Leçons de P2015: Éviter les pièges cet automne

L’épisode de grève étudiante du printemps a déçu et frustré beaucoup d’étudiant-es de l’UQAM, même si peu osent le dire. Beaucoup de personnes ont fait confiance aux comités Printemps 2015 pour mener à bien le mouvement de grève « contre l’austérité et les hydrocarbures ». Dès janvier, nous critiquions le manque de représentativité et les limites stratégiques inhérentes à ces comités1. La base étudiante doit dès maintenant tirer les leçons du Printemps 2015 afin d’éviter de tomber dans les mêmes pièges cet automne.

Affiche du comité Printemps 2015

Affiche du comité Printemps 2015

Décimons d’emblée une confusion entourant les comités Printemps 2015 (P2015) : non, « comités Printemps 2015 » et « mouvement étudiant » ne sont pas synonymes. Les comités P2015 ne sont pas des associations étudiantes ni des comités de liaisons officiels. Ils n’ont de compte à rendre à personne, contrairement aux comités et assos légitimes. Il s’agit d’un réseau de comités militants autoproclamés et décentralisés. Malgré l’usage systématique du « nous » dans leurs publications, les comités P2015 organisent principalement des cercles restreints de militant-es radicaux universitaires localisés à Montréal. Bien que ces militant-es soient marginaux au sein du mouvement étudiant, leurs idées y a toutefois exercé une influence majeure en terme de stratégies de mobilisation, de liens identitaires et de discours politiques.

Du 23 mars au 6 avril, des associations étudiantes – structures légitimes et représentatives du mouvement étudiant – regroupant près de 60 000 étudiant-es ont démocratiquement voté différentes modalités de grève contre l’austérité. Leur débrayage a été tout aussi massif lors des manifestations des derniers mois (80 000 étudiant-es le 31 octobre 20142, 135 000 le 2 avril 20153 ou encore 40 000 le 1er mai 20154). Les comités P2015 ont joué le rôle important d’avant-garde politique dans la mobilisation, l’orientation politique et l’organisation de ces actions.

Leur structure en réseau leur a aussi servi de prétexte pour prendre des décisions à la place de la majorité, au nom de la Cause et de l’auto-organisation de la base. Ainsi, les étudiant-es grévistes de l’UQAM n’ont jamais été consulté-es pour le piquetage dur du 30 mars, pour les levées de cours houleuses ou pour le saccage qui a suivi l’occupation du pavillon DS le 8 avril. La série d’actions qui ont défrayé la manchette n’a jamais fait l’objet de débats ou de décisions démocratiques larges.

Absence de leadership des assos
Si des groupuscules et des individus radicaux ont réussi à avoir autant d’attention et d’influence, c’est en grande partie dû au manque de leadership cohérent et militant provenant des assos étudiantes locales et nationales. À l’UQAM, par exemple, certain-es élu-es étudiant-es ont déserté leur mandat en déléguant aux comités P2015 le travail politique à accomplir auprès de leurs propres membres.

À l’AFELC5, personne n’a cru bon d’organiser des campagnes politiques massives ou de faire appel aux quelques 4 000 membres durant les deux semaines et demie de grève de l’association : rien sur la page Facebook, rien sur le site, aucune affiche dans l’UQAM. Un courriel d’invitation de masse a toutefois été envoyé le 26 mars au sujet des actions entourant les menaces d’expulsions politiques planant sur neuf militant-es. Le seul travail officiel a été réalisé entre la poignée de militant-es du comité de mobilisation, principalement organisé à travers son groupe Facebook fermé.

Le bilan du printemps nous force à questionner l’efficacité et l’aspect antidémocratique des stratégies d’actions commandos élaborées par les cliques de militant-es. À terme, leur intervention ultraradicale a été l’un des facteurs principaux dans la désarticulation du mouvement étudiant, plongé de manière précipitée dans une grève sans objectifs clairs, concrets et atteignables. Le déphasage entre la conscience politique des élites militantes et celle de la majorité des étudiant-es a conduit à deux pièges majeurs :

– la volonté de remplacer par une « démocratie directe » issue de l’auto-organisation la démocratie représentative des structures officielles ;
– la formulation d’un discours toujours plus radical, malgré l’essoufflement du mouvement de contestation.

Quels gains le mouvement de grève du printemps nous a-t-il permis d’obtenir ? Objectivement, aucun. Subjectivement, il aura participé à la radicalisation de nouvelles couches de la population, principalement étudiantes. Leur révolte nécessite toutefois d’être canalisée de manière constructive et efficace cet automne. Pour l’instant, nous nous retrouvons devant une répression et des reculs historiques qui prendront des mois, sinon des années à surmonter. Quelques épisodes déterminants du printemps sont survolés plus bas.

Manifestants, 23 mai 2015, Montréal. Source: Isabelle Lévesque

Manifestants, 23 mai 2015, Montréal. Source: Isabelle Lévesque

Le lien avec la majorité
Même les militant-es de bonne foi peuvent perdre le lien qui est sensé les unir à la majorité de leurs congénères. Le pouls des autres devient de plus en plus difficile à prendre lorsque l’on est obnubilé-e par sa pratique militante, entouré-e presque exclusivement de ses camarades de lutte et enrobé-e dans un environnement Facebook qui conforte nos opinions.

La mauvaise foi surgit au moment où, plutôt que de constater l’ampleur de la tâche et de faire les efforts adéquats pour convaincre ces autres, on rejette la faute sur cette majorité « endormie », « incapable de comprendre », voire « de droite ». Les explications mécanistes deviennent alors bien commodes pour éviter l’autocritique et se victimiser face au pouvoir « manipulateur » des médias et « corrompu » des structures. Si ces risques sont et ont toujours été présents, ils ne constituent pas une fatalité discréditant à tout jamais ces institutions. Ce type de logique revient un peu à réclamer l’abolition de Code de la sécurité routière puisque, de toute façon, des accidents mortels surviennent toujours.

Ce qui a fait le succès de la CLASSE en 2012 (sa nature de coalition large et unie, son travail patient de mobilisation en région, ses revendications claires reposant sur un argumentaire étoffé, ses porte-paroles efficaces, un discours radical accessible et des pratiques démocratiques exemplaires) n’a pas été reproduit ce printemps.

Démocratie directe et démocratie représentative
La popularité des actions et de la structure des comités P2015 étaient toutefois en mesure de maximiser le pouvoir mobilisateur des assos et des comités étudiants. L’organisation en groupes affinitaires ou en réseau n’exclut pas forcément celle des structures représentatives. En fait, ces deux approches ont besoin l’une de l’autre pour grandir. Un exemple d’actualité internationale le démontre bien : l’organisation politique des Indignados espagnol-es a mené à la création du parti Podemos, qui vient tout juste de se hisser à la tête des mairies de Madrid et de Barcelone.

La rhétorique des comités P2015 oppose une vision idéalisée de la démocratie directe à une conception sclérosée de la démocratie représentative. Elle pose un faux dilemme aux militant-es : vous êtes avec les « meutes enragées » ou vous êtes avec les bureaucrates des syndicats et des assos. En fait, la démocratie directe est un complément à la démocratie représentative, en même temps qu’un instrument de sa transformation.

Pour s’affirmer, le philosophe Jean-Marie Vincent soutient que la démocratie directe a besoin « d’un terrain longuement labouré par des institutions vivantes et par les luttes autour de leur mode de fonctionnement ».6 La démocratie directe ne vise pas à subvertir la représentation en la supprimant. Elle la contraint à fonctionner autrement. Elle l’oblige « à entrer dans une dialectique de la base au sommet qui l’emmène loin de ses habitudes de distorsion et de déformation des aspirations populaires dans le travail de définition de la volonté populaire »7. Si la démocratie directe est l’oxygène de la démocratie représentative, cette dernière est le poumon qui offre la puissance de respiration à la démocratie directe.

Il est essentiel de coordonner l’auto-organisation à la base avec les structures représentatives étudiantes afin de plonger le plus de monde possible dans la lutte. Bien que cela a été le souhait de P20158, son approche a plutôt été celle du conflit et de la compétition avec l’ASSÉ, les assos et les comités étudiants. Les comités P2015 auraient pu servir d’articulation pour mobiliser massivement les étudiant-es sur la base de stratégies et d’actions concertées et démocratiquement décidées. Ils ont plutôt cédé aux pulsions révolutionnaires, jetant par-dessus bord la discipline, la rationalité et l’esprit de stratégie nécessaires pour vaincre un ennemi plus fort que nous.

Affiche du comité Printemps 2015 à l'UQAM

Affiche du comité Printemps 2015 à l’UQAM

Un discours identitaire
Dès l’automne 2014, le discours de P2015 s’articule autour des thèmes de la lutte, de la révolte, de la meute de loups enragés et d’une « grève sociale inévitable »9 au printemps. Le matériel d’information et les produits dérivés à l’effigie du loup ont été très utiles pour construire une identité gréviste forte. À l’image du carré rouge des grèves précédentes, le marketing politique agressif de P2015 a réussi à canaliser la colère d’une couche militante d’étudiant-es. La rhétorique émeutière de P2015 n’a toutefois pas offert d’orientations stratégiques adaptées aux différentes étapes du mouvement de protestation.

– La grève générale, partout tout le temps
Tout le discours de P2015 est articulé autour de la grève générale comme fin en elle-même et comme moyen à utiliser à toute occasion et en tous lieux. Le matériel de P2015 fait la promotion de l’idée et des modalités de la grève générale, mais reste discret quant à sa nécessité stratégique. Les tracts parlent de son potentiel de « menace » et de « rapport de force »10 face au gouvernement, mais surtout de l’urgence de faire cette grève et de la reconduire coûte que coûte11. On cherchera en vain les réponses aux questions : quelles stratégies adopter si cette grève n’a aucun effet sur l’UQAM et le gouvernement ? Que faire sous l’injonction ? Et si les étudiant-es ne veulent plus faire la grève ?

En outre, plusieurs assos se sont mises à faire la promotion de la grève après l’avoir votée en assemblée générale. Contrairement à 2012, on aura tenté sans succès d’assister aux débats préparatoires, aux séances d’information ou aux campagnes sérieuses sur les enjeux d’une grève.

Panneau d'affichage devant le local de l'AFÉA à l'UQAM

Panneau d’affichage devant le local de l’AFÉA à l’UQAM

Contrairement à ce qu’affirme l’AFÉA12, la grève ce n’est pas du « bonbon », du moins pas pour la majorité des étudiant-es de l’UQAM. C’est un sacrifice familial pour les parents étudiants. C’est un sacrifice économique pour ceux et celles qui vivent sous le seuil de la pauvreté et dont les jours de travail sont comptés. C’est un sacrifice physique et psychologique pour les personnes brutalisé-es par la police. Si certain-es font ces sacrifices en toute connaissance de cause, ces personnes n’ont ni l’autorité morale ni la légitimité d’en demander autant aux autres. Le militantisme est parfois un luxe que certain-es ne peuvent pas se permettre. Le nier, c’est mépriser les conditions d’existence des classes travailleuses et populaires, de la majorité.

Pour une approche transitoire
Cela ne justifie pas l’inaction pour autant. Les coupures et les hausses enragent les gens. Le « monde ordinaire » ne développe toutefois pas automatiquement une conscience politique des rouages du capitalisme et de la nécessité du socialisme. Voilà pourquoi il est nécessaire de prendre ces personnes-là où se situe leur réflexion et leur indiquer de manière compréhensible le chemin à emprunter pour lutter efficacement et gagner.

Malgré ce que P2015 prétend13, le mouvement du printemps n’a pas « repris » là où la grève de 2012 s’est arrêtée. La conscience politique des étudiant-es ne suit pas une pente ascendante continue. Elle connaît des périodes d’avancement et de recul auxquels nous devons nous ajuster avec flexibilité. Il ne s’agit pas de demeurer dans le statu quo en se collant à la conscience immédiate des gens. Pas plus que de s’en déconnecter en se projetant à des années-lumière devant elle. Le défi demeure celui d’analyser constamment la situation afin d’identifier la prochaine étape, la prochaine revendication qui permettra au mouvement d’avancer de manière unie et combative.

Depuis le 1er mai, date ultime d’une « grève sociale » qui n’est jamais advenue, le mot d’ordre de P2015 semble être celui de la grève générale à l’automne. Continuer de réciter ce mantra ne fera que braquer encore plus ceux et celles qui doivent la faire, cette grève générale. Durant le printemps, les comités P2015 ont prêté de fausses intentions de grève aux syndicats du milieu de la santé14 et ont mal analysé l’état de conscience parmi les étudiant-es. Le mouvement gréviste qu’ils ont conduit s’est effondré aussi vite qu’il s’est bâti. Cette approche n’a mené à aucune victoire, au contraire.

Pour des objectifs clairs et envisageables
Cet automne, ça passe ou ça casse. La fenêtre de lutte historique qui s’ouvre avec le renouvellement des conventions collectives des 577 700 employé-es du secteur public et parapublic ainsi que la mobilisation sans précédent contre l’austérité a le potentiel de faire tomber le gouvernement. Une campagne axée sur une journée nationale de perturbation économique couplée à une grève générale syndicale de 24h a des chances de se réaliser. Encore faut-il que la base syndicale s’organise elle-même pour la mener, malgré l’opposition de leur propre direction. Pour s’assurer un impact certain, les syndiqué-es devront aussi formuler des revendications capables de toucher et de mobiliser l’ensemble des classes travailleuses populaires.

À l’UQAM, avant de tenter de mobiliser les étudiant-es autour d’une grève générale illimitée, les militant-es devraient penser à une campagne massive sur l’utilité et la nécessité du syndicalisme étudiant. Sinon, nous risquons de nous retrouver face à de nouvelles vendettas visant à dissoudre nos assos. La possibilité de grève des membres du SPUQ15, du SÉTUE16 et du SCCUQ17 à l’automne offre une occasion de se coaliser autour de demandes précises comme l’arrêt des coupures et la réembauche de professeur-es, le transfert de postes de chargé-es de cours dans le corps professoral et le renforcement de la cogestion universitaire.

De plus, l’évidence de l’imposition d’une loi spéciale ou d’un décret du gouvernement nous force dès maintenant à élaborer une stratégie concernant l’action illégale. Dans un tel contexte défavorable, nous courrons à notre perte si l’accent n’est pas mis dès maintenant sur la mobilisation démocratique du plus grand nombre.

Il est essentiel de se fixer des objectifs clairs et envisageables qui pointent vers un changement social radical. Sinon, comment ferons-nous pour savoir qui a gagné, quand arrêter ou quand continuer ?

Quelques épisodes déterminants du printemps
– La perte de l’AFESPED
En février, des étudiant-es opposé-es à la grève obtiennent la tenue par l’UQAM d’un référendum électronique concernant la représentativité de l’AFESPED18. À l’issue du scrutin en mars, une faible majorité d’étudiant-es désavouent leur association19, ce qui met fin à sa reconnaissance par l’UQAM. Ce résultat aurait dû servir d’électrochoc pour faire réaliser la gravité du problème qui déchire les étudiant-es sur la question du syndicalisme estudiantin. Plutôt que de mener une campagne honnête sur l’enjeu de fond – la lutte pour le leadership politique de l’asso –, les exécutant-es tentent de dépolitiser le problème en misant sur une campagne axée autour des services offerts par l’association. L’occasion d’élaborer une stratégie adéquate pour convaincre la majorité de la nécessité du syndicalisme militant est ratée. Les étudiant-es perdent ainsi une structure démocratique, un outil économique et politique important en se divisant sur des lignes politiques intransigeantes.

Manifestants bloquant une porte du pavillon Judith Jasmin le 30 mars 2015. Source: Patrick Sanfaçon

Manifestants bloquant une porte du pavillon Judith Jasmin le 30 mars 2015. Source: Patrick Sanfaçon

– Le piquetage dur
À la fin du mois de mars, le blocage de l’UQAM par des militant-es radicaux sert sur un plateau d’argent le prétexte à la direction pour faire appliquer une injonction contre toutes les levées de cours et tous les blocages. Les étudiant-es grévistes et le personnel de l’UQAM ne sont ni consulté-es ni mobilisé-es pour cette action. La représentante des étudiant-es au Conseil d’administration et au Comité exécutif de l’UQAM, Justine Boulanger, défend cette approche en affirmant que toutes les actions ne peuvent pas être « nécessairement » expliquées à tout le monde. « Tout ne peut pas provenir des AGs ou des comités, et c’est tant mieux ainsi », écrit-elle sur Facebook20.

Certain-es militant-es s’aliènent leurs propres appuis en tabassant des employé-es venu-es travailler. Les passant-es ont droit à des insultes de cégépien-nes arborant fièrement leur bannière « Brûle toute » et « ACAB ». Les militant-es radicaux bloquent l’accès à l’université à des milliers d’étudiant-es qui ne sont pas en grève, principalement ceux et celles de l’École des sciences de la gestion, et forcent l’annulation de la première journée de collecte de sang annuelle d’Héma-Québec. D’autres indiquent faussement sur une bannière qu’ « aucun cours, évaluation ni remise n’auront lieu » à l’AFELC, bafouant ainsi les dérogations décidées en AG.

Dépourvu de message unificateur et d’effectifs, le blocage s’essouffle en fin d’après-midi sans établir de rapport de force avec l’UQAM, encore moins avec le gouvernement. Organisée de manière ouverte et démocratique, cette action aurait toutefois pu constituer la meilleure façon de faire entrer la communauté uqamienne en lutte. Elle aura pu survivre à l’injonction si elle avait été appuyée sur une mobilisation de masse et des revendications concrètes.

Manifestation devant le CHUM à Montréal le 1er avril 2015

Manifestation devant le CHUM à Montréal le 1er avril 2015

– Le ludique avant la solidarité
Le 1er avril, au moment où la grève étudiante bat son plein, P2015 organise une manifestation de « solidarité étudiante avec le secteur de la santé »21. Cette solidarité avec les employé-es de ce secteur fait partie du discours de P2015 depuis le mois de janvier. La manifestation débute au Cégep du Vieux-Montréal, passe devant le CSSS Jeanne-Mance et termine sa course devant le CHUM. Il s’agit de l’action principale organisée par P2015 pour démontrer concrètement sa solidarité avec des travailleur-euses hors de l’UQAM. Des 1 000 personnes qui indiquent vouloir y participer sur l’événement Facebook, seule une cinquantaine vont appuyer les employé-es dans la rue. Près de 600 étudiant-es préfèrent participer à une autre activité de P2015, une fausse manifestation de droite, qui s’arrête cinq minutes devant le CHUM pour scander « À bas les syndicats! ».

Le manque de cohésion politique et organisationnel des comités P2015 joue un rôle majeur dans l’échec de cette action. Appeler à un « front social contre l’austérité » n’est pas suffisant pour qu’il se matérialise. La solidarité n’est pas uniquement un principe, un concept abstrait. Il s’agit d’une pratique sociale qui s’apprend et qui s’opère dans le concret des luttes.

– La démission en bloc à l’ASSÉ
Lors du congrès de l’ASSÉ les 4 et 5 avril, la coordination nationale veut discuter d’un arrêt de la grève en vue d’une reprise à l’automne. Payant pour son manque de leadership des derniers mois, elle démissionne en bloc sous la pression de militant-es radicaux. Ces dernier-ères font d’ailleurs voter une motion de « destitution symbolique » à l’exécutif sortant22, rajoutant l’insulte à l’injure. Le ton vindicatif de la nouvelle équipe en faveur du maintien de la grève consacre la chute du mouvement. Le 10 avril, seuls 7 % des étudiant-es collégiaux et universitaires du Québec sont en grève. Le bilan nul et les stratégies inefficaces des assos et de P2015 jouent un rôle de premier plan dans le vote pour le retour en classe, notamment à l’AFELC.

– Le saccage du DS
Le 9 avril, la diffusion d’images du saccage ayant suivi l’occupation du pavillon J.-A. De Sève, la veille, participe à diminuer le peu de soutien populaire à la lutte étudiante. Avant même la diffusion de ces images, un sondage Léger-Le Devoir mené du 6 au 9 avril indique que 66 % des sondé-es désapprouvent le mouvement de grève étudiante contre 24 % qui l’approuvent. Seule la tranche des 18-24 ans appuie massivement la grève à 47 %23.

L’occupation survient à la suite d’une intervention injustifiée sur le campus d’une centaine de policier-ères venu-es y arrêter des étudiant-es qui procédaient à des levées de cours illégales. Si l’occupation se déroule dans une atmosphère festive, les choses se gâtent en fin de soirée. Les participant-es peuvent alors constater le vrai visage du « comité invisible » et des autres insurrectionalistes. Certains étudiants sont roués de coups en tentant d’empêcher les ultraradicaux de faire de la casse. Cela ne les empêche pas de fracasser les vitrines du Service à la vie étudiante, service qui finance à coût de dizaines de milliers de dollars les comités auxquels leurs propres groupes s’abreuvent. En outre, l’argent de la caisse du café étudiant Tasse-toi est dérobé. Un petit mot cynique y est laissé: « On aime les cafés autogérés ».

Tout casser en désespoir de cause n’a ni favorisé la solidarité des luttes ni permis d’établir un quelconque rapport de force. La « diversité des tactiques », si elle peut être utile dans certains cas, ne mène à rien lorsqu’elle est utilisée comme un chèque en blanc permettant à n’importe qui de faire n’importe quoi, n’importe où.

Les jours suivants, des poèmes anonymes sont distribués dans l’UQAM. Ils parlent des événements comme d’une « œuvre d’art » relevant de la « poésie ». L’AFÉA fait quant à elle imprimer des affiches affirmant que « Le vandalisme est une vue de l’esprit ».

Greve_P2015_01– L’essoufflement
Après la manifestation nationale du 2 avril, le mouvement de contestation se rabougrit à son noyau militant du centre-ville de Montréal. Le 10 avril, 85 % des grévistes sont localisé-es à Montréal (42 % à l’UQAM, 25 % au Cégep du Vieux-Montréal, 18 % à l’Université de Montréal) tandis que 15 % s’en trouvent à l’extérieur 24. À la fin avril, des militant-es érigent une série de campements de fortune sur le terrain de différents Cégeps (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Rosemont, Maisonneuve, Lionel Groulx, Sherbrooke, Saint-Hyacinte, Valleyfield, Jonquière). La plupart des campements sont démantelés en mai.

– Les menaces d’expulsions politiques
Au début avril, le discours de P2015 se recentre autour de la lutte contre la « dérive austéritaire » et les menaces d’expulsions politiques à l’UQAM. Cette campagne, concrète dans ses revendications et forte de nombreux appuis, échoue cependant à mobiliser massivement les étudiant-es. À notre avis, il serait avantageux de mettre l’accent sur la menace que constituent les possibles expulsions politiques pour la cogestion universitaire. Cela permettrait de dépersonnaliser l’enjeu et de toucher le concret du cursus scolaire des étudiant-es (commande de cours, entente d’évaluation, structure des programmes, etc.).


1. Julien Daigneault. L’horizontalité une erreur stratégique. dans Réflexions socialistes vol.2 #1 Hiver 2015. p.4
2. Arnaud Theurillat-Cloutier. La plus grande mobilisation sociale depuis le « printemps érable ». dans ricochet.media. 03-11-2014.
3. La Presse Canadienne. Imposante manifestation au centre-ville de Montréal. dans lapresse.ca. 02-04-2015.
4. Coalition du 1er mai. Mandats de grève.
5. Association facultaire étudiante de langues et communication de l’UQAM
6. Jean-Marie Vincent [1983] Démocratie représentative et démocratie directe. dans La gauche, le pouvoir, le socialisme. Hommage à Nicos Poulantzas. Presses universitaires de France. Paris. p.72
7. Ibid p.71
8. Printemps 2015. Montrer les crocs.
9. Printemps 2015. Vers une lutte commune au printemps. Tract.
10. Printemps 2015. Questions et réponses : grève générale reconductible. Tract.
11. Printemps 2015. Pourquoi reconduire la grève ? Tract.
12. Association facultaire étudiante des arts de l’UQAM
13. Printemps 2015. L’ASSÉ ne fait pas le printemps. 30-03-2015.
14. Anne-Marie Provost. Nouveau printemps étudiant à prévoir. dans 24h. 20-01-2015. p.5
15. Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAM
16. Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s de l’UQAM
17. Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM
18. Association facultaire étudiante de science politique et droit de l’UQAM
19. 625 votes en défaveur de la représentativité de l’AFESPED, 578 votes en faveur
20. Justine Boulanger, commentaire sur la page Facebook du Comité Mob AFELC. 30-03-2015.
21. Printemps 2015. « À Qui profite notre santé ? » Manifestation de solidarité étudiante avec le secteur de la santé – Quartier Latin. Événement Facebook.
22. ASSÉ. Texte entériné par le congrès de l’ASSÉ du 4 et 5 avril 2015. 06-04-2015.
23. Sondage Léger-Le Devoir. Politique québécoise. Pour publication le 11 avril 2015. p.16
24. La grève se poursuit au Vieux-Montréal après l’échec des pétitionnaires. dans ici.radio-canada.ca. 10-04-2015

Expulsions politiques à l’UQAM: une menace pour la cogestion!

Les évènements survenus à l’UQAM au cours des dernières semaines rappellent les méthodes managériales et autoritaires utilisées par le rectorat pour régler les conflits avec ses opposant-es.

L’objectif politique de l’injonction contre les levées de cours obtenue par l’administration de l’UQAM était de briser la grève en s’en prenant directement au pouvoir de grève des associations étudiantes. L’un des buts derrière les menaces d’expulsion pesant sur neuf militant-es est tout aussi politique : celui de court-circuiter et d’affaiblir la cogestion universitaire à l’UQAM, mode d’organisation unique au Québec et obtenue de chaude lutte.

L’UQAM musèle la voix des étudiant-es sur ses instances
Les étudiant-es visé-es par les expulsions ont directement été convoqués devant le Comité exécutif de l’UQAM plutôt qu’au Comité d’intervention supposé être la première instance (Politique nº25). Les étudiant-es convoqué-es n’ont pas eu de délai raisonnable pour préparer leur défense. Les dossiers de preuves ne leur seront divulgués que lors de leur comparution.

L’administration a d’abord convoqué la représentante étudiante sur le Conseil d’administration et le Comité exécutif de l’UQAM, Justine Boulanger, afin de s’assurer qu’elle ne puisse pas siéger et exercer son droit de vote dans le dossier.

L’administration a ensuite fermé le dossier de l’autre représentant étudiant sur le CA, René Delvaux, privant cette instance de toute voix étudiante.

La cogestion, un acquis à défendre!
Il est primordial de défendre la cogestion universitaire, revendication historique du mouvement étudiant, pour renforcer le pouvoir de la communauté uqamienne sur sa propre institution. Les professeur-es, chargé-es de cours, étudiant-es et employé-es ont une expertise spécifique. Leur présence sur les différents comités assure que les décisions prises concernant la recherche, l’administration ou l’aspect pédagogique les représentent réellement.

En renvoyant des étudiant-es impliqué-es sur des instances paritaires, le rectorat a le champ libre pour prendre des décisions dans son intérêt plutôt que dans celui des étudiant-es, des employé-es et du corps enseignant de l’UQAM.

Dès la création d’Étudiant-es socialistes UQAM en 2012, une résolution à l’égard de la cogestion universitaire et de la gratuité scolaire est prise:

Extrait de la plate-forme d’Étudiant-es socialistes UQAM
1) ES-UQAM croit en la gratuité scolaire et à la cogestion des universités, c’est-à-dire que ceux et celles qui animent l’université (corps enseignant, étudiant-es, travailleur-euses) devraient être majoritaires sur les instances décisionnelles de l’université.

En ce sens, ES-UQAM vous invite à adopter en assemblée générale modulaire et facultaire des résolutions visant à lutter pour conserver nos acquis cogestionaires et réaliser de nouveaux gains.

  • Non aux expulsions politiques, présentes et à venir!
  • Pour la démission du vice-recteur à la Vie universitaire, Marc Turgeon!
  • Pour des élections démocratiques des représentant-e-s étudiant-es!
  • Pour une présence étudiante sur toutes les instances décisionnelles de l’UQAM!
    Pour la cogestion des universités!

Qu’est-ce que la cogestion à l’UQAM?
Dès la création de l’UQAM, sa communauté a créé des comités paritaires dans une optique de collégialité afin de mettre en œuvre différentes formes de cogestion. Cet héritage cogestionnaire permet aujourd’hui à des représentant-es dûment élu-es de siéger sur différentes instances décisionnelles. Par exemple, les comités de programmes se chargent de mettre en œuvre la commande de cours, de définir la structure des programmes ainsi que les approches pédagogiques permettant l’atteinte des objectifs. En se référant aux règlements nº5 et nº8, les professeur-es, chargé-es de cours et étudiant-es élu-es par leur assemblée respective votent des résolutions respectant les ressources, les enjeux et les besoins de chacun de leurs homologues.

Ici, la voix des professionnel-les et des étudiant-es prend le dessus sur la vision parfois déconnectée de la haute administration.

Version tract du texte distribué lors de la manifestation du 24 avril à l’UQAM

Penser l’action culturelle aujourd’hui

En septembre dernier, le programme d’Animation et recherche culturelles (ARC) a organisé un Grand Forum offrant un espace de discussion dans lequel étudiant-es, enseignant-es et travailleur-euses du milieu étaient invité-es. Les discussions portaient sur l’histoire et les défis du programme ainsi que sur la pertinence de l’animation culturelle dans la sphère sociale. L’objectif de cet article est de promouvoir l’animation culturelle, entendue ici au sens d’un levier démocratique en mesure de fournir des outils et des compétences à la classe populaire pour lui permettre de se réapproprier les moyens de production de sa culture.


L’institutionnalisation de la culture : principes et limites

À la naissance du concept (principalement en France), l’action culturelle avait comme leitmotiv l’accès à la culture pour la classe ouvrière. De ce principe de base sont nées, dans les années 1950, les Maisons de la culture, devenues également très populaires au Québec. Initiative gouvernementale, ces centres de diffusion ont pour objectif de présenter des œuvres artistiques variées à des publics non initiés à moindre coût. Cette fourberie bourgeoise a toutefois laissé place à l’instauration d’une culture élitiste gracieusement offerte pour « cultiver » le peuple.

Ce projet de diffusion culturelle accentue les frontières entre les classes dominantes (celles qui détiennent les moyens de produire une culture et le privilège de la diffuser) et la classe populaire (celles qui auront principalement le rôle de spectateur). Effectivement, bien que l’objectif d’accessibilité ait été partiellement atteint, l’appropriation de la culture bourgeoise par la classe ouvrière ne pouvait s’opérer. À ces deux acteurs en lutte culturelle s’est ajouté, au cours des années 70-80, un troisième, celui du secteur privé incluant les médias de masse, les entreprises et les fondations (Franklin, 2002). La lutte se joue désormais à plusieurs niveaux et ne se limite plus aux domaines de la culture, au sens artistique. Ce volet, nécessaire au déploiement des collectivités, n’est certes plus suffisant. L’action culturelle manœuvrée par le mouvement des travailleur-euses doit palier à ce manque en consolidant deux autres volets importants, le social et le politique, basant sa structure sur la population desservie.

Penser l’action culturelle aujourd’hui

Nous y voilà : en pleine lutte idéologique, entre l’État, le privé et la classe populaire. Notons qu’à la lumière de la critique apportée au projet des Maisons de la culture comme source absolue de diffusion, le défi est plutôt de penser l’institutionnalisation et le projet de démocratie culturelle en inversant les pôles, c’est-à-dire en cumulant les outils pour créer et pour s’organiser en tant que collectivité autour de projets faisant sens. Pour ce faire, l’idée n’est surtout pas de retirer l’État des projets issus de la population : sa part financière est essentielle et son rôle de fournir des services doit s’exprimer par ces projets. Il s’agirait plutôt de retirer le privé des acteurs principaux puisqu’il risque, selon Charpenteau (1966) de devenir « un puissant instrument d’aliénation » (Ibid, p.67 dans Midy, 2003, p.9). Les actions culturelles doivent être l’œuvre de l’État par sa contribution financière et ses ressources matérielles et de la classe populaire par ses ressources humaines. Il ne faut pas perdre de vue que la création d’une culture commune impliquant des aspects artistique, social et politique doit partir de la base de la population afin qu’elle fasse sens, qu’elle permette l’acquisition de liens sociaux significatifs et d’outils de lutte. En d’autres mots, les espaces communautaires, si nous les utilisons à bon escient, peuvent servir de levier démocratique considérable.

L’urgence de s’approprier ces structures est imminente. Nous avons déjà la télévision, les journaux et autres sources d’art, de divertissements et d’information qui proviennent de et qui alimentent l’idéologie dominante. Il faut s’organiser pour penser des façons de s’émanciper collectivement. Selon Jean Régnier, chargé de cours en ARC, cofondateur et directeur du Groupe des 33, les groupes communautaires, avec l’action culturelle comme approche, sont en mesure de donner à la population les compétences nécessaires pour agir à l’amélioration de ses conditions objectives d’existence.

Notons que l’action culturelle et l’éducation populaire, en raison de leur proximité avec la population, sous-tendent un volet préventif en matière de santé, de services sociaux et d’éducation. Couper dans les services publics nuit à la qualité de vie de la majorité de la population. Si un gouvernement québécois osait une perspective allant réellement dans l’intérêt de la majorité de la population, les coûts dans le domaine de la santé et des services sociaux associés aux grands établissements diminueraient. Une autre bonne raison pour militer en faveur des projets d’action culturelle dans les quartiers.

Du leurre du pouvoir citoyen à l’ « empowerment à jugement critique »

Depuis les années 1970, la recherche de consensus via des consultations citoyennes a pour effet « d’éliminer les discussions, les débats, les affrontements, afin de tenter d’occulter les traces trop visibles de la lutte politique et, au-delà, de la lutte des classes, bref d’exorciser la lutte idéologique » (Gaudibert, 1972, p.14). Par cette stratégie, toutefois, une impression de liberté d’expression est ressentie par les participant-es. Ce leurre participatif empêche toute autre mobilisation puisqu’il est présenté comme étant une structure pouvant nous appartenir. Comme l’explique le professeur en ARC, Martin Lussier, ces consultations permettent la validation des projets pensés par les grandes instances : elles ne permettent pas d’aller chercher le feedback des collectivités.

Il est important de remettre les problèmes vécus dans leur logique sociale, de ne pas les limiter à leur aspect individuel. Ainsi, on se donner les moyens de comprendre en quoi nos conditions de vie sont le résultat d’une structure sociale oppressante. Pour M. Lussier, le principe d’empowerment permet cette prise en charge collective, mettant de l’avant les différentes façons par lesquelles nous sommes dominé-es, traversé-es par des rapports de pouvoir et comment cette situation n’est pas seulement propre aux individus. Ce principe doit prévaloir sur la recherche de consensus que nous propose la classe dominante. Le pouvoir en place déconstruit les acquis de notre classe pour reformuler une citoyenneté inoffensive. En optant, comme le propose M. Régnier, pour un « empowerment à jugement critique », la classe des travailleur-euses peut reprendre le pouvoir politique afin d’instaurer sa vision globale du monde.

L’action culturelle au sein de l’UQAM

Lors du Grand Forum ARC, la professeure Jocelyne Lamoureux a présenté le programme dans une perspective historique, mettant de l’avant l’aspect militant des étudiant-es et enseignant-es. Nées dans les années 70, les études de l’animation et de la recherche culturelles reflétaient la conjoncture politique, sociale et culturelle propre à cette période. Dans les années 1980, c’est l’opération survie qui alimentait la majorité des périodes de cours : les étudiant-es et le corps enseignant luttait auprès de l’UQAM afin d’avoir une reconnaissance équivalente aux autres programmes (des appareils techniques adaptés, plus de professeur-es…). De cette mobilisation, le programme a retiré des gains considérables : il est passé de 2 à 7 professeur-es et les étudiant-es avaient désormais leur place sur le comité pédagogique.

En 2012, les étudiant-es ont montré leur couleur en étant le premier module de la faculté de communication à se joindre à la Coalition large de l’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante). Organisant des espaces de discussions et de créations artistiques, les membres actif-ves du programme ont réussi à articuler l’importance de l’animation culturelle dans les enjeux sociaux et politiques. Ce programme continu d’être d’une pertinence incommensurable.

Pour une action culturelle organisée par les travailleur-euses!

La mobilisation ne doit pas se limiter à l’étape de la sensibilisation. En prenant les rênes et en devant l’acteur principal de l’action culturelle, nous devons penser le changement et adapter nos stratégies pour passer à l’étape suivante : prendre le pouvoir politique!

Non à la déresponsabilisation de l’État québécois et aux privilèges des entreprises privées!
Réinvestissons dans les services communautaires!
– Que l’État finance la réparation des immeubles des centres d’éducation populaire et des organismes communautaires!
– Que les baux des centres d’éducation populaire soient renouvelés dans les mêmes termes!
Intégrons les services communautaires dans le système de santé!
– Pour des projets portant sur la réalité des quartiers et de leur population!


sources :

  • Animation et recherche culturelles, UQAM www.arc.uqam.ca
    Gaudibert, P. (1972) Action culturelle : Intégration et/ou subversion. Éd. Casterman. Paris.
  • Lamoureux, J. (2014) Dans le cadre du Grand Forum ARC.
  • Lussier, M. (2014) Dans le cadre d’une entrevue avec Émily Perrier Gosselin.
  • Midy, F. (2002) « Préalables à l’étude de l’action culturelle au Québec » dans Les cahiers de l’action culturelles. pp.7-13 [en ligne]
  • http://arc.uqam.ca/upload/files/cahiers_acv1n1.pdf
  • Régnier, J. (2014) Dans le cadre d’une entrevue avec Émily Perrier Gosselin

Étudiant-es et salarié-es de l’UQAM, même combat !

Kevin Messang-Blanché et Julien Daigneault

Nous sommes à l’aube d’une époque, selon une toute récente étude d’Oxfam, où un seul et unique pourcent de la population mondiale, le plus riche, détiendrait plus de la moitié de toutes les richesses de la planète. Cette concentration des richesses aux mains d’une élite conduit à un accroissement effroyable des écarts entre les plus aisé-es et les classes populaires.

Cette élite nous arrache aujourd’hui les avantages pour lesquels nos ancêtres se sont battus et pour lesquels certain-es l’ont payé de leur vie. C’est à coup de plans d’austérité affirmés ou dissimulés qu’on nous promet de régler tous nos problèmes. Demandez aux Grec-ques, aux Portugais-es, aux Espagnol-es : cette austérité ne fait que creuser la tombe d’un modèle social déjà mal en point.

À travers le monde entier, les coupes budgétaires font des ravages dans les services publics. En Grèce, des hôpitaux ferment, faute de moyens, laissant des femmes sur le point d’accoucher livrées à elles-mêmes. Dans les universités, des postes de chargé-es de cours, de professeur-es, des cours et des programmes sont supprimés ou non-renouvelés espérant faire des économies sur l’éducation et la jeunesse, l’avenir de nos sociétés.

Coupes à l’UQAM

Le Québec n’est pas épargné. Dans les négociations sur les budgets des universités, un seul mot revient, martelé comme la solution à tous les maux du monde : « économies ». L’administration de l’UQAM a notamment annoncé une réduction salariale de 2% pour ses salarié-es, la suppression de 150 charges d’enseignement jugées « non-rentables » et des coupures dans la recherche. L’objectif est d’atteindre l’équilibre budgétaire en dégageant environ 20 millions de dollars des poches des travailleur-euses. Cette menace s’ajoute à celle de l’éventuelle reprise du Plan directeur immobilier de l’UQAM, une série de construction de nouveaux étages et de déménagements internes entre facultés qui coûtera au moins 35 millions de dollars.

Sans aucune gêne, l’augmentation des frais de scolarité est encore envisagée. On s’en prend directement au portefeuille des étudiant-es qui ont déjà, pour beaucoup, peinent à passer le quinze du mois. Une dernière solution proposée par les tenant-es des restrictions budgétaires seraient d’augmenter le nombre d’étudiant-es par classe, quitte à nuire à l’efficacité de l’enseignement, à l’apprentissage.

L’ensemble de ces mesures aura des effets désastreux sur le court comme le long terme, notamment sur l’emploi et la qualité des formations. Le Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal considère que le non-renouvellement des places de professeur-es « va boucher l’horizon des diplômés au doctorat pour au moins quatre ans ».

Il ne s’agit pas d’un simple combat pour défendre notre place et nos « privilèges » d’étudiant-es. Il ne s’agit pas seulement d’éviter une dangereuse régression du modèle social et éducatif, mais d’une lutte déterminante pour les améliorer dans l’intérêt de la majorité.

S’unir pour vaincre

À l’image des attaques généralisées des élites contre nos conditions de vie, nous devons être de toutes les luttes, de tous les combats. Le Front commun intersyndical du secteur public et parapublic ouvre une fenêtre de contestation sociale historique ce printemps. De nombreux autres secteurs sont déjà sur le pied de guerre (dont les employé-es municipaux et les CÉGEP). Les étudiant-es doivent massivement être de la partie. Il est de notre devoir, pour nous et pour les suivant-es, de défendre nos acquis et d’en gagner d’autres.

Le comité Étudiant-es socialistes vous encourage à défendre les positions suivantes à travers vos actions individuelles et celles de vos associations et syndicats.

Solidarité avec les luttes des salarié-es de l’UQAM !

Mobilisons nos associations étudiantes contre les coupures et les hausses en éducation et partout ailleurs !

Organisons des campagnes jeunesses autour de revendications concrètes :
– Contre la hausse des tarifs de transport en commun ! Pour la gratuité !
– Contre la précarité dans l’emploi ! Pour un salaire minimum de 15$/h ! Pour des stages rémunérés ! Pour l’abolition des dettes étudiantes !
– Contre la hausse des frais de scolarité ! Pour la gratuité scolaire et la cogestion universitaire !

Comme le dit le slogan, « de l’argent il y en a, dans les poches du patronat » ! La rédaction et tou-tes les membres d’Étudiant-es socialistes vous souhaitent un bon semestre de lutte et de militantisme !

Réflexions socialistes #2 – Printemps 2015

La 2e revue Réflexions socialistes est sortie!

Télécharger Réflexions socialistes 2

Abonnement et contributions
Contactez-nous au etudiants.socialistes[a]uqam.ca

Des copies papiers sont disponibles au local du comité (UQAM, 320, rue Ste-Catherine Est, DS-3217) pour la modique somme de 1$. La revue est aussi distribuées dans plusieurs endroits à Montréal, principalement à l’UQAM.

Ce journal est la tribune de toutes ceux et celles qui veulent lutter pour l’amélioration de leurs conditions de vie, dénoncer l’injustice et combattre le capitalisme.

Comme le comité Étudiant-e-s socialistes, les pages de son journal sont ouvertes à différents types de contributions (analyse, poésie, art graphique…) peu importe si vous êtes étudiant-e ou non.

La rédaction est particulièrement intéressée à recevoir vos témoignages de mauvaises conditions de travail, de corruption ou d’injustices dans l’optique de les dénoncer et d’agir.


Sommaire

Éditorial
03 Étudiant-es et salarié-es de l’UQAM, même combat!
Kevin Messang-Blanché et Julien Daigneault

Lutte
04 L’horizontalité, une erreur stratégique
Julien Daigneault
08 Union de la gauche radicale: Pour des principes communs
Étudiant-e-s Socialistes

Théorie
11 Taxons les riches ou nationalisations les entreprises?
Frédéric Rogenmoser
14 La gratuité scolaire: Une revendication en perte de vitesse
Dominic Palladini

International
16 CETA: un traité dangereux pour la démocratie
Kevin Messang-Blansché
19 Les marchés et l’Union européenne réagissent contre Athènes
Niall Mulholland

Environnement
23
De la nécessité d’une alternative écosocialiste
Kevin Messang-Blansché

Culture
26 Penser l’action culturelle aujourd’hui
Émily Perrier-Gosselin
29 Mythes capitalistes et figure de l’antihéros
Denis Poissonnier

NON AUX OLÉODUCS!

Jeudi 12 février 2015
19h00
UQAM A-1720

400 Ste-Catherine Est
Métro Berry-UQAM

À l’heure où la planète est à bout de souffle à cause du réchauffement climatique lié à la combustion d’énergie fossile, le Canada met les bouchées doubles et tentent de vendre toujours plus de pétrole au reste du monde.

Pour ce faire, il coopère avec des compagnies pétrolières afin de passer un oléoduc sur le territoire québécois. Quels en sont les risques pour le Québec et son environnement? Quels seraient les impacts sur la réalité géopolitique du nord de l’Amérique?

En collaboration avec l’Organisation du Québécois et le Réseau de Résistance du Québécois, nous vous invitons tous à cette conférence qui portera sur les enjeux des oléoducs au Québec.

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CONFÉRENCIER : Patrick R. Bourgeois dirige l’organisation du Québécois depuis 2001. Il est titulaire d’une maîtrise en histoire, d’un certificat en enseignement collégial et d’un certificat en journalisme. Il a complété la scolarité d’un doctorat en science politique. Il est l’auteur de 6 essais portant tous sur la situation du Québec.

Les sciences juridiques à l’UQAM. Un projet inquiétant [04-04-2013]

Les sciences juridiques à l’UQAM. Un projet inquiétant

mercredi 4 avril 2013, 12h30
UQAM, A-M050

Rémi Bachand
Rachel Chagnon
René Laperrière
Stéphanie Bernstein

« Le 4 mais 1973, le ministre de l’éducation du Québec, François Cloutier, faisait une sortie à l’Assemblée nationale pour dénoncer l’idéologie et le langage « pseudo-marxiste » utilisé par les professeurs d’un nouveau programme de formation juridique présenté par l’Université du Québec à Montréal qui devait ouvrir ses portes en septembre 1973.
Le ministre expliquait qu’un État qui se veut responsable ne peut quand même pas subventionner des orientations révolutionnaires et il s’engageait à intervenir personnellement au besoin pour faire changer cette orientation.
Cette déclaration constituait l’aboutissement des pressions insistantes des milieux politiques et juridiques conservateurs qui ne pouvaient admettre que l’Université serve les intérêts des travailleurs et deviennent une pépinière d’avocats et de juristes adéquatement préparés à faire valoir ces intérêts dans une perspective de transformation sociale. (…) Après avoir émis un vote de blâme à l’endroit des professeurs concernés et les avoir mis en tutelle de fait, (l’UQAM) décidait d’annuler l’admission de 86 étudiants et de reporter l’ouverture du programme en septembre 1974. »

Cette activité, organisée par le département des Sciences juridiques de l’UQAM en collaboration avec ES UQAM, est destinée à constituer une initiation à l’analyse et l’engagement critique dans le cadre des sciences juridiques et, surtout, à initier un processus de réflexivité relativement à l’enseignement du droit à l’UQAM. À partir de la perspective critique promue par les fondateurs du département, quel regard pouvons-nous porter sur l’orientation actuelle du département et son avenir?

Les thèmes suivants seront développés:
– Retour sur la fondation et l’approche adoptée par les fondateurs du département;

– Quel bilan tirer de l’évolution du département des sciences juridiques?

– Où se situe actuellement l’enseignement du droit dans le département de sciences juridiques relativement aux autres facultés de droit du Québec ?

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La pertinence du marxisme avec Louis Gill [05-12-2012]

Louis Gill Pertinence marxisme

La pertinence du marxisme aujourd’hui

mercredi 5 décembre 2012, 19h
UQAM, Local PK-3605 (Station Place des Arts)

Louis Gill
économiste retraité de l’UQAM

Le marxisme est-il tombé en même temps que le Bloc soviétique? Les classes sociales existent-elles encore? Les écrits de Marx peuvent-ils toujours inspirer nos analyses et nos actions politiques? Venez discuter de la pertinence du marxisme aujourd’hui en compagnie de Louis Gill et du comité Étudiant-e-s socialistes UQÀM!

Louis Gill a publié plusieurs ouvrages marxistes sur des questions économiques, politiques, sociales et syndicales. Militant syndical et ex-président du SPUQ, il est aussi reconnu pour avoir été l’un des animateurs du Groupe socialiste des travailleurs (GST), groupe trotskyste actif durant les années 70 et 80.

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