Union de la Gauche radicale : Pour les principes communs

 

Les sociétés à travers le monde sont affligées de grands maux causés par le système capitaliste; un régime social et international présent sous divers degrés selon les pays. Les oppressions économiques, politiques, sociales, écologiques, etc. provenant de ce système injuste sont importantes. Les forces réactionnaires de chaque pays œuvrent généralement de manière unie et radicale contre les forces progressistes et l’action de celles-ci. Les forces progressistes sont les premières victimes, mais aussi le premier rempart contre la régression sociale organisée. C’est pourquoi les forces progressistes à travers le monde se doivent de reconnaître leur antagonisme à ce système et se constituer solidement avant de pouvoir devenir une puissance transformatrice efficace.

La Gauche radicale possède deux caractéristiques fondamentales qui ne peuvent être attribuées à son antagoniste. La première vient du nombre d’opprimés, de ceux qui bénéficieraient le plus de l’action de progressiste : il y a un bassin de militants plus grand puisque la classe sociale défendue est majoritaire (les travailleur-euses). La deuxième provient de l’agenda politique de celle-ci qui se base sur les intérêts de classe de la majorité. Les forces progressistes peuvent donc prétendre défendre la majorité de la population (les trois premiers quarts de la pyramide sociale) face à une minorité parasite oppressive (la pointe de la pyramide sociale). Ces deux caractéristiques confèrent un avantage unique dont la Gauche devrait normalement tirer avantage.

Or, la Gauche radicale est affligée d’un mal de naissance : la division. Ce mal est né de l’idéalisme de certains de ses acteurs puisque la recherche exacerbée du corpus théorique le plus parfait (une quête infinie, car rien n’est parfait) a aussi donné son corolaire, qui est une pluralité d’idéaux et de pensées différentes intrinsèquement perçue comme étant la plus valide. Cette maladie génétique dont est affligée la Gauche radicale, qui se veut l’expression politique des intérêts de classe, l’empêche le plus souvent d’user optimalement de ses qualités fondamentales : son importance numérique et la cohérence de la défense de ses intérêts. Dotée de multiples personnalités, la Gauche est plus souvent en conflit avec elle-même que contre son oppresseur direct et réel : celui qui maintient des conditions matérielles inégales et injustes.

Les effets conséquents de cette division interne empêchent la Gauche d’avoir une cohérence et une vision claire. Ainsi, on voit les effets de cette division autant à l’intérieur du mouvement qu’à l’extérieur quand elle tente d’agir sur le reste de la société : le manque de cohérence dans le discours amène un manque de crédibilité.

Empêtrée dans ses propres divisions internes et face à une Régression tranquille, qui correspond à l’avancée de l’agenda néolibéral, la Gauche radicale aujourd’hui n’a jamais été aussi désorganisée et faible. On ne peut influencer la politique de la droite actuelle (néolibérale), car elle émane de classes ayant à cœur ses intérêts en contradictions avec l’action de la Gauche. Donc la seule manière d’éviter cette politique néfaste pour nous est de s’opposer fermement à celle-ci. Par contre, on peut agir de notre côté en s’attaquant à nos défauts. En effet, puisqu’ils émanent de notre propre mouvement, il est possible de les influencer et d’en réduire les conséquences. On peut donc s’attaquer aux causes de notre désorganisation et de notre faiblesse qui sont intrinsèques. Ces causes, comme on l’a dit, sont les divisions internes.

Nos divisions nous affaiblissent

En quoi les divisions de la Gauche radicale jouent-elles sur sa désorganisation et sa faiblesse? Elle est désorganisée parce qu’il semble impossible d’organiser et de coordonner les forces progressistes en raison de ses divisions idéologiques internes. Elle est faible parce que ses ressources sont éparpillées dans différents groupes et aussi parce qu’ils gaspillent beaucoup leur énergie en attaques entre les groupes divergents au lieu de diriger celles-ci contre les oppresseurs. Cette situation semble contradictoire puisqu’elle nous affaiblit et qu’elle engendre des guerres fratricides. Il y a déjà beaucoup à faire pour s’opposer au capitaine qui nous envoie dans les récifs et il serait stupide de se chamailler entre matelots, alors que le destin de chacun dépend de l’action commune de tous les matelots.

L’efficacité des forces progressistes vient de la convergence, voire de l’union de celles-ci. Pour ce faire il faudra poser nos petites valises idéologiques et entamer un dialogue. Il faudra dialoguer en évitant les postures idéologiques et plutôt discuter avec un angle rationnel. Il existe des points de convergences fondamentaux qui devraient nous permettre de nous rassembler sur des enjeux concrets en laissant les points théoriques polémiques aux groupes de débat. Les points de convergences fondamentaux seront la base d’un accord visant la fin des divisions. D’ailleurs, la convergence est la prérogative à la construction d’un rapport de force solide basé sur les intérêts de la majorité de la population.

La Gauche radicale parle la même langue dans une multitude d’accents. Il convient de ce fait de reconnaître cette langue commune afin de recréer un climat de coexistence et de convergence. Ce climat sera propice au débat nécessaire et à la mise à l’épreuve des idées, ce qui fait avancer la critique et la solidité du discours. C’est pourquoi j’ai décidé de mettre sur papier les principesste et les principes communs

Tout d’abord, il faut définir ce qu’est la Grande famille socialiste puisque ces principes communs reposent sur ce concept. La Grande famille socialiste correspond à la Gauche radicale rejetant le capitalisme autant sous sa forme économique que politique et mettant de l’avant une société axée sur les intérêts concrets de la majorité de la population. Par conséquent, les grands courants que sont l’anarchisme, le trotskysme, le léninisme, le marxisme-léninisme et la social-démocratie (la social-démocratie dans le sens de l’abolition du capitalisme par réformes et à ne pas confondre avec le social-libéralisme qui accepte le capitalisme tout en lui donnant un visage soi-disant « humain »), etc.

Cette famille a comme base théorique commune des principes communs. Il y a la démocratie sur le plan politique. Ensuite, il y a la socialisation des moyens de production sur le plan de l’économie et il convient de mentionner que cette socialisation peut se faire par la nationalisation, le syndicalisme révolutionnaire et le coopérativisme. Sur le plan socio-économique, il y a la réduction des inégalités et l’abolition de celles-ci, ce qui mènerait à l’abolition éventuelle des classes sociales. Sur le plan des valeurs, il y aurait la solidarité et le collectivisme en opposition à la concurrence et l’individualisme. Finalement, j’ajouterais audacieusement l’écologie puisque l’on est devant la nécessité de renverser la tendance destructrice de l’économie et puisque l’on est devant le constat que ce sont les classes laborieuses qui écopent le plus souvent de la détérioration de l’environnement au profit des intérêts marchands.

Ces principes communs sont les principes de base les plus communément admis chez la Grande famille socialiste et ayant chacun leurs interprétations particulières divergentes ou non.

Les conflits idéologiques : un obstacle au travail commun

Malgré ces principes la convergence n’est toujours pas assurée, car les conflits idéologiques font et feront toujours rage au sein de la Gauche. Ce qu’il faut c’est que les conflits idéologiques n’empêchent pas la collaboration entre les tendances. Or, l’unification de la Gauche sur une base programmatique ne peut que difficilement avoir lieu dans les conditions actuelles, c’est-à-dire en adoptant un même projet politique avec les mêmes revendications, politiques ou actions.

Cet état de fait nous tourne donc vers la pratique. Si la convergence ne peut se faire sur une base programmatique, alors ce qu’il reste ce sont des revendications concrètes sur des enjeux concrets. Considérant les principes communs qui sont partagés par toutes les tendances de la famille socialiste, la plupart de celle-ci devraient avoir une réponse relativement semblable aux enjeux sociaux concrets : meilleures conditions de travail, hausse des salaires, opposition à la répression politique de la droite et de l’appareil d’État, renforcement du syndicalisme, émancipation des groupes sociaux opprimés, etc. L’existence d’enjeux concrets va provoquer la convergence inconsciente des différentes tendances sur des points précis (chaque enjeu) et c’est de là que pourront émerger des revendications concrètes communes. La convergence de la famille socialiste peut se faire actuellement par la corrélation des revendications sur des enjeux concrets.

L’articulation de ces revendications

C’est bien beau d’avoir des revendications, mais il reste encore la manière de les mettre de l’avant ou plutôt d’orienter l’action politique en vue d’obtenir ce qui est réclamé. Or, nous savons tous que chacune des tendances aura sa préférence pour l’une ou pour l’autre et on verra le plus souvent les débats idéologiques tourner autour de la manière d’avancer.

Considérant que la convergence programmatique est loin et donc que les groupes issus des tendances différentes ont peu de chance de s’unir (minimalement dans une coalition et optimalement au sein d’une seule organisation large), il est nécessaire d’empêcher que tous se marchent sur les pieds et il est surtout nécessaire d’éviter qu’un conflit ouvert fasse rage, ce qui serait fratricide et condamnerait la Gauche radicale à demeurer une galaxie de groupuscules inefficaces. On peut empêcher cette situation et œuvrer à la convergence en adoptant un concept d’action : la pluralité des approches.

La pluralité des approches dépasse le simple concept de diversité des tactiques. Elle sous-tend que tous les moyens peuvent être utilisés afin de faire avancer le projet socialiste, qui est de combattre le capitalisme et de faire valoir le progrès social. Par conséquent, ce concept comporte deux volets principaux dont vont découler plusieurs pratiques : l’activité extra-parlementaire et intra-parlementaire. La coexistence de ces deux volets est litigieuse et c’est que qui nous amène à ce que ce concept cherche à mettre de l’avant : la possibilité d’entreprendre plusieurs actions et de la possibilité de coopérer entre les acteurs ayant opté pour des stratégies distinctes, mais ayant le même but progressiste.

Le désavantage est que l’activité politique peut devenir contradictoire si chacun s’accepte, mais reste de son côté. C’est pourquoi il faudra continuellement des débats constructifs et des combats communs contre le capitalisme et pour le socialisme, ce qui nécessite une coordination minimale entre les différentes approches. Cette coordination pourra éventuellement donner lieu à une stratégie englobante et commune aux groupes de différentes tendances.
Face à l’avancée de l’agenda néolibéral, qui n’est que l’une des nombreuses attaques de la droite au cours de l’histoire du capitalisme, il est nécessaire de trouver une convergence. C’est pourquoi la construction d’un rapport de force passera par la reconnaissance de points convergents basés sur les principes communs, par des revendications unies sur des enjeux concrets et par l’admission du principe de la pluralité des approches en ce qui concerne l’action politique de chaque groupe, visant à terme une stratégie large.

La gratuité scolaire : Une revendication en perte de vitesse

Depuis quelques années, nous pouvons apercevoir une perte constante du poids politique de la jeunesse dans les questions sociales. Ce constat est assez simple à faire lorsqu’on observe les principaux enjeux des dernières périodes électorales, soient : l’économie, la création d’emploi et la santé. Alors, qu’est-ce qui peut expliquer cette perte de vitesse dans les revendications de notre jeunesse? Est-ce simplement une conséquence du poids démographique de celle-ci ou le problème est plus complexe?

Nous nous sommes penchés sur la question pour tenter de comprendre le phénomène d’après une revendication importante pour la jeunesse depuis les années 60 : la gratuité scolaire et la lutte contre la hausse des frais de scolarité. Sans prétendre avoir fait le tour de la question, nous avons brossé un tableau qui permet de comprendre le problème, en grande partie.

Nous avons constaté que les baby-boomers, qui sont devenus adultes vers les années 70, entreront dans la tranche d’âge des 65 ans et plus en 2020. La recherche effectuée s’est donc posée de 1966 jusqu’en 2014, deux ans après le printemps étudiant, pour bien étudier l’évolution de la pensée de ceux-ci en comparant la pensée politique dans la jeunesse québécoise d’aujourd’hui. Nous avons utilisé des concepts du réalisme et du néo-gramscisme comme grille d’analyse. Le réalisme suppose que l’action des individus est uniquement axée sur la maximisation de ses intérêts. En ce sens, nous formulons l’hypothèse que les intérêts individuels, avec l’âge, l’emportent sur les idéaux de la jeunesse. La deuxième hypothèse mobilise des concepts néo-gramscien, car elle soutient qu’avec le temps, l’idéologie dominante transforme la conscience politique des individus qui composent la société.

Nous avons collecté neuf sondages pour étudier le phénomène et prendre un pouls approximatif d’une forme de pensée dominante dans la population d’hier à aujourd’hui. Dans ces neuf sondages, plusieurs questions incorporaient toutes les facettes utiles pour dégager une sorte d’idée politique dominante dans la population. D’une à trois questions pertinentes ont été retenues pour chaque sondage. Les sondages sur la gratuité scolaire sont nombreux et essentiels pour suivre l’évolution de la pensée de la population sur le sujet. Les sondages traitant de la hausse des frais de scolarité ont aussi été sélectionnés, car ce sujet a été prépondérant durant les dernières années considérant les nombreuses tentatives du gouvernement à tenter de l’implanter.

Historique des sondages

La commission Parent, qui proposa la création des Cégeps, suggéra aussi d’investir publiquement pour permettre la gratuité scolaire de la maternelle au postdoctorat. L’objectif derrière cette suggestion était de rendre accessible l’éducation à tous et à toutes, indépendamment de leur statut socio-économique. Le premier sondage étudié était celui de 1966. La population du Québec est alors majoritairement en accord (84%) avec la proposition d’une gratuité scolaire de la 11e année (l’équivalent de notre secondaire 5) jusqu’à l’université. Ce taux passe à 73% pour une gratuité scolaire intégrale incluant la scolarité universitaire.

Depuis cette époque, les gouvernements ont plutôt choisi de hausser les frais de scolarité, bien qu’ils aient été mandatés d’instaurer la gratuité scolaire. Les étudiant-es se sont organisé-es, se sont mobilisé-es et ont lutté contre ces décisions qui allaient à l’encontre de l’idéal proposé dans la commission Parent. En 1989, le gouvernement a surpris les étudiant-es en haussant les frais de scolarité sans que ces dernier-ères aillent le temps de réagir. En 1991, le gouvernement tenta encore de hausser les frais de scolarité, mais la société québécoise rejetait à 76% ce projet. Durant toute cette période s’étendant jusqu’à 2007, la population du Québec s’est opposée aux hausses des frais dans l’éducation supérieure.

Revirement en 2007

En 2007, le premier revirement survient. Bien que la population soit contre la hausse de 100$ proposé par le gouvernement Charest (61%), elle s’attend majoritairement à ce que ce dernier mette en place une deuxième hausse avant la fin de son mandat. Lors du printemps québécois de 2012, la population se polarise pour la première fois sur la question de la hausse des frais de scolarité. Près de 48% des répondant-es sont davantage favorables à la position du gouvernement tandis que 44% prennent le parti des étudiant-es. La CLASSE, principal acteur étudiant durant le conflit avec le gouvernement, s’opposait à la hausse des frais dans une perspective de gratuité scolaire. Malheureusement pour certain-es et heureusement pour d’autres, cette option n’a pas été bien reçue dans la population en général. Aujourd’hui, la société québécoise a accepté la position nuancée du Parti Québécois, soit l’instauration d’une indexation annuelle des frais dans les institutions d’éducation supérieure (50%).

Les concepts et la conclusion

Dans le sens du réalisme politique prôné par le chroniqueur Éric Duhaime, il est possible que les baby-boomers aient choisi une vision sociale-démocrate de l’État durant les Trente gloriseuses, car elle avantageait leurs intérêts. Aujourd’hui, toutefois, le modèle néolibéral de la sociale démocratie ne sert plus leurs intérêts. L’amalgame erroné entre le modèle de la sociale démocratie des années 60 et celui de l’austérité des années 2010 serait la raison première pourquoi les baby-boomers n’appuient plus le projet qu’ils défendaient dans leur jeunesse, soit la gratuité scolaire.

Le marxiste Antonio Gramsci soutient que les masses adoptent l’idéologie dominante bourgeoise en l’intériorisant. L’idéologie dominante est promulguée par les médias et le système d’éducation, mais aussi par les intellectuels, les gouvernements, les États voisins, etc. pour former une hégémonie, une vision globale du monde. Cette dernière, émanation des classes dominantes, est vue comme « naturelle », rationnelle puisqu’elle émane du « gros bon sens ». Le Québec qui se relevait d’une grande noirceur a adopté la social-démocratie et a instauré plusieurs mesures de gauche. Les syndicats étaient très organisés et en étaient de combat, surtout au début des années 70. Cela a concrétisé le Front commun intersyndical de 1972. Les moyens d’action privilégiés ont été les grèves sauvages, la désobéissance civile, les manifestations et les lignes de piquetage dur. C’est dans les années 80, où l’idéologie néolibérale a commencé à s’implanter en Occident qu’au Québec, les critiques envers les syndicats ont fusé de toutes parts. Ils devaient changer leur angle d’approche, cesser de prendre la population en otage et travailler main dans la main avec le patronat pour trouver des solutions (ça ne vous rappelle rien?). L’idéologie a fait son bout de chemin. Selon une étude de l’IRIS, le gouvernement s’était acharné, entre 2005 et 2010, à convaincre la population qu’une hausse des frais de scolarité était nécessaire. Avec les coupures dans les services publics depuis les années 1980-90 et la montée de l’individualisme, les Québécois-es étaient mûr-es pour accepter l’idéologie dominante.

Les deux concepts du réalisme politique et de l’hégémonie paraissent contradictoires. Au final, ils s’emboitent comme des poupées russes. Les conditions matérielles des baby-boomers, qu’on pourrait nommer de l’égoïsme en usant du lexique du réalisme politique, constituent justement l’idéologie dominante qui s’est immiscée réellement dans la société québécoise à l’aube des années 80 avec la transformation idéologique des syndicats. Après les attaques gouvernementales répétées pour hausser les frais de scolarité entre 2005 et 2010, la population était prête à changer son fusil d’épaule et accepter concrètement l’idéologie dominante. Cela n’est toutefois pas une fatalité. Une telle situation dynamique peut s’inverser. Il n’en tient qu’à nous.