Walmart. La même logique opère à travers le système de santé publique où l’argent des plus démuni-es profitent aux médecins millionnaires et aux pharmaceutiques milliardaires. Au Québec, les entreprises étaient subventionnées à hauteur de 7,7 milliards de dollars en 2009 selon Statistique Canada. Cela n’inclut pas les subventions indirectes comme les tarifs préférentiels d’électricité, les contrats gouvernementaux et les réductions d’impôt.

Il est cohérent pour les socialistes d’exiger de taxer davantage les riches ET d’exiger que les entreprises d’État soient sur contrôle citoyen. Les deux vont ensemble. Cela permet de montrer que les élites ne contribuent pas socialement à la hauteur de leurs moyens en plus d’accumuler l’argent des travailleurs et des travailleuses. Ce sont les riches qui vivent à nos dépens, pas le contraire.


1 Marx, Karl (1848). Plus d’impôts!!!, La Nouvelle Gazette rhénane, n° 145, 17 novembre 1848, édition spéciale

2 Piketty, Thomas (2013). Le Capital au XXIe siècle

COMBATTRE L’ÉTAT CAPITALISTE OU DÉFENDRE L’ÉTAT «DÉMOCRATIQUE»?

L’histoire se répète

La petite bourgeoisie, les bobos, les militants d’ONG accrédités, les bureaucrates syndicaux biens payés, la go-gauche agitée, tout ce que la société civile (sic) compte d’esprits critiques (sic) s’émeut à tout vent par ces temps d’orage social. L’histoire se répète. Dans les années trente du siècle précédent, quand l’immense tempête de la Grande dépression s’abattit sur la classe ouvrière, sur les travailleurs paupérisés la grande bourgeoisie commanda l’écrasement des masses de récalcitrants qui descendaient des collines, remontaient des mines, quittaient les champs desséchés et occupaient les usines délabrées. Par millions, les prolétaires d’Occident marchaient pour opposer la classe bourgeoise et lui faire rendre gorge.

La go-gauche bourgeoise de l’époque n’a rien trouvé de mieux que d’orienter cette marée d’ouvriers, cette volonté de bouleversement révolutionnaire et de renversement du capitalisme vers la défense de la dictature démocratique bourgeoise. Rassemblée en Fronts populaires, en Fronts sociaux, en Fronts unis la bourgeoise a détourné et désarmé la révolte populaire. Jusqu’au jour où la grande bourgeoisie en émoi a sonné le glas des Fronts et envoyé tout le monde au front – 50 millions n’en sont jamais revenus. Et le monde capitaliste recommença comme avant, sous la botte militaire des milliardaires et de l’impérialisme.

Aujourd’hui, que la crise systémique de l’impérialisme s’intensifie, ils recommencent à bouger, à grever, à occuper, à manifester, les millions d’ouvriers, les travailleurs de la plaine, des collines desséchées, de la mer vidée, des usines en ruine – délocalisées ou fermées – et des cités délabrées et paupérisées. Les migrants de la faim, par millions, fuient les camps de réfugiés, les champs de guerre où l’on ne peut même plus labouré, les villes où l’on ne peut même plus habitées, au Sud et à L’Est où l’impérialisme occidental sème la mort sur les traces des camions militaires, à l’ombre des drones mortifères et de leurs bombardements sanglants.

Et voici qu’en Occident, où viennent s’abriter les réfugiés déshérités; où les ouvriers modernisés manifestent paupérisés; l’État bourgeois jouant les innocents, montre les dents – sort l’armement – les tirailleurs policiers bardés d’acier s’encanaillent avec les bourgeois gauchisants sous prétexte de défendre la liberté de pensée, la liberté de la presse, et l’effet Pygmalion sur la légion des perroquets journalistiques des médias à la solde. Pas si crétin pour autant les plumitifs en émoi – ils se rendent bien compte que plus les polichinelles politiciens crient à la « liberté d’expression », plus ils la restreignent drastiquement par des «Patriotes   Actes» et moult lois fascistes indiquant la droite expression qui sera le lot de tout donneur d’opinion.

Fidèle à sa mission de liquidation du mouvement de résistance ouvrier – la go-gauche se lève pour désigner l’ennemi à contrer. Encore une fois ce n’est pas la classe monopoliste dépravée et son système économique chétif, ni l’État capitaliste qu’il faudrait déboulonner, mais les lois et autres malversations de la « démocratie totalitaire » qu’il faudrait dénoncer futilement – sachant bien que malgré tout ce fatras, rien n’y changera. Pendant que les bobos et les gauchistes monnayent leur adhésion démocratique bourgeoise et leurs manifestations citoyennes-républicaines contre l’autre intégrisme. Apportant ainsi leur appui aux menées fascistes de l’État policier-raciste. Trois textes permettent de démasquer la trahison des clercs visant à détourner la colère ouvrière contre l’État bourgeois, quelle que soit sa façade de mascarade (démocratique, providence, humanitaire, totalitaire, militaire, fasciste, policier, etc.)

The Financial Times lance un appel dramatique

Les énarques de l’économie de marché et le Financial Times appellent à édifier l’État corporatiste-fasciste – appelé singulièrement «l’État providence», mais pour les riches exclusivement. Les éditorialistes du quotidien londonien ont commencé à expliquer à leurs commettants que si hier il fallait prêcher le libre-échange, l’économie de marché et le non interventionnisme étatique dans le but de détruire l’État-providence – pour les pauvres et pour les ouvriers –, désormais, il fallait prêcher le renforcement de l’État providence – pour les banquiers et pour les capitalistes du monde entier. L’État souhaité par le Financial Times s’appelle l’État corporatiste policier. Corporatiste, afin que l’État défende les intérêts des corporations et chante les louanges des entreprises privés créatrices d’emplois (sic). Chacun sa place dans l’État corporatiste et tous aux services des capitalistes en tête de liste. Policier, car la plupart du temps les ouvriers spoliés et expropriés tentent de regimber et de batailler pour défendre leurs conditions de vie et de travail – ce que les policiers de l’État sont chargés de réprimer afin de promouvoir l’intérêt supérieur de la nation (sic).

Le deuxième article exhibe l’insolence des capitalistes qui au moment même où ils multiplient les oraisons pour la défense de la liberté d’expression – promulguent toutes les lois fascistes dites « liberticides » (sic) par la gauche bourgeoise. Depuis 1980, l’État capitaliste français a adopté une vingtaine de lois « antiterroristes ». Depuis une semaine (11.01.2015) «Au moins 70 procédures judiciaires ont été initiées dans le cadre de la nouvelle loi sur « l’apologie du terrorisme », et les premières condamnations, presque systématiquement à de la prison ferme, ont commencé à tomber ». Faire l’apologie du terrorisme en France c’est d’affirmer « Je ne suis pas Charlie ».

Le troisième article s’indigne qu’en Espagne « Le gouvernement de Mario Rajoy avec son nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne« , ait pour intention d’en finir avec les manifestations et les contestations qu’il considère comme dangereuses». « [Un projet de loi] contenant 55 articles punissant les manifestants d’amendes allant de 100 à 600 0000 euros. Ainsi, cette loi sanctionnera toutes manifestations non déclarées en rue et sur les réseaux sociaux: « se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionnée de 30 000 euros. » Ce n’est pas tout, déshonorer le drapeau espagnol, utiliser des pancartes critiquant la nation espagnole, réaliser un dessin satirique prenant pour sujet un politicien, filmer ou photographier un policier en service sera formellement interdit et accompagné d’une amende de 30 000 euros ».

 

L’opposition de la gauche ouvrière

L’État démocratique totalitaire est une chimère. L’État démocratique libéral est une mystification. Nul ouvrier ne devrait se battre pour conserver ce Janus étatique bourgeois. Ce n’est pas de mieux vivre sous le joug capitaliste, ni de survivre sous l’assujettissement impérialiste, complaisant ou mortifiant, que nous souhaitons pour les prochaines générations. C’est de vivre libéré de l’exploitation, loin des misères de la guerre, sans César, ni tribun, que nous voulons. Leur mode de production impérialiste est en faillite et les bourgeois voudraient que nous nous entretuions pour décider quels camps impérialistes nous domineront.

Complément d’analyse politique : Manifeste du Parti ouvrier